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Économie - Mai 2020

Coronavirus : Déconfinement et Production

Résumé

Contrairement à l'affichage médiatique, le confinement ne pouvait pas être total. Certains services essentiel devaient être maintenus. L'économie va devoir repartir. On ne va pas pouvoir faire comme s'il ne s'était rien passé, mais pas non plus comme si tout était possible. D'autant que la crise sanitaire n'est pas forcément finie.

Le confinement a été décrété en France le 15 mars 2020 parce que les urgences de l'hôpital étaient saturées et qu'on envisageait une possibilité d'explosion de l'épidémie sur la base de la mortalité dans les clusters. L'étude anglaise pour obtenir l'immunité de groupe parlait de 500 000 victimes. Finalement, les pays qui n'ont pas décidé de confinement ont eu, trois mois plus tard, des taux de mortalité équivalents à ceux de la France. Si bien que certains s'interrogent : fallait-il confiner ?

Si on pense que le confinement a été efficace pour limiter l'extension de l'épidémie, cela signifie aussi qu'on aurait dû le mettre en place plus tôt. Il s'est avéré que la contagion semble être moins rapide qu'on le pensait et on aurait sans doute pu contenir le COVID-19 dans les foyers initiaux. On peut admettre qu'on l'ignorait à l'époque. Il aurait surtout fallu faire des tests comme le conseillait l'OMS pour isoler les malades plutôt que confiner tout le monde. Bizarrement, du fait de l'existence de malades asymptomatiques, on semble avoir raisonné comme si tout le monde avait été déjà contaminé. Ce qui était absurde. Les tests limités qui ont finalement été faits semblent indiquer qu'il y a eu en moyenne moins de 7 % de personnes atteintes en France, soit un peu plus de 20 % dans les foyers épidémiques importants et moins de 2 ou 3 % ailleurs.

Au moment de la fin du confinement, le 11 mai 2020, on atteignait bien la mortalité d'une forte grippe saisonnière en France, argument dont on se servait pour minimiser l'épidémie du coronavirus à son début. Pourtant, on a décidé le confinement général, dont on moquait précédemment les Chinois. Concrètement, on voit bien que les politiciens ont essayé de reprendre la main. Après l'avoir pris à la légère, avoir dit que la vie continue, qu'il ne fallait pas paniquer sur tous les tons (pendant deux mois !), on est plutôt passé au stade du caca nerveux ! Il faut bien observer qu'après avoir tenté de faire taire toute tentative de dissidence contre la minimisation de la situation, experts, politiques, journalistes et grand public confondus en sont venus à inverser complètement leurs discours et passer en mode panique totale. C'est une attitude aussi minable qu'incompétente. S'il est question de modèle asiatique, je suggère plutôt le hara-kiri généralisé !

On a vu que le début du confinement décidé un dimanche a d'abord été pris comme une journée de congé par de nombreux imbéciles qui ont voulu profiter d'une journée ensoleillée. Cela a déclenché la colère du gouvernement, sans doute furieux de n'avoir pas été pris au sérieux (sans se demander pourquoi ce n'était pas le cas). Au lieu de s'occuper de l'approvisionnement en masques, le pouvoir a choisi un contrôle policier de plus en plus strict. C'est décidément ce qui va finir par rester de ce quinquennat. Certains ont fait chorus sur tous les tons : suppliants, moralistes, coléreux, fascistes, toujours après avoir dit le contraire pendant deux mois, alors que le confinement était quand même très majoritairement respecté !

Qui confiner ?

