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Sociologie - Novembre 2019

François Bourricaud, « Contre le sociologisme : une critique et des propositions » (1975)

Résumé

Ce texte, repris d'une conférence prononcée à Strasbourg en juin 1975, qui traite surtout de l'apparition de la notion d'habitus, a tendance à être un peu trop théorique, comme l'est en général la sociologie française. C'est un peu normal, puisque la formation de ceux qui allaient devenir les sociologues qui servent de références aujourd'hui avaient tous une formation de philosophe. Licences et doctorats de sociologie ont été créés en 1958. François Bourricaud, qui a été mon professeur à Paris IV dans les années 1980, défend ici ce qui deviendra l'individualisme méthodologique. Il sera le co-auteur, avec Raymond Boudon, du Dictionnaire critique de la sociologie (1982) et écrira lui-même L'individualisme institutionnel (1977) sur la sociologie de Talcott Parsons.

Bourricaud François, « Contre le sociologisme : une critique et des propositions », Revue française de sociologie, 1975, 16, supplément. pp. 583-603.
Origine : https://www.persee.fr/doc/rfsoc_0035-2969_1975_sup_16_1_5840.

Dans cet article, Bourricaud note que le sociologisme de Durkheim, comme théorie de la conscience collective, a été beaucoup critiqué. Bourricaud mentionne qu'« une distinction est proposée par Piaget des trois types fondamentaux de l'explication sociologique : l'individualisme atomiste, le réalisme totalitaire et l'interactionnisme relativiste » (p. 583), soit l'individualisme, le sociologisme et l'interactionnisme. Et Bourricaud considère que le sociologisme constitue l'interprétation spontanée des sociologues radicaux, en contradiction avec la critique du fonctionnalisme qui avait cours à cette époque. Cette conception est adoptée par des auteurs influents alors, comme Marcuse et autres. L'individu est considéré par eux comme conditionné par le système global, sur le modèle fonctionnaliste proposé par Merton « que toute société est un ensemble unifié ou intégré, compréhensible à partir d'un seul principe. Par exemple, le fonctionnement de la société industrielle est adéquatement compréhensible à partir de la logique du profit » (p. 584) ; et permet de voir « chaque élément comme « une partie indispensable d'une totalité organique » (p. 585).

Il est intéressant de restituer les définitions d'époque, mais il me semble que ce sont surtout les modèles théoriques de la sociologie qui sont des mécaniques totalitaires. Les phénomènes sociaux théorisés ici relèvent surtout de l'histoire : quand on compare les époques, les individus de chacune semblent avoir les mêmes caractères. Cela signifie simplement qu'ils font partie de cette époque et en connaissent les codes ou les normes. Mais il existe bien des différences entre eux, au sein d'un même groupe, et ce sont bien leurs actions combinées qui provoquent les changements historiques constatés.

Bourricaud note surtout que « la 'nouvelle sociologie' voit dans la socialisation de l'individu un processus de domination et d'aliénation. L'individu est à la fois asservi et manipulé » (p. 585). Cela pourrait correspondre simplement aux études sur le conditionnement publicitaire qui étaient alors à la mode. Il ne faut pas oublier non plus que la psychologie scientifique dominante suivait le modèle pavlovien. Très souvent, les concepts d'une discipline sont la traduction de ceux d'une autre sans l'expliciter. Bourricaud mentionne Boltanski qui parle de « la production d'individus ajustés à la position dominante ou dominée » (p. 586). Il faudrait aussi indiquer que le Parti communiste d'alors était très attentif à ce que les ouvriers ne trahissent pas leur classe, dans un parallèle avec le souci des bourgeois de ne pas se déclasser. On ne se rend pas assez compte que ce qui a changé tout cela a été la prolongation de la scolarisation, alors que les jeunes pauvres travaillaient à partir de quatorze ans (puis seize ans à partir de 1959). Bourricaud voit dans la position de Boltanski ce qu'on appellerait aujourd'hui un certain complotisme et Baudelot et Establet voient dans les deux filières scolaires (générale et professionnelle) une confirmation de cette préméditation.

Bourricaud note assez justement que pour l'hyperfonctionnalisme qu'il critique : « les attributs reconnus par le sens commun à l'individu lui sont retirés pour être conférés à la société. Ce n'est plus l'individu qui s'informe, qui compare, qui décide. Il n'est plus qu'un « support de structure » (p. 589). On pourrait aussