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Médias / Sciences - Août 2021

Antipasse et Antivax

Résumé

Cette affaire du passe-sanitaire tourne à l'affrontement irréductible entre autoritarisme et complotisme. Ces deux termes doivent à la fois être pris comme description et comme insulte.

On a l'impression de voir jouer en permanence l'opposition entre dreyfusards et antidreyfusards qui déchirait les familles et la société au début du XXe siècle. Comme le montraient les deux célèbres dessins de Caran D'Ache, tout finit en pugilat : « Ils en ont parlé ! » Ce cadre rituel est lassant. On devrait pouvoir examiner ces questions plus tranquillement.

Contrairement à l'analyse qu'on entend un peu partout, ce n'est pas la faute des réseaux sociaux. D'une façon générale, l'avantage d'Internet est simplement de donner à voir ce que pensent les gens ou ce qu'ils sont capables de comprendre de ce qui se dit. La différence avec la situation antérieure est qu'on n'entend plus seulement une sorte de parole officielle ou de notabilités dans les médias, notables qui pouvaient éventuellement déjà être dissidents. Vouloir un retour à ce bon vieux temps peut expliquer que certains parlent de dictature élitiste. Il ne sert à rien de casser le thermomètre, spécialement pour des questions médicales.

L'hypocrisie de cette rumeur contre les réseaux sociaux réside dans le fait que ce sont justement les médias mainstream qui lancent ces polémiques en propageant les tendances sur Internet. Les journaux et les télévisions vivent de la mise en scène de ces affrontements, spécialement depuis la multiplication des chaînes d'infos en continu. On a connu ça avec les gilets jaunes dont le discours a bien été répercuté dès le début et a été monté en épingle pendant plusieurs mois. Ingratement, les manifestants ont fustigé les médias parce que des invités les critiquaient. Il aurait fallu comprendre que le principe est la mise en scène de polémiques, plus que l'idée de faire avancer les débats. Côté manifestants aussi, on se demande si le seul but n'est pas de rechercher la légitimation par la télévision.

C'est aussi ce qui s'est passé pour la vaccination : dès l'origine, on a parlé d'une possible opposition, qui a pourtant mis du temps à démarrer. À l'époque, c'est le gouvernement qui a ralenti les premières injections en demandant le consentement par unique crainte du rejet alors qu'on lui reprochait de ne pas aller assez vite. Puis on a fini par trouver des antivax et c'est devenu un bon business médiatique : on ne parle plus que de ça depuis cinq ou six mois. Ce qui n'a pas empêché de critiquer simultanément la lenteur (aujourd'hui résorbée) de la vaccination.

Mauvaise dissertation

Côté anti-passe/antivax, on invoque surtout la liberté, voire une forme d'habeas corpus ou de droit à disposer de son corps comme les féministes. Cela me paraît relever d'un recours exagéré aux grands principes ou aux généralités dont abusent les dissertations philosophiques. Ici encore, le gouvernement a une part de responsabilité : au début de la pandémie, on prétendait que les Français ne supporteraient pas les restrictions imposées aux Chinois (masque, confinement). L'universalisme de la médecine se voyait contredit par le fantasme identitaire occidental. La promesse présidentielle de ne pas imposer la vaccination relève du même genre d'illusions et de valorisation franchouillardes, outre l'effet d'annonce.

L'obligation vaccinale existe déjà, dès l'enfance ou pour les voyages, et n'est contestée que par les antivax qui ont forcément trouvé une audience à leur problématique habituelle (toujours avec l'aide des médias). La légitimité de ce genre d'obligation concerne simplement les prérogatives de l'État, même si on peut aussi imaginer une obligation vaccinale par des entreprises privées pour certaines professions et clientèles. Ce n'est pas plus dictatorial que les obligations diverses comme imposer de rouler à droite ou à gauche selon les pays. Mais ça peut aussi être exagéré selon les cas.

Concrètement, la liberté invoquée relève plutôt de l'indifférence aux conséquences. Les grands principes correspondent toujours à une tentative de généralisation de situations concrètes : il s'agit ici de vouloir aller au restaurant ou au spectacle sans se soucier d'être contaminé et de contaminer autrui. Un argument valide est que les personnes jeunes n'ont que des formes bénignes en très forte majorité, avec l'exception des covids longs, semble-t-il. L'idée de solidarité avec « les plus fragiles », c'est-à-dire surtout les personnes âgées, ne correspond pas à l'air du temps où certains développent une idéologie anti-boomers malsaine (voir « Génération X contre Baby-boomers » : http://www.exergue.com/h/2014-01/tt/baby-boomers.html). Il ne faut pas s'étonner non plus du fait que certaines personnes ne prennent pas des précautions : l'alcool au volant, les sports dangereux, les drogues sont des pratiques courantes. L'idée de vouloir les contrôler aussi.