Dire que tout le monde doit rester confiné est très sommaire et bêtement formaliste. Il est bien évident que, outre les soignants évidemment, ceux qui procurent les besoins fondamentaux (énergie, alimentation, entretien, etc.) doivent travailler. Ne parlons pas des politiques et des journalistes qui jouent donc les mouches du coche, sans porter de masque comme le font leurs homologues chinois. Nombreux sont ceux qui ne peuvent interrompre leurs activités. Les éboueurs doivent évidemment continuer de ramasser les ordures. Les livreurs peuvent aider au respect du confinement. Les éleveurs, même s'ils ne fournissaient plus la nourriture au public, devraient s'occuper de leur bétail. Les agriculteurs ne vont pas non plus laisser pourrir ou sécher leur récolte sur pied, surtout si on était resté confinés plusieurs mois. Tous les services qui vont avec, vétérinaires, transport, stockage, emballage, transformation, distribution, devront être à leur poste, éventuellement avec des équipes réduites. Les autorités devraient plutôt parler d'établir des roulements et veiller à sécuriser le fonctionnement des productions et services indispensables. Cela démontrerait un sens des responsabilités préférable à une communication omniprésente.

S'il est question du rôle de l'État, qui a failli sur le stock des masques pour les raisons évoquées dans mon précédent article, il lui faudrait plutôt commencer par garantir une fiabilité de la statistique. Certains ne voient pas l'importance de ce rôle purement descriptif, mais c'est exactement cela qui a causé l'impréparation. L'idée gaullienne que « l'intendance suivra » est une erreur. Les politiques qui croient qu'il suffit de décider d'en haut pour que toute la machine suive ne savent pas de quoi ils parlent. Ça ne marche effectivement que pour la police.

Il fallait que les activités essentielles soient parfaitement identifiées et que ceux qui les exécutent soient réquisitionnés, en prévoyant une réserve pour ceux qui vont tomber malades. À la guerre, on sait qu'il va y avoir des morts. La police doit veiller à la bonne marche de ces activités au lieu d'emmerder les gens et de risquer de transmettre le virus par les contrôles. Heureusement que, justement, il n'y avait pas beaucoup de malades en circulation. Cette décision de devoir écrire soi-même une autorisation était une imbécillité totale dont j'ai déjà dénoncé la conséquence de consommation inutile de papier. Il aurait mieux valu réquisitionner les papetiers comme opérateurs de machines à fabriquer des masques.

On a eu l'impression que le fonctionnement d'une économie moderne, en état d'urgence sanitaire, se réduisait à la police et à l'organisation des urgences liées à l'épidémie. Mais il y a aussi les autres urgences médicales. On a mentionné à la télévision une femme enceinte de sept mois qui allait devoir accoucher bientôt. Il naît 800 000 enfants par an, soit plus de 2 000 par jour. C'est le cas de le dire : « la vie continue ! » On a présenté cette question en relation avec le COVID-19. Ce n'est pas seulement cela, mais il faut effectivement sécuriser les maternités sur ce plan. Heureusement, le confinement devrait diminuer le nombre d'accidents de la circulation, mais on a signalé l'augmentation des accidents domestiques et des incendies. On a eu un tremblement de terre en Croatie, il peut y avoir des tempêtes ou des inondations. Il ne faut pas tout mettre en sommeil. Il fallait au contraire profiter de l'inaction pour mobiliser des volontaires, comme dans les catastrophes naturelles. C'est un peu ce qui s'est fait spontanément pour les masques fait main. Autre cafouillage : le gouvernement a plutôt critiqué cette initiative avant de s'y rallier.

Sur les stocks

Tout le monde a pu se rendre compte que le confinement a mal commencé. On a assisté à la disparition du papier toilette et de pâtes dans les magasins. C'est dans ces moments qu'on s'aperçoit quelles sont les vraies priorités ! Penser qu'il pourrait y avoir une pénurie supposait qu'il n'existe pas du tout de stock (comme pour les masques) ou que la production serait à l'arrêt. Les médias ont démenti, mais la pénurie s'est accentuée. C'est dire le discrédit des autorités. C'est vrai que la question se pose du fait de la mode managériale actuelle de production en flux tendu qui consiste précisément à ne conserver qu'un stock minimal. En ce qui concerne les pâtes, il faut quand même admettre que le stock de matière première existe avec la récolte précédente. Le véritable risque est plutôt celui de compromettre la production de blé suivante. C'est pour cela qu'il faut maintenir tous les services annexes qui la garantissent (entretien de machines agricoles, surveillance de l'avancement des récoltes, préparation du stockage, etc.). Si ce n'est pas le cas, puisque la pandémie est mondiale, une baisse de la production pourrait provoquer des famines l'année prochaine. Cette question peut ne pas être réglée non plus dans d'autres secteurs de production. L'arrêt des transports internationaux pourrait provoquer des engorgements au redémarrage. Une conséquence de cette crise sera sans doute d'augmenter les stocks stratégiques nationaux dans tous les domaines. On pourrait donc avoir du mal à s'approvisionner dans certaines matières premières.

