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Écologie - Juillet 2022

Sécheresse ?

Résumé

Les canicules à répétition ont mis la sécheresse à l'ordre du jour. Mais il ne faut pas dire n'importe quoi...

Plus personne ne doute qu'il existe une sorte de changement climatique, même si certains font semblant et arrivent peut-être à s'auto-persuader de son inexistence. Ce n'est pas parce que les écolos actuels sont lourdingues ou incohérents que ce qu'ils disent n'est pas exact sur ce point. On conçoit que l'idée qu'ils puissent pavoiser en claironnant qu'ils l'avaient bien dit est agaçante pour leurs adversaires politiques.

La réserve qu'on peut faire est que le mantra du changement climatique est devenu une rengaine quotidienne assommante. C'est la méthode médiatique pour la plupart des infos sur le mode « enfoncez-vous bien ça dans le crâne » de la pub ou des tubes à la radio. Le défaut du procédé est que certains ont mis du temps à être convaincu justement parce qu'ils répétaient les rengaines précédentes. Les écolos actuels ont tort de se satisfaire de ce nouveau conformisme qui attire forcément les moutons et les arrivistes. Ne parlons pas des politiciens qui se plient au jeu : la démagogie est leur créneau. Ânonner est aussi la méthode classique des instituteurs tradis et des curés. D'autant que l'idée de responsabilité humaine surfe un peu trop sur le mea culpa inutile quand il est un peu tard.

Pour la question de la sécheresse, la cause n'en est pas non plus forcément le changement climatique. Pour ceux qui en doutent, on peut rappeler que l'existence du pont du Gard signifie qu'il n'y avait pas assez d'eau à Nîmes à l'époque romaine. Il n'y a jamais eu assez d'eau dans les régions méditerranéennes.

Le film de Pagnol et le remake de Claude Berry, Manon des sources, s'appellent aussi L'eau des collines, et l'on sait que la petite sauvageonne Manon coupe l'eau de la source qui approvisionne le village pour se venger de la même opération qui a eu lieu contre son père, avec la complicité silencieuse des villageois. À revoir donc. Une raison de la pénurie d'eau est surtout que le sol calcaire finit toujours par transformer les ruissellements en rivières souterraines sans intervention humaine. Il faut savoir séparer les causalités pour résoudre les problèmes. Si un manque d'eau est dû à la culture du maïs, par exemple, ce n'est pas dû au changement climatique, c'est par contre bien dû à l'action humaine.

Il ne faut pas oublier non plus que la population française a augmenté de plus de 50 % depuis le début du XXe siècle et a plus que doublé depuis la Révolution française. Dans le monde, la population a été multipliée par deux depuis les années 1950 et par huit depuis 1800. Quand on parle de responsabilité humaine, ce n'est pas forcément dû aux modes de consommation, mais peut-être simplement à la démographie.

J'ai déjà mentionné quelque part aussi un biais pédagogique dans le cas d'un père qui utilisait l'exemple d'un séjour de vacances dans le désert pour faire la leçon à son fils sur les économies d'eau. L'écologie concerne l'adaptation à l'environnement. On n'est pas obligé d'économiser l'eau quand il y en a plein, pas plus que les habitants du désert ne doivent économiser le sable. On ne doit pas se priver de manger par solidarité avec ceux qui subissent des famines.

Il est bien évident aussi qu'on ne peut pas consommer deux fois moins parce qu'on accepte que la population double. Le vrai principe du désert est plutôt celui de devoir limiter la population, de préférence par un autre moyen que la famine, comme dans le passé. L'augmentation de la production a été la solution utilisée ces deux derniers siècles pour y remédier. C'est sans doute cette approche qu'il faut changer.

Si l'aggravation des sécheresses est due au réchauffement climatique, on n'en évalue pas forcément bien non plus les conséquences à venir. Il peut s'agir plutôt d'un dérèglement climatique qui produirait des phénomènes chaotiques. On a même parlé d'une modification du Gulf Stream qui refroidirait l'Europe. Le fait est que, dans les années 1970, les climatologues prévoyaient la possibilité d'un refroidissement. Il est possible que les émissions de gaz à effet de serre n'aient pas été prises alors en compte ou qu'elles aient précisément réchauffé l'atmosphère qui aurait été plus froide sans elles.

Il faut aussi se préparer à la situation, quelle qu'en soit la cause. La solution n'est pas d'accuser l'intervention humaine, puisqu'il va falloir justement réparer les dégâts par des mesures techniques. C'était déjà le cas des Romains avec le pont du Gard. C'est le cas du dessalement de l'eau de mer dans les pays désertiques. On n'est pas obligé de rendre un culte à la pénurie au nom de la nature. Concrètement, aucune ville n'est actuellement autonome. Toute la civilisation contemporaine est artificielle. C'était aussi le cas des précédentes. « Laisser faire la nature » consisterait simplement à accepter la régulation darwinienne.

Les fleuves et rivières connaissent un niveau des plus bas. C'est une situation normale dans certaines régions depuis longtemps. Mais la situation actuelle signifie que leur débit n'est pas régulé par des barrages. Il y a longtemps que la plupart des rivières ne sont plus « sauvages ». Si la situation s'aggrave avec le changement climatique, il va bien falloir s'y adapter et commencer à réguler les cours d'eau qui ne l'étaient pas. Les écologistes critiquent souvent les aménagements de ce genre, en particulier les bassins pour l'agriculture. Mais si cet état d'assèchement devient plus fréquent, il n'est plus possible d'échapper à cette forme d'assistance aux cultures. Surtout, si on subit des précipitations plus rares, mais plus fortes à cause du dérèglement climatique, il va bien falloir récupérer l'eau en question au lieu de battre sa coulpe pour expier les péchés de l'humanité ou des générations précédentes (voir « Le nouveau buzz anti-boomers »).

Comme on parle aussi, à juste titre, d'un manque de recharge des nappes phréatiques, il va falloir envisager de généraliser les micro-retenues sur tous les petits cours d'eau en s'inspirant du modèle des barrages de castors. Les écologistes militants parlent des zones humides en se polarisant un peu trop sur la seule biodiversité. On n'en est plus là quand il s'agit de la ressource. On pourrait généraliser au passage une petite production décentralisée d'électricité sur les retenues un peu plus importantes.

Plutôt qu'un impôt sécheresse pour tous, on pourrait obliger les paysans à rétablir des haies sur un pourcentage minime, mais significatif, de la surface de leurs parcelles, en particulier le long de tous les cours d'eau, sans exception. La création des bassins d'approvisionnement en eau pour les cultures pourrait être une contrepartie à cette atteinte au droit de propriété.

Plus généralement, la question du changement climatique ne doit pas consister à imposer des tabous symboliques qui permettent effectivement de considérer certains écologistes comme des citadins coupés des réalités de la campagne. C'est un peu trop la situation antagoniste actuelle. Les vrais écologistes devraient apporter des services utiles aux paysans plutôt que les asticoter. Une bonne gestion de l'eau pourrait en être l'occasion.

Jacques Bolo

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