| Mr. Sunshine - Titre original : 미스터 션샤인 (Miseuto Syeonsyain) ; Scénario : Jinnie CHOI, KIM Eun-sook ; Réalisation : LEE Eung-bok ; Production : Hwak&Dam Pictures, Studio dragon ; Musique : NAM Hye-seung ; Avec : LEE Byung-hun/KIM Kang-hoon/JEON Jin-seo, KIM Tae-ri/HEO Jung-eun, YOO Yeon-seok/CHOI Min-young, KIM Min-jung, Byun Yo-han, LEE Seung-joon/KANG Yi-seok, Kang Shin-il, KIM Eui-sung, KIM Joong-hee, CHOI Jin-ho, JUNG Hee-tae, SHIN Mun-sung, KIM Kang-il, JUNG Seung-gil, KIM Kap-soo, LEE Si-hoon, CHOI Moo-sung/SUNG Yu-bin, SEO Yoo-jung, JANG Dong-yoon, OH Ah-yeon, Lim Chul-soo, JI Seung-hyun, LEE Dong-yong, LEE Soon-won, LEE Dong-hee, PARK Sung-hoon, LEE Ho-jae, LEE Jung-eun, SHIN Jung-geun, KIM Na-woon, PARK Ah-in, David Lee McInnis, JO Woo-jin, KO Woo-rim/Kim Min-jae, Lorne Edward Oliver, KIM Eung-soo, KIM Dong-gyun/Lee Hak-joo, KIM Hye-eun/PARK Ji-yeon, JUNG Min-ah, YOON Joo-man, KIM Yong-ji, Hakuryu, SHIN Soo-yeon, KIM Si-eun, YOON Byung-hee, KIM Byung-chul, BAE Jung-nam, Jason Nelson, Ariane Desgagnés-Leclerc, KIM In-woo, JUNG In-kyum, KIM Nam-hee, GONG Dae-yu, YOON Dae-yul, LEE Jung-hyun, CHOI Kwang-je, SONG Jin-woo, JEONG Tae-ya, 24 épisodes.
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Ce drama oppose et réunit le capitaine américain Eugène CHOI et la jeune aristocrate GO Ae-Shin, dans le cadre de la Corée déstabilisée du début du XXe siècle. Aux deux personnages principaux, outre serviteurs et officiels, s'ajoutent principalement JO Woo-jin un traducteur de la légation américaine, inutile puisque Eugène Choi parle coréen, mais très pittoresque. La patronne de l'hôtel-salon de thé « Glory Hotel », KUDO Hina, jeune veuve coréenne d'un Japonais, sert de liaison entre les personnages. L'affairiste compromis avec les Japonais, LEE Wan-ik, qui s'avère être le père de KUDO Hina, qui ambitionne un rôle politique à la cour de Corée. KIM Hee-sing, le fils oisif de la famille noble la plus riche de Corée, revient de ses études au Japon et accentue le mélodrame. D'autant qu'un projet de mariage avec l'héroïne GO Ae-shin avait été conclu entre leurs deux familles. Le potier HWANG Eun-san se révèle (rapidement) en chef de la résistance clandestine avec la complicité de notables du palais qui s'opposent à ceux qui penchent pour le Japon. S'ajoute également une sorte de samouraï/yakuza, GOO Dong-mae (ISHIDA Sho en japonais) et sa bande, lui aussi d'origine coréenne, agent local d'un gang du Japon, qui complique l'intrigue, en renforçant l'ambiance générale complotiste de guerre des gangs, entre bandes armées officielles ou non (mode fin règne et chute de l'URSS). Tous les personnages sont souvent liés entre eux d'une façon ou d'une autre. On pourrait reprocher ce trop grand nombre de liens personnels, c'est décidément la mauvaise habitude (internationale) des feuilletons actuels qui manquent de créativité sur ce point.
Abonné à un groupe Facebook de photos de Corée "Photograph of Korea", j'ai pu remarquer l'effort de reconstitution des costumes et des décors de la ville traditionnelle et des débuts de sa modernisation. La série s'est même inspirée des photos disponibles que j'ai trouvées.