Il est d'ailleurs possible que la crise provoque effectivement des pénuries. On ne consomme en principe pas plus de papier toilette ou de pâtes, mais si on doit se laver les mains dix fois plus souvent, il est parfaitement possible que les stocks de savon ne soient pas suffisants, ni même les matières premières nécessaires à sa production. Il en est de même pour les gels hydroalcooliques ou les médicaments indispensables au soin des malades graves. Les soignants eux-mêmes risquent de manquer si la crise devait continuer. Le confinement a ralenti les autres arrivées à l'hôpital et des soins ont été retardés, mais il ne sera pas évident de faire face à une deuxième vague. Il serait bon d'envisager d'augmenter en priorité les effectifs des centres de formation de ce personnel, puisqu'il existait déjà une pénurie. Il faudra envisager aussi une formation systématique des élèves ou des professeurs aux systèmes d'apprentissage en ligne.

Il faut aussi bien analyser la situation relative à la disponibilité des stocks de consommation courante. Pour l'approvisionnement des particuliers, la pratique moderne consiste justement à pratiquer le flux tendu : les stocks sont chez les commerçants et les grossistes. Les garde-mangers étaient la pratique ancienne des paysans semi-autarciques. J'ai déjà mentionné qu'en ville les petits appartements n'ont pas de congélateurs. Il en résulte qu'il faut s'approvisionner régulièrement, contrairement à la consigne de confinement. Ceux qui ont critiqué les Parisiens et banlieusards qui sortaient pour faire leurs courses auraient mieux fait de se taire. Il n'y a pas eu que sur les réseaux sociaux qu'on a dit des conneries hargneuses ! La France à aussi tendance à consommer des produits frais (pain, lait en particulier). La Chine peut plus facilement respecter la consigne de confinement du fait que sa cuisine utilise de gros paquets de riz et de condiments. Ce sont ces réalités qui structurent la vie réelle.

Tenir compte des pratiques de consommation est une compétence qui est celle des responsables de magasins plutôt que celle des politiques. Au cours de cette crise, on a assisté à des leçons de morale inadaptées et contradictoires. Ce sont ces approximations normatives qui nuisent à la crédibilité des autorités sanitaires. On reste dans le caporalisme scrogneugneu au lieu de responsabiliser les citoyens, comme dans les pays qui n'ont pas opté pour le confinement. Si on veut que les gens adoptent une attitude responsable, il faut leur donner une autonomie suffisante et leur laisser utiliser leur intelligence personnelle au lieu de les enrégimenter. C'est ce qu'on reproche à la Chine sans se rendre compte que la France fonctionne de la même façon et pour la même raison d'une défiance des dirigeants politiques envers la population. Ce n'est pas facile de changer rapidement les habitudes qui consistent à accaparer toujours plus de pouvoir pour les politiciens locaux ou nationaux. Leur absence de compétence constatée ne semble pas les arrêter et ils en demandent davantage. La Chine est plus efficace.

Redémarrage de l'économie

Quand le confinement a été lancé, le 15 mars, il est possible que les responsables se soient dit qu'il durerait seulement un peu plus de deux semaines puisqu'on pensait que la maladie guérit en 14 jours (il semble qu'il existe des cas chroniques dont il faudrait tester la contagiosité). Croire que tout serait réglé très vite était un peu présomptueux puisque le confinement durait alors depuis presque deux mois en Chine. Mais ce qui a prévalu ces quelques mois a été pour certains de se croire plus malin que les Chinois. C'était un peu factice. Il en a résulté que d'autres ont envisagé au contraire que la Chine a validé internationalement l'efficacité de son modèle politique et économique. La prochaine étape sur ce point sera la capacité de l'Amérique de Trump à rebondir pour ne pas discréditer l'Occident encore davantage.

L'Europe et la France surtout ont joué la carte de la garantie de l'État et de la relance par une aide massive à l'économie. C'est quand même un peu risqué, d'autant qu'il semble que certains, comme les soignants, se croient fondés à revendiquer des augmentations de salaire. Avec la crise qui s'annonce, cela ne me paraît pas très réaliste. Il ne faut pas non plus faire semblant de croire les belles paroles ni faire comme si la pandémie n'avait pas existé (« monde d'avant »). Il faut essayer d'en imaginer les conséquences pratiques et les coûts supplémentaires. À accroître les dépenses de santé, il serait préférable d'augmenter le nombre du personnel médical plutôt que leur salaire pour se préparer à une éventuelle deuxième vague. Il faudrait quand même un minimum de bon sens, surtout chez le personnel médical, sinon c'est inquiétant, et c'est vrai qu'on ne l'a pas trop observé ces derniers mois. Ça continue apparemment !

Va-t-on avoir une crise économique majeure ? Je ne fais jamais de prédictions. Certains économistes qui l'annoncent pourront toujours dire qu'ils l'avaient prévue. Le grand débat du moment est l'opposition entre les partisans de la relance et ceux qui veulent en profiter pour imposer la décroissance : les partisans du « monde d'avant » contre ceux du « monde d'après ». Sur ce point, on constate donc qu'on est revenu exactement à la situation juste avant la crise du coronavirus, fin 2019, si on se souvient que la question était alors à « pour ou contre Greta Thunberg ». Un problème immédiat est cependant que la pandémie n'est pas encore finie dans le monde et qu'elle risque de désorganiser les échanges. Ceux qui souhaitent une relocalisation des productions doivent quand même admettre un temps d'adaptation. Et si l'épidémie reprend à la rentrée, il va bien falloir mieux s'organiser avec l'existant. Le changement aussi a un coût écologique.

Dans l'immédiat, la méthode de politique économique habituelle consiste à favoriser une sorte d'obligation à consommer pour redémarrer l'économie. J'ai toujours pensé que cela consistait à fausser les comptes et j'ai déjà eu l'occasion de montrer que cela utilisait une relance artificielle des seules grandes entreprises (l'automobile en particulier) parce qu'on disposait des statistiques immédiatement alors que celles du commerce de détail sont plus longues à arriver. C'est évidemment factice puisque les dépenses d'un côté ne sont pas des revenus disponibles de l'autre. Renouveler sa voiture un an plus tôt, sous des prétextes écologiques idiots (puisque ça réduit la durée de vie des produits) avait d'ailleurs eu la conséquence de saturer le marché de l'occasion et du recyclage, à l'occasion de la « prime à la casse » du gouvernement Balladur en 1993 ou Juppé en 2009. Mais cela retarde surtout d'autres achats et peut même causer les faillites correspondantes des producteurs et distributeurs lésés. L'économie est un système « écologique » qu'il ne faut pas essayer de manipuler.

Chaque crise impacte l'économie de manière différente. Celle-ci devrait provoquer une réduction au moins provisoire, mais importante du tourisme, qu'il sera difficile de compenser, tout spécialement en France. Malheureusement, une des industries nationales qui marchait bien aussi était justement la production aéronautique. Airbus n'aura pas profité longtemps des ennuis récents de Boeing avec son 737 MAX. Les complotistes pourraient considérer que la coïncidence est suspecte. Si l'épidémie de COVID-19 devait durer ou devenir saisonnière, il est probable que le tourisme international s'effondrerait complètement. Dans cette situation, les indemnisations ne sont pas suffisantes. Il faut commencer à envisager des reconversions et cesser de penser que la méthode « On y croit ! On y croit ! » est le seul modèle économique. Il est d'ailleurs inspiré des coaches sportifs, mais les équipes sportives ne gagnent pas aussi souvent qu'elles le souhaitent.

Les discours sur le changement de système doivent plutôt concerner une réadaptation à la nouvelle réalité, qui n'est pas encore définie. Le changement ne doit pas être décidé de façon centralisée, par l'État ou par les intellectuels qui veulent placer leur salade habituelle. Il doit résulter des choix des individus : s'ils ne consomment plus quelque chose ou s'ils consomment autrement (commerce en ligne), c'est le commerce qui doit s'adapter. Ainsi, les restaurateurs ou les artistes doivent envisager une reprise seulement partielle de leurs activités si une partie de leur clientèle choisit un certain attentisme ou se tourne vers le commerce en ligne ou d'autres loisirs. Dans des circonstances de ce genre, la réalité est que certains font faillite et que les autres récupèrent leur clientèle. Ça risque d'être très dur pour les autres.

Il faut aussi prendre les mesures correctes si l'épidémie continue. Déjà, pendant le confinement, j'avais déjà dit que faire fermer les petites boutiques favorisait seulement les hypermarchés et cela avait donc l'inconvénient de concentrer davantage les clients. Il aurait sans doute fallu organiser un accès protégé (il n'y avait pas de masques) et une meilleure ventilation plutôt que fermer toutes les petites boutiques. Cela aurait permis d'atténuer la crise qui s'annonce. C'était d'autant plus absurde qu'il s'est avéré que l'épidémie n'a jamais été très étendue. Il aurait surtout fallu, dès le tout début, mettre tous les moyens pour essayer de comprendre sur le terrain les modes de contamination et suivre les malades déjà repérés, graves ou non (et les isoler, comme dans les pays asiatiques). On a vraiment l'impression que ceci n'a même pas été envisagé. On a semblé se contenter de modélisations statistiques en chambre.

Il est exact, comme le disent ceux qui pensent que le confinement n'a que trop duré, qu'on ne peut pas payer tout le monde à ne rien faire. Cependant, il faut enregistrer que certains n'ont jamais cessé de travailler, dont les professeurs qui ne veulent parfois pas reprendre le travail en classe parce qu'il est impossible de le faire avec les contraintes sanitaires prévues initialement. Ce point particulier est plus général. J'avais remarqué, quand j'étais pion dans un lycée dans les années 1980, que les lavabos disponibles pour se laver les mains avant d'aller à la cantine étaient hors d'usage. Je ne sais pas si cela avait changé récemment, mais cela montre que des anciennes habitudes d'hygiène avaient été négligées. Il faudrait désormais ne plus envoyer les enfants à l'école quand ils ont la grippe et que les parents s'organisent eux-mêmes autrement. Il ne faut pas accumuler les négligences.

C'est vrai que le COVID-19 aura fait instantanément, mais pour un temps, ce que Greta Thunberg proposait (stopper le transport aérien et la circulation automobile, etc.) et qu'il a relancé l'idée des relocalisations. On peut comprendre que les collapsologues y voient un signe, mais ils auraient tort de se réjouir. Outre la tendance à vouloir relancer la machine de plus belle, l'effet immédiat va être de s'apercevoir des risques de la désorganisation, surtout si des famines locales apparaissent l'an prochain. Bizarrement, les critiques de la finance ne semblent voir que l'aspect financier de l'économie. Mais les profits correspondent d'abord à des marchandises et des consommations. Si certaines sont superflues, la simple couverture des besoins essentiels est loin d'être réalisée partout dans le monde. L'importance des problèmes écologiques actuels provient essentiellement du rattrapage des pays sous-développés. Les Américains consomment beaucoup, mais ils ne sont que 300 millions sur 7 milliards d'habitants de la planète et il existe aussi beaucoup de pauvres aux États-Unis. J'ai plutôt parlé ailleurs d'une limitation des naissances pour faire face à ces questions.

Pousser à la consommation pour relancer l'économie est néanmoins un peu ridicule. Les partisans du « monde d'après » n'ont pas tort sur ce point. Certains tirent un avantage de cette relance, mais un inconvénient caché est de renforcer une sorte d'économie administrée qui renforce l'hégémonisme politicien. Les partisans du monde d'après et du monde d'avant ont le même effet sur ce point. On a pourtant vu avec la crise du COVID-19 que la compétence des dirigeants politiques était limitée, mais l'écologie est la nouvelle astuce pour justifier l'augmentation des prérogatives des élus. Le recyclage fonctionne bien dans ce domaine. Les militants spécifiquement écologistes leur servent des arguments sur un plateau et poussent au maximalisme plus ou moins honnêtement. La mode est au rejet de la voiture, alors que la crise du COVID-19 condamne plutôt les transports en commun et promeut l'étalement pavillonnaire. Prétendre favoriser le vélo est une mystification pour ne pas l'admettre. Le monde d'après est aussi malhonnête que le monde d'avant.

Conclusion

Le vrai sens de cette pandémie est bien la fin de l'idée que les épidémies étaient seulement pour les pays sous-développés. Certains ne veulent pas s'en rendre compte parce que ce sont les personnes âgées qui ont été le plus touchées. Sur ce point, certains confondent le fait qu'il y a effectivement 80 % de vieux parmi les décès avec le fait qu'il s'agit plutôt de 10 à 25 % de décès parmi les malades âgés. Car 1 à 5 % pour les plus jeunes est quand même un taux de létalité important, surtout si cela se produit sur une base annuelle ou régulière sans immunité de groupe ni vaccin. Il ne faut pas oublier non plus que les membres des classes d'âge de plus de 75 ans sont moins nombreux que les plus jeunes. Il y a en France 6 millions de plus de 75 ans, mais 20 millions de moins de 25 ans et 50 millions de moins de 60 ans. Et il serait toujours possible que le taux de létalité de ce virus ou d'un autre qui apparaîtrait atteigne celui du SRAS (13 % chez les moins de 60 ans, 43 % au-dessus) en touchant donc davantage tous les âges. Il est probable que la surveillance des maladies émergentes va être renforcée et que la collaboration internationale va s'accentuer. Ce n'est pas le moment de torpiller l'OMS. Le redémarrage de l'économie doit aussi porter sur les emplois correspondants.

La tâche économique immédiate est de remettre en route progressivement les activités indispensables en s'accordant un délai pour celles qui réunissent trop de personnes dans un endroit confiné. Il est aussi nécessaire de développer rapidement celles qui fournissent les équipements médicaux ou de protection sanitaire spécifiques au COVID-19 au cas où l'épidémie reprendrait. Les hôpitaux doivent se préparer et s'équiper dans cette éventualité. Il faut aussi sécuriser les approvisionnements internationaux dans tous les domaines. On avait déjà pu mentionner cette nécessité pour les Anglais dans le cas du Brexit. Il faut bien comprendre que la fermeture des frontières, même temporaire, a déjà signifié une sorte de Brexit général instantané ! On semble ne pas se rendre compte que les conséquences peuvent être celles dont on avait menacé le Royaume-Uni. On a seulement l'été 2020 pour se préparer et mieux s'organiser qu'au début de l'année. Comme pour la grippe H1N1, ce sera peut-être pour rien, mais comme pour les masques, il faut quand même un minimum de prévision.

On en est là avec le déconfinement. Le pire n'est jamais sûr dans l'immédiat, mais on ne sait jamais ce qui peut arriver à chacun et à tous. Aussi, je suggère que chacun se demande ce qu'il veut vraiment faire de sa vie. Comme je commence à me faire vieux, j'ai décidé, il y a quelque temps déjà, de me consacrer à ce que je suis en train de faire ici.

Jacques Bolo

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