C'est parce que les pratiques dangereuses sont banales qu'on se pose ce problème en termes de liberté de façon erronée. Si on veut qu'elles relèvent de la responsabilité personnelle, il faut revenir au principe d'en assumer les conséquences : on n'a pas la liberté de contaminer autrui. On devrait donc compenser les préjudices ou subir une sanction pénale (de privation de liberté). C'est l'habitude de l'encadrement étatique qui fait oublier l'alternative de la responsabilité personnelle. À la rigueur, il faudrait au minimum prendre une assurance spécifique (comme celle des médecins). Car la sécurité sociale normale est une mutualisation des coûts des soins, pas un droit à contaminer.

D'ailleurs, cette pandémie pourrait même amener à réévaluer des maladies comme la grippe, dont on a rappelé fort justement qu'elle avait été traitée avec trop d'indifférence sous De Gaulle. Il faudrait désormais au moins envisager l'utilisation plus fréquente de masques, en cas de grippe et pour les visites à l'hôpital par exemple. En outre, ceux qui étudient ou côtoient des chauves-souris, dont les spéléologues et les protecteurs de la nature, devraient aussi faire plus attention. Ils sont peut-être à l'origine des épidémies habituelles de rhumes, de maladies à coronavirus ou autres.

Crédibilité politique et vaccinale

La tendance est à l'oppositionnisme contre les tendances autoritaires et l'omniprésence du président Macron. Sinon, on pourrait s'étonner que parmi les opposants au passe sanitaire ou à la vaccination on trouve autant de membres de l'extrême droite et extrême gauche qui sont plutôt réputés favorables à l'autorité de l'État (libertaires mis à part). Il en est de même des nombreux admirateurs de Zemmour ou de Napoléon (en cette période de bicentenaire) et plus généralement de tous les partisans du discours anti-individualiste et anti-droit-de-l'hommiste, ou ceux contre le libéralisme - autant de principes qui concernent la question de l'autonomie de l'individu face à l'État. L'incohérence règne.

La situation actuelle s'explique par une perte généralisée de crédibilité des autorités qui sert d'autorisation à dire ou faire n'importe quoi. Ce n'est pas une attitude adulte : si les pouvoirs publics sont incapables, ce n'est pas une raison pour en rajouter. Le fait est que, depuis le début de la pandémie, on a assisté à un festival de conneries (souvent avec l'excuse de faire des blagues). Outre la prétention à se croire plus intelligents que les Chinois, voire de bénéficier d'une immunité naturelle de développés, il y a eu au moins un retard dans les mesures qu'il a bien fallu prendre finalement. Mais la situation française n'est pas très différente des pays équivalents. Concrètement, le président Macron n'a surtout pas eu de chance. Il se voulait réformateur et économe, il a dû parer au plus pressé et distribuer « un pognon de dingue », comme il l'avait évoqué pour critiquer les aides sociales diverses. Le sens réel de la pandémie est celui d'un retour à la réalité : il n'y a pas que des questions de communication. Et c'est pourtant ce qui continue à dominer pour traiter le problème.

On a cependant eu le tort de reprocher au président des coupes dans la santé qui dataient de ses prédécesseurs. Il continuait simplement un traitement comptable un peu trop mécanique. On devrait lui accorder d'avoir supprimé le numerus clausus, mais on ne forme pas les soignants si rapidement (ni si lentement : j'ai déjà évoqué ailleurs les situations de guerre mentionnées par Thomas Szaz).

Les opposants à la vaccination ou au passe-sanitaire pointent certaines contradictions dans les mesures prises. Il était par exemple absurde de sembler prétendre que les enfants ne diffusaient pas le covid. C'est la nécessité de concilier protection et économie qui a motivé des choix plus ou moins discutables. Personnellement, je pensais au début qu'on aurait dû choisir la stratégie « zéro covid », au lieu de rechercher, à l'anglaise, une immunité de groupe sans le dire franchement. Il ne faut pas oublier qu'à l'origine, la perspective du vaccin était envisagée à beaucoup plus long terme. Il fallait retarder une explosion des contaminations et de l'engorgement des services de réanimation. Des mesures mieux ciblées, plutôt qu'un universalisme obsessionnel, me paraissaient plus efficaces.

Sociologie de la connaissance

Outre certaines erreurs, le problème me semble être une absence de franchise dans le seul but de rassurer au lieu de faire confiance à la rationalité. L'existence possible d'une irrationalité complotiste n'est pas une excuse. Trop en tenir compte me paraît contribuer à son renforcement. D'autant que les militants complotistes ou antivax ne seront jamais directement convaincus. Une partie des autres opposants a l'impression qu'on les prend pour des imbéciles et qu'on leur cache des motivations plus ou moins inavouables. Le goût pour les scandales répandu par les médias est le cadre actuel de l'information.

Plutôt que le soupçon, j'ai plutôt tendance à incriminer l'amateurisme d'un jeune président qui veut affirmer son autorité face à des politiciens trop contents de le dénigrer parce qu'ils n'ont pas digéré son élection surprise. L'inconvénient du dégagisme est le ressentiment des gens dégagés. Ces circonstances permettent aussi de vérifier que le volontarisme de la jeunesse n'est pas un critère d'efficacité. Le président n'a pas réussi à récupérer suffisamment de politiciens de l'ancien monde et on voit que le nouveau monde ne vaut pas mieux. Le renforcement jupitérien du présidentialisme n'a pas aidé à sélectionner les compétences plutôt que des lèche-bottes dans le personnel politique. Il s'est répandu, depuis Mitterrand, un étrange discours fondé sur le culte des dirigeants. L'action sociale suppose des relais dans l'opinion plutôt que la verticalité omnisciente, surtout celle d'un seul.

L'attitude face aux médias ne vaut pas mieux. Il règne une étrange alternance simultanée entre incriminer les experts et exiger une spécialisation poussée pour avoir le droit à la parole. J'ai coutume de dire que la scolarisation a changé les choses depuis la fin du XIXe siècle. On est passé de 1 % de bacheliers en 1900 à 4 % en 1936, 15 % en 1970, 70 % en 2000. Ce critère correspond à l'idée du bagage moderne de « l'honnête homme » ou du « citoyen actif ». L'idée que le niveau baisse est une légende urbaine, due à l'origine à ceux qui refusaient la démocratisation de l'enseignement. D'ailleurs si dégradation il y a, elle concernerait donc actuellement ceux-là mêmes qui répercutent le mythe de la décadence, surtout les jeunes ! Le problème réel est plutôt la difficulté à traiter le bombardement d'informations mondialisées. D'où le complotisme médiatique ou hollywoodien.

J'ai regretté que cette pandémie ne soit pas l'occasion d'une meilleure information médicale assumée comme telle. C'est dû surtout à la mauvaise habitude médicale de considérer les patients comme des imbéciles, qui se manifeste aujourd'hui par la critique du fait d'aller voir sur Internet. Ça date de l'époque où la médecine s'opposait aux traditions populaires. Il y a quelques années, à propos de l'épidémie de virus d'Ébola en Afrique, j'avais regretté l'absence d'une stratégie d'éducation médicale qui aurait permis de diminuer l'influence des traditions locales dangereuses. Il me semble que c'est ainsi qu'on peut crédibiliser la médecine et la politique et pas seulement en prétendant s'occuper de tout. On a d'ailleurs vu le rôle des associations de malades dans le cas du SIDA.

Certains ont eu tort de reprocher au président Macron de se prendre pour un virologue. S'il s'intéresse vraiment à ces questions, d'autant qu'il semble ne rien déléguer, il est forcément plus compétent au bout d'un an qu'au début. D'ailleurs, il n'y avait guère de spécialistes du coronavirus au démarrage de la pandémie et les médecins n'ont pas forcément une formation sur ce sujet. C'est dans les deux cas, spécialistes ou profanes, une question de formation continue. La France préfère les diplômes qui rendraient omniscient.

Concrètement, la pandémie a révélé l'ignorance des spécialistes. L'arsenal actuel de la médecine, qui n'était souvent pas très efficace dans un passé pas si lointain, consiste, depuis les années 1970 surtout, à fournir des réponses techniques qui tournent à la routine. Quand une nouvelle maladie apparaît, on régresse à une situation antérieure d'angoisse devant l'inconnu et on constate des réponses désordonnées qui correspondent aux tâtonnements et volte-face de la recherche. Les patients exigent les réponses habituelles et les médecins répugnent à dire qu'ils ne savent pas. La nouveauté sur ce point correspond au feuilleton House, qui montre les difficultés du diagnostic. Mais il s'agit là de maladies connues et non de recherche de réponses vraiment nouvelles.

Avec la solution technique du vaccin, la situation est une forme de retour à la normale. On fait ce qu'on sait faire. C'est aussi la raison de la généralisation vaccinale. La technique médicale est de retour. On prétend combattre les obscurantismes ou les prophètes de malheur qui espéraient un changement d'ère. Comme le public, les médecins veulent plutôt retourner à leurs habitudes.