Photos "Photograph of Korea" (Cliquez sur les images pour agrandir)
Sontag Hotel. Séoul, Corée 1902
(a inspiré l'"Hôtel Glory" de KUDO Hina)
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Séoul, Corée 1895 - photographer Isabella L. Bird
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Married Child couple with their wedding outfits. Séoul . Corée, 1910 - photographer E. G. Stillman
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종로구 평동 Pyeong-dong, Jongno-gu, Séoul, Corée 1909 - photo Abbaye Saint-Ottilien
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Cette longue fresque épique coréenne commence en 1871 et se déroule vers 1900. L'époque alternait entre les coups de force (militaires, missionnaires ou financiers étrangers) et les fermetures coréennes (dont les persécutions de missionnaires chrétiens, français entre autres). Les légations étrangères installées alors en Corée (style Les 55 jours de Pékin, 1963) étaient appuyées par des garnisons militaires à couteaux tirés entre elles, surtout les Japonais et les Américains dans cette série. Elle débute par un flash-back sur l'assaut de l'armée américaine en 1871 contre une garnison coréenne ("incident du Shinmiyangyo" qui met fin à l'isolationnisme coréen) où s'illustre le jeune artilleur JANG Seung-goo, capturé par les Américains et qui voit mourir son père dans la bataille perdue d'avance (JANG deviendra chef des gardes du palais). La paix revenue, le roi Gojong (1852-1919, régnant de 1864/1873 à 1907) essaie de maintenir les apparences, mais il est de plus en plus marginalisé, tandis que les légations russes ou japonaises tentent d'imposer leur influence, outre les Américains.
Photos "Photograph of Korea" (Cliquez sur les images pour agrandir)
Gojong 고종 (1852-1919) - Roi (1864-1897), Empereur (1897-1907) et son fils Sunjong 순종 (1874-1926), dernier empereur (1907-1910) - Séoul, Corée, 1888 - photo Charles Varat (1842/43–1893), géographe et voyageur professionnel
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Bataille de Shinmiyangyo - Drapeau du général Eo Jae-yeon, capturé par les Américains à Gwangseongjin le 11 juin 1871 (règne du roi Gojong) avec le caractère « Su » (帥)
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Délégation officielle coréenne (윤치호·민영환 Yun Chi-ho et Min Young-hwan) au couronnement du Tsar Nicolas II, Russia, 1896
이동휘 Lee Dong-hwi (au premier rang, au centre), diplômé de l'Académie militaire de Hanseong et nommé commandant de la Garde de la garnison du palais - Corée, 1903-1905
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Détachement d'une troupe japonaise entrant à Séoul - Donuimun-Seodaemun 돈의문-서대문, Séoul, Corée 1904 - photographer Underwood
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Mais la série n'est pas tendre envers la noblesse coréenne. Juste après la séquence initiale de l'accrochage américano-coréen, ça commence fort. Dans une propriété aristocratique, le maître trouve un prétexte pour punir à coups de bâton le mari d'une de ses esclaves. Un ami influent du noble la convoitait. Face au châtiment infligé à son mari, sa femme se rebiffe et menace d'égorger la fille du maître (enceinte de celui qui sera l'étudiant KIM Hee-sing). Cette esclave révoltée, consciente que ça va mal finir, dit à son tout jeune fils Yoo-jin de s'enfuir le plus loin qu'il peut en lui donnant pour survivre la belle broche prise sur la fille du maître. L'enfant parti et l'otage relâchée, le mari est tué d'une flèche et la femme se jettera dans un puits. L'ambiance n'est pas guillerette.
Poursuivi longtemps par les chasseurs professionnels d'esclaves fugitifs, le petit Yoo-jin se cache chez un potier célèbre, HWANG Eun-san, vivant dans les montagnes, qui ne le livre pas à ses poursuivants. Le potier propose à un missionnaire américain, amateur de son travail (voir musée), d'amener l'enfant en Amérique pour le sauver. Embarqué clandestinement par le missionnaire, Yoo-jin découvre l'Amérique où, une fois adulte, il s'engagera dans l'armée pour survivre. Il devient Eugene (prononcé aussi Yoo-jin en anglais). On le retrouve capitaine de l'armée américaine, envoyé en Corée sans qu'il l'ait particulièrement souhaité, après différentes affectations en Extrême-Orient. Était-ce vraiment possible dans l'Amérique de la fin du XIXe siècle pour une personne d'origine coréenne ? D'autant qu'il exerce ici le poste officiel de consul (outre une mission secrète de sniper pour éliminer un traître) ! La série à ce stade se déroule donc quand les personnages principaux ont plus d'une trentaine d'années, au début du XXe siècle, dans la Corée occupée par des puissances étrangères sous des prétextes de coopération économique ou militaire.
Photos "Photograph of Korea" (Cliquez sur les images pour agrandir)
American Legation, Séoul, Corée 25/12/1905 - Willard D Straight in Korea Collection
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Pottery Packing Mountain Men, Near Séoul, Corée 1899-1900
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Korean cadet corps and Russian drill instructors. Séoul . Corée, 1895 - photographer Isabella L. Bird
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Cérémonie d'inauguration devant Honghwamun 홍화문 en présence de Lee Chae-yeon 이채연, du comptable fiscaliste Brown, du ministre américain Allen et d'autres personnalités. Séoul, Corée 1898-12-03 - William Elliot Griffis collection
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Au cours de sa mission de sniper, Yoo-jin est devancé par un autre assassin sur le toit et découvre donc la résistance locale, l'« armée vertueuse ». Il comprend qu'il s'agit d'une jeune femme noble, GO Ae-shin, ce qui attisera initialement sa curiosité. L'intérêt historique de la série est qu'on assiste à une reconstitution des changements en Corée, peu avant l'annexion complète par le Japon, du point de vue extérieur/intérieur d'un Coréen-Américain, qui ne se sent pas concerné, mais s'implique de plus en plus. La série montre la Corée occupée par des armées étrangères qui se disputent l'influence sur la cour du roi, devenu empereur (pour tenter d'impressionner les puissances occupantes ? Sans succès), sur fond de corruption, d'affairisme et de hiérarchie rituelle pesante de castes. Les lettrés locaux traditionnels protestent contre l'influence étrangère. L'américano-coréen Yoo-jin se demande aussi quelle est la légitimité de la résistance dans la mesure où l'ordre aristocratique esclavagiste ancien est celui qui a causé la perte de ses parents. Il se sent redevable envers les États-Unis qu'il considère davantage comme un modèle de modernisation. C'était également la conception des collaborateurs favorables aux Japonais.
Photos "Photograph of Korea" (Cliquez sur les images pour agrandir)
Séoul, Corée 1900's - Photo Album photo moderne
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Cathédrale de Myeongdong terminée, Séoul, Corée, 1898
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Armée de l'Empire coréen à l'entraînement. Gwanghwamun 광화문, Séoul . Corée, 1904 - photographer Underwood & Underwood
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Résidences étrangères à Chemulpo, village coréen en contrebas. Corée, 1894 - Le Monde Illustré 1894 -
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La série aurait pu être grandiose, mais elle pèche par sa réalisation. Outre les flash-back et des rebondissements inutiles, elle devient progressivement plus lente (mode romances). C'est le défaut de certaines séries coréennes aux épisodes trop longs et beaucoup trop nombreux : 24 épisodes de plus d'une heure ici ! C'est deux fois trop long. Il faudrait passer la série en accéléré, mais ça serait gênant pour les sous-titres. L'histoire pratique aussi le mélange des genres à la coréenne : historique, guerre, drame, humour, aventure, romance (impossible), mais cet aspect varié est plutôt réussi et permet de supporter la lenteur progressivement plus importante.
On pourrait aussi plaisanter sur les deux principaux héros qui ont un faux air de comte de Monte Cristo pour Yoo-jin et de Zorro pour la jeune Ae-shin, comme noble résistante, avec l'artilleur JANG Seung-goo comme instructeur militaire (dans le rôle de Bernardo). Le côté Karaté Kid cliché de l'initiation est aussi un peu trop développé. Mais la qualité du jeu de l'actrice permet pourtant de rendre l'histoire très crédible. Tout le long de la série, on attend la vengeance d'Yoo-jin qui côtoie progressivement tous les responsables du malheur de ses parents, avec quelques surprises plus subtiles qu'on aurait pu le penser.
Le début de la modernisation de la Corée, sous le contrôle intéressé des puissances militaires et financières étrangères, introduit les nouveautés comme le tramway, le chemin de fer, le café ou la bière, avec l'omniprésence de pâtisseries françaises. Le générique note du placement de produits. Dans la mesure où il n'y a évidemment pas de marque pérenne, est-ce des pubs génériques pour le café et la bière américaine ou surtout les gâteaux français omniprésents ? Il est vrai que la Corée du Sud actuelle est envahie de chaînes de snacks-pâtisseries aux noms français (« Paris Baguette », « Paris croissant », « Tous les jours », etc.) avec des milliers de boutiques.
Chacun complote avec des motifs personnels plus ou moins honnêtes dans une ambiance généralisée de cynisme et de traîtrises cousues de fil blanc. Mais tout cela donne une représentation assez crédible des grenouillages dans les situations de domination coloniale et de pouvoir aristocratique courtisan. On comprend mieux le principe de corruption généralisé des séries coréennes qui se passent à l'époque contemporaine. La pratique réelle ou l'inspiration narrative semblent récurrentes.
La série est quand même agréable à suivre, malgré les longueurs, du fait d'une sorte de distance comique permanente, entre le comportement naïf et roublard des Coréens et surtout celui de la jeune noble dont on montre de façon assez crédible les contradictions de son statut aristocratique (féminin surtout pour l'époque) avec son engagement résistant. On peut d'ailleurs voir les tenues de sortie féminines des nobles (장옷 "jang-ot") et leurs déplacements en palanquin.
Photos "Photograph of Korea" (Cliquez sur les images pour agrandir)
Palanquin et ses porteurs
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Japanese Quarter, Séoul, Corée 1904 - photographer George Rose
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(장옷 "jang-ot") Corée, 1904-1905 - photographer Jack London
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Gwanghuimun - 광희문 [光熙門, Sugumun 수구문], Séoul, Corée 1906~07 - photographer Hermann Sander
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La résistance elle-même est montrée sans concession, quel que soit le niveau social des participants. Mais la série se polarise sans doute un peu trop sur les deux héros plutôt que sur l'histoire des tentatives infructueuses réelles de la Corée pour maintenir son indépendance. Dans les reconstitutions, on peut cependant noter la scène (imprudente) où un photographe américain prend une photo d'un groupe de résistants. Les photos disponibles montrent aussi des personnages historiques de l'époque, dont Syngman Rhee (1875-1965), qui deviendra plus tard président de la Corée du Sud (1948-1960) après la Deuxième Guerre mondiale et pendant la guerre de Corée (1950-1953). D'autres indépendantistes, dans les années 1920 et 1930 opéreront à partir de l'URSS et contribueront ensuite à la création de la Corée du Nord.
Photos "Photograph of Korea" (Cliquez sur les images pour agrandir)
"Armée vertueuse" près de Jipyeong 지평, Yangpyeong-gun 양평군, Corée, 1907 - photographer F A McKenzie
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Syngman Rhee et d'autres indépendantistes prisonniers - Prison de Hanseong, Syngman Rhee 이승만 à l'extrême gauche, Séoul, Corée 1903
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Syngman Rhee et sa famille avant son départ pour les États-Unis comme envoyé secret de l'empereur Gojong - Séoul, Corée 1904
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Rédaction du Daehan Maeil Shinbo - 대한 매일 신보 [1904-1910] Séoul, Corée 1907 - photo Frederick McKenzie - journal fondé par Ernest Bethell (1872-1919) avec le soutien de militants pour l'indépendance.
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Jacques Bolo
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