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Culture / Japon - Janvier 2024

Ozu, Printemps tardif (1949)

Résumé

Le film montre une fille de professeur d'université qui préférerait rester pour s'occuper de lui et de la maison plutôt que se marier.

Printemps tardif, Titre Original : 晩春 (Banshun), Scénario : NODA Kogo et OZU Yasujiro d'après le roman de HIROTSU Kazuo, Réalisateur : OZU Yasujirô, Production : Shôchiku, Avec : RYÛ Chishû, HARA Setsuko, TSUKIOKA Yumeji, SUGIMURA Haruko, AOKI Hohi , USAMI Jun, MIYAKE Kuniko, MISHIMA Masao, TSUBOUCHI Yoshiko, KATSURAGI Yôko

C'est sans doute la vision de film de ce genre dans les années 1970-1980 qui avait motivé mon intérêt sociologique pour la culture japonaise. J'avais même commencé l'apprentissage de la langue pendant une année à l'époque. Spoiler alert : j'évite d'habitude, mais le film lui-même étant quasi exclusivement une illustration de questions sociologiques, je vais en rapporter le compte rendu.

SOMIYA Shukichi, le père, est joué par un acteur fétiche d'OZU, RYÛ Chishû (1904-1993), une sorte d'Henri Fonda impassible, habillé ici à la japonaise. Noriko, sa fille d'une trentaine d'années, est joué par HARA Setsuko (1920-2015), également actrice récurrente d'OZU, habillée à l'occidentale, dans un look qui me rappelle les photos de ma mère des années 1950. Une fois installés le décor et les personnages, toute l'histoire tourne autour de cette seule question de comment marier une fille qui ne veut pas et préfère sa routine quotidienne de s'occuper de la maison et de son père.

La succession de tableaux entre ville occidentalisée et maisons, bars ou ambiances japonaises ont établi, depuis l'ère Meiji, le cliché de la réputation du Japon de combiner tradition et modernité. Il est difficile de savoir si chaque scène correspond à une signification particulière dans le film pour appuyer le discours sur l'opposition tradition/modernité à propos des comportements des personnages. On les constate à la fois cérémonieux, comme on l'imagine, et pourtant parfaitement naturels dans ce cadre familier des relations personnelles. Quoiqu'on ne puisse pas dire non plus qu'elles soient très expansives. Mais c'est plutôt dû au style contemplatif d'OZU en général.

Cependant, on voit Noriko, la fille, parler tout à fait librement dans un bar avec un ami de son père, M. ONODERA et lui reprocher de s'être remarié en lui disant que cela lui semble carrément répugnant ! Le type semble bien le prendre d'une façon amusée quasi paternelle. La sœur du professeur, jouée également par une membre de la troupe, SUGIMIRA Haruko (1909-1997), dit au père qu'il est temps de marier sa fille et pense à l'assistant du professeur, mais celui-ci va justement se marier prochainement avec une amie de la fille du professeur. Noriko, qui fréquente amicalement l'assistant, refusera une invitation à deux à un spectacle pour ne pas causer d'ambiguïté. La tante propose également au père de se remarier, ce qui choque la fille. Noriko se fâche aussi au cours d'une discussion avec une autre amie divorcée, qui lui parle mariage. Après un spectacle kabuki avec son père, Noriko s'irrite de savoir que son père pense à se remarier avec une femme qu'il salue au spectacle et s'en va toute seule.

Comme le dira sa tante un peu plus tard, Noriko est un peu vieux jeu pour son âge. C'est un fait sociologique connu que les jeunes ont tendance à se poser en gardiens des valeurs qu'ils ont cru assimiler. La question hollywoodienne des enfants qui décident de la vie personnelle des parents pour défendre la famille ne date donc pas d'hier. On pourrait plutôt s'étonner de cette sorte de régression actuelle, mais les scénaristes manquent souvent d'imagination et utilisent des rengaines récurrentes.

La sœur du professeur se décide à jouer les marieuses et cherche un parti convenable à Noriko. Le père en parle à sa fille, mais elle lui répond qu'elle veut rester avec lui. Pour la convaincre, il s'excuse d'avoir abusé de son aide pour la garder avec lui. Elle lui dit qu'il ne pourra pas se débrouiller seul. Alors, il lui dit qu'il va se remarier comme M. Onodera. Ça la révulse et elle s'en va dans sa chambre.

Au cours d'un passage à un temple, Noriko rencontre la femme de l'ami de son père, qu'elle trouve gentille. Et M. Onodera la taquine en lui demandant si elle le trouve toujours dégoûtant. Le soir, elle confesse à son père qu'elle s'est trompée à ce sujet. Le lendemain, le père discute avec son ami et avoue que c'est difficile d'élever une fille : « si elle ne se marie pas, on a des soucis et si elle se marie, on a de la peine », ce sont les ennuis de la patrilocalité (suivre le mari) - inconvénients inverses de la matrilocalité, évidemment.

La tante relance l'affaire et de guerre lasse, Noriko accepte de rencontrer celui qu'elle veut lui présenter. La scène suivante la montre en train de discuter des hommes avec son amie Aya qui lui dit qu'une marieuse est ce qu'il lui faut parce qu'elle est trop timide. Une semaine plus tard, la tante insiste auprès du père pour avoir une réponse et va voir Noriko qui accepte le mariage. Mais avec son père, elle dit qu'elle veut rester avec lui, même avec une nouvelle épouse. Il lui dit que ce n'est pas possible et lui fait la leçon sur le mariage. Il lui dit que ce n'est pas toujours facile et qu'il ne faut pas attendre le bonheur, mais le construire au quotidien, comme ce fut laborieusement le cas pour son propre mariage. Elle semble convaincue et le mariage a finalement lieu.

La fille partie, une scène se passe au bar du début entre le père et l'amie de Noriko. Il lui avoue qu'il a dit qu'il allait se remarier pour que sa fille accepte de partir. Étonnamment pour ce qu'on imagine des mœurs japonaises, l'amie de la fille embrasse le père sur le front pour le féliciter et promet de venir le voir souvent. Rentré chez lui, après le départ de la servante, on l'imagine (principe Mosjoukine oblige) triste de rester seul.

Bien qu'Ozu ait la réputation de produire un cinéma contemplatif, du fait de brefs plans fixes silencieux fréquents entre les scènes, il faut bien admettre que les personnages explicitent plutôt bien leurs sentiments. Tout s'explique et s'emboîte parfaitement sans d'autres ambiguïtés que celles qui correspondent aux nécessités du moment. Il en résulte une sorte d'impression de simplicité et de fluidité reposante.

Jacques Bolo

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