Inquiétudes sur le vaccin

Ceux qui critiquent la vaccination en général ou l'obligation vaccinale profitent surtout, outre l'opposition au gouvernement, d'un certain discrédit de la science et de la médecine ou de l'industrie pharmaceutique du fait de quelques scandales récents. La mode est aux lanceurs d'alerte. Du fait de la vulgarisation des connaissances, l'aura du médecin a décliné. Le défaut connu de la profession est l'omerta corporatiste qui instille le soupçon.

La première inquiétude sur le vaccin est due à la rapidité de sa mise au point, contrairement aux délais habituels, ce qui explique sans doute la résistance insolite d'une partie du corps médical et personnel soignant, quoiqu'il ait toujours existé des médecins opposés à la vaccination. La nouvelle technique de l'ARN suscite aussi quelques doutes chez certains. Les effets secondaires ont provoqué un retrait provisoire ou localisé de certains vaccins comme AstraZeneca et les chiffres des décès sont discutés. Il semble aussi que la vaccination, si elle semble bien diminuer les formes graves et les décès, n'empêche pas la contamination ou la contagion. On conçoit que la notion de bénéfice/risque puisse paraître douteuse aux personnes jeunes qui avaient peu de chance d'être gravement malades ou de mourir de la maladie elle-même.

Dans la mesure où la vaccination devient obligatoire, pour certaines professions ou pour toute la population, j'ai envisagé qu'une contrepartie devrait être une indemnisation en cas de décès ou de maladie grave consécutive à la vaccination. Ce serait particulièrement utile dans les pays sans bonne couverture médicale ou pour ceux qui n'ont pas de mutuelle. Il faudrait au moins payer les obsèques et que l'État, en cas de décès de parents, prenne en charge les enfants comme pupilles de la nation. C'est le principe précédent de la responsabilité qu'il faut assumer qu'on soit un individu ou un collectif.

La méfiance envers le vaccin serait moindre si on se donnait la peine de mieux informer sur les effets secondaires et les décès constatés. On a reproché au sociologue Laurent Mucchielli de mal interpréter les données. Il faudrait plutôt identifier les contre-indications et les terrains allergiques au lieu d'avoir l'air de nier la réalité de décès éventuellement causés par le vaccin au nom d'un bénéfice/risque seulement statistique. L'argument de l'absence de certitude causale (post hoc ergo propter hoc) n'est justement pas absolu non plus : la cause précède toujours la conséquence quand même. Que la succession ne soit pas toujours causale signifie seulement qu'il faut se méfier des conclusions hâtives. Cet argument a d'ailleurs été utilisé fréquemment par les industriels (cigarettiers, pharmaceutiques, phytosanitaires, etc.) pour nier leurs responsabilités au nom de la science, avec la complicité de certains chercheurs, sans parler du nuage de Tchernobyl, s'il est question de l'État comme garant de la sécurité des populations.

Le principe du passe-sanitaire, qui était une solution pour sortir du confinement la première année de la pandémie, est perçu par certains comme une atteinte aux libertés. Le truc qui consiste à imposer le passe pour obliger à se faire vacciner n'est cependant pas une bonne méthode de gouvernement. D'autant que certaines professions, comme les policiers, ont été dispensées de cette contrainte. C'est au moins maladroit. D'aucuns ne se sont pas privés de considérer que le pouvoir actuel ne tient que par la police et la ménage d'une façon si peu républicaine, tout en se gargarisant du contraire.

Parallèlement, la diabolisation des opposants au passe-sanitaire et à la vaccination au nom du complotisme et de l'antisémitisme de certains manifestants est aussi un procédé de généralisation abusif. D'autant qu'il me paraît souvent contradictoire : quand on manifeste avec une étoile jaune, cela ne doit pas vouloir dire qu'on est un nazi, contrairement au cas d'une autre manifestante avec une pancarte qui accuse des personnalités majoritairement juives. Dans le premier cas, il s'agit des excès rhétoriques habituels et non de discours « ignobles », comme on l'a prétendu (les indignations bidon sont contre-productives). Dans le second cas, il s'agit de confusionnisme délirant qui ramène tout à des idées fixes, antisémites en l'occurrence (ceux qui nient cette réalité jouent justement sur l'absence de validité de la diabolisation précédente). J'ai eu l'occasion de twitter qu'on pourrait éventuellement comprendre qu'on accuse les Chinois (même s'ils ont plutôt bien géré la crise de leur côté), mais les juifs n'ont rien à faire dans cette histoire. Les autres manifestants auraient effectivement dû se démarquer de ces tendances, mais c'est plutôt le lot général de considérer que « les ennemis de mes ennemis sont mes amis ». Et ce sont de mauvaises habitudes polémiques, de part et d'autre donc.

D'où la critique possible de la stratégie vaccinale : dès le début, il me semblait suffisant de mettre le vaccin à disposition de ceux qui désiraient se faire vacciner. Ils étaient assez nombreux pour susciter un effet d'entraînement. Ils auraient été les promoteurs de la vaccination à partir de la base : en sociologie, justement, on parle d'influence des « intermédiaires culturels ». L'État a voulu tout contrôler en culpabilisant et en criant au complotisme. La France est un pays de curés et d'instituteurs qui traitent les adultes comme des enfants. De leur côté, les médias se complaisent à présenter les tricheurs du passe sanitaire et les quelques problèmes résiduels. Je veux bien que l'information ne concerne pas les trains qui arrivent à l'heure, mais on risque de le rater si on parie toujours sur leur retard.

Le vrai problème est plutôt que les nouveaux variants semblent réduire l'efficacité des vaccins, ou celle de leur durée. On peut être aussi un peu déçu du fait que les vaccins n'empêchent pas la contamination ou la contagion, même s'ils protègent en général contre les formes graves (quoiqu'il puisse s'agir d'une évolution du virus lui-même vers une moindre létalité). La reprise d'une nouvelle vague dans les pays bien vaccinés comme l'Islande ou Israël est effectivement inquiétante. De fait, la persistance des contaminations signifie plutôt qu'il ne faut pas abandonner les autres précautions. D'ailleurs, si la pandémie continue, même en étant vaccinés, on risque de voir apparaître de nouveaux variants.

Retour sur expérience

Pourquoi dramatiser en permanence ? Concernant la campagne de vaccination, on se demande quel est le problème fin août. Il y a bientôt, en France, 50 millions de vaccinés avec une dose et plus de 40 millions avec deux doses. Et les médias en font des tonnes pour discuter le fait que le premier chiffre serait réalisé avec une semaine de retard sur la promesse présidentielle. Sachant qu'on a commencé par les plus âgés, puis les adultes, et qu'il y a 10 millions d'enfants de moins de 12 ans, non vaccinés pour le moment, on atteint donc presque 90 % d'adultes vaccinés avec une dose et 75 % avec deux. D'autant que les contaminés possèdent eux aussi des anticorps. Si on tient compte du nombre de 110 000 décès en France, avec un taux de létalité de 1%, cela signifie qu'il y a eu 11 millions de contaminés. Mais il faudrait voir si la protection persiste.

Cette pandémie a donné lieu à une comptabilité systématique du nombre de morts et de malades exposée au grand public. Elle n'a pas été toujours disponible ou fidèle selon les pays ou lieux de recueil de données (hôpital, domicile, maisons de retraite). Il faut sans doute en améliorer le traitement, mais c'est un bon exemple des possibilités offertes par le Big data pour toutes les maladies. La France a sans doute pâti de l'interdiction de tests ADN en généalogie. Cela aurait permis de bénéficier d'un plus grand nombre de dispositifs techniques et d'expertises pour analyser les variants des virus. Un meilleur suivi des effets secondaires et du covid long, nié au début, pourrait permettre une amélioration des traitements médicaux et de la prise en compte différentielle des diverses manifestations de la maladie. L'intérêt de certains pour l'information médicale peut susciter des vocations. Ce système d'information global pourrait renforcer le rôle et la légitimité de l'OMS, et sécuriser les échanges internationaux de bonnes pratiques sanitaires.

Depuis le début, l'erreur a été de croire que la pandémie allait s'arrêter après les premières mesures, puis après les suivantes et encore avec la dernière. On semble avoir appliqué la méthode Coué des fans de foot : « on y croit, on y croit ! » La France laïque pratique toujours un certain nombre de superstitions. Les intellectuels ont abandonné le principe de réalité et croient que le langage est performatif sur le mode : « je déclare la pandémie finie », et les médias font chorus pour espérer être les premiers à avoir annoncé la fin de la crise. C'est puéril et lassant.

La majorité des autres (ou les mêmes) veut simplement vivre comme avant. On est pourtant bien d'accord que cette pandémie est une sorte d'avertissement que d'autres peuvent arriver n'importe quand. Il faudrait essayer de prendre de bonnes habitudes puisqu'on ne sait pas vraiment ce qui peut se passer à l'avenir, même si le pire n'est jamais sûr, et parce qu'on apprend, en principe, des épreuves qu'on traverse.

Jacques Bolo

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