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Société - Juin 2023

Les nouvelles émeutes de 2023

Résumé

Les comportements des jeunes et ceux des policiers tournent au rituel. Il est urgent de rompre le cercle vicieux.

La mort du jeune Nahel, tué fin juin par un policier à bout portant pour un refus d'obtempérer en voiture (qu'il conduisait sans permis à 17 ans), a déclenché les émeutes prévisibles dans de pareilles circonstances. C'est devenu une tradition. Dès qu'un drame de ce genre a lieu, les jeunes de banlieue ont comme réaction immédiate un affrontement avec les forces de l'ordre, des destructions et des pillages plus ou moins ciblées. C'était annoncé par les médias et c'est arrivé. Il faut le dire clairement : outre les contraintes réglementaires pour l'usage de leurs armes, les policiers devraient faire encore plus attention pour éviter ces embrasements. La question n'est pas de se dire que ces événements ne devraient pas avoir lieu. C'est parfaitement documenté qu'ils arrivent en pareil cas et ceux qui les déclenchent par leur action doivent tout faire pour éviter ces conséquences.

Le policier coupable du tir a été placé en garde à vue dès qu'une vidéo montrant l'intervention a été connue. Il avait commencé par faire des déclarations inexactes sur le déroulé de l'action. C'est une situation courante et une raison de plus pour inciter à la prudence dans les interventions. Il vaut mieux prendre toutes les précautions pour éviter la facilité de raconter n'importe quoi ensuite, quand il est trop tard et que les dégâts commencent à chiffrer (un milliard d'euros cette fois-ci). Il faut considérer la séquence comme une catastrophe naturelle : on sait que ça peut arriver et c'est pour cela que les dispositions réglementaires existent. Les lois plus souples pour l'usage des armes provoqueront forcément plus de conséquences de ce genre.

Il ne faut pas se raconter d'histoires non plus. Certains pensent que la police doit pouvoir tirer sans aucune contrainte. Ceux là peuvent avoir des intentions brutales ou malveillantes envers les délinquants, les immigrés ou les jeunes qui font des conneries. Ils ne se sentent pas visés eux-mêmes (quoiqu'ils pourraient toujours prendre une balle perdue). Les défenseurs de l'ordre à tout prix ont toujours été largement présents et la tendance mondiale va dans ce sens. Ils considèrent que le laxisme des autres est au moins partiellement responsable de ces émeutes. L'argument classique d'un risque de régime autoritaire ne les émeut pas. C'est ce qu'ils souhaitent. Un problème concret est sans doute justement les fausses déclarations fréquentes des forces de l'ordre. Cela signifie que des abus de pouvoir peuvent se produire sans aucune répercussion. C'était la situation traditionnelle et ça l'est encore souvent un peu partout dans le monde.

Les émeutes elles-mêmes, quelles que soient les motivations, tournent à la surenchère absurde dans la confusion la plus totale. Tout le monde a pu analyser parfaitement que les jeunes émeutiers détruisaient les équipements de leurs propres quartiers. Au moins, les pillages ont un tour plus pragmatique, surtout pour ceux qui en profitent pour le faire de manière organisée. Mais l'impression générale est plutôt que les jeunes se tirent tous une balle dans le pied après la balle tirée par le policier sur le jeune Nahel. Ce n'est pas une bonne solution.

Les défenseurs des jeunes ont tendance à voir dans ce soulèvement une sorte d'illustration de leurs analyses des révoltes traditionnelles. La réserve classique concerne l'absence de perspective politique canonique. Ces analyses sont généralement fausses. Les révolutions qui réussissent sont celles qui bénéficient du soutien de l'armée et de la police. On en est loin. Les intellectuels procèdent généralement par interprétations symboliques du moindre signe qui ressemble à un précédent. Ils proposent d'ailleurs eux-mêmes des actions essentiellement symboliques.

La réalité des émeutes, comme pour la crise précédente des gilets jaunes, va surtout se limiter concrètement aux blessés de part et d'autres, à l'arrestation et l'emprisonnement de nombreux émeutiers et aux nombreux dégâts qu'il va falloir réparer. Des gamins vont finir en prison. C'est beaucoup trop terre-à-terre pour certains.

Comme je l'ai dit précédemment, je considère que la cause principale de la situation actuelle des banlieues réside dans la démographie. Les immigrés qui y vivent font beaucoup plus d'enfants que la moyenne (à part les cathos tradis). Il en résulte un grand nombre de jeunes avec pour conséquence que certains font des bêtises, que les parents ont du mal à les tenir ou à les élever puisque ce sont des populations souvent précaires, et qu'ils ont forcément du mal à trouver du travail localement ensuite, puisque ces populations sont concentrées.

Les émeutes elles-mêmes, comme pour les gilets jaunes, résultent surtout de l'effet d'entraînement amplifié par les réseaux sociaux et les médias en continu qui y trouvent de quoi produire des commentaires interminables. C'est devenu la norme depuis l'époque de la première Guerre du Golfe. La nouvelle pratique des jeunes d'utiliser des feux d'artifice pour tirer sur les policiers (ou entre eux pour s'amuser dangereusement) a l'inconvénient de provoquer des incendies. Je ne comprends pas pourquoi ces produits ne sont pas déjà totalement interdits. C'est ridicule. L'interdiction des réseaux sociaux pendant une émeute pourrait aussi calmer le jeu. Ce n'est pas une question de « libertés publiques », élément de langage bidon. C'est un moyen d'éviter que des jeunes ne se mettent dans une situation difficile parce qu'ils ont voulu frimer avec un selfie ou une « story » sur Facebook.

On parle aussi de faire payer les dégâts aux parents. C'est effectivement un moyen classique de les responsabiliser après coup. Mais pour prévenir les dommages matériels et les conséquences de la répression sur leurs enfants, les parents et les voisins pourraient descendre dans les rues en masse pour les raisonner. Des reportages ont montré plusieurs cas de femmes qui prenaient l'initiative d'interpeller les jeunes pour empêcher les dégradations de bâtiments publics. C'est une initiative spontanée citoyenne qui est le modèle à suivre pour rétablir le dialogue avec la jeunesse. Les policiers n'en sont pas capables.

La vraie difficulté, quand on subit une situation dramatique, est de ne pas l'aggraver par des comportements qu'on peut d'ailleurs regretter ensuite. En vouloir à la terre entière après un décès est une réaction fréquente qu'il faut surmonter. On a les boules et des idées noires. Les jeunes ont tendance à les extérioriser par des conduites à risques. Il faut en être conscient et tenter systématiquement de l'anticiper. La meilleure façon est de faire en sorte que les drames évitables n'arrivent pas.

Jacques Bolo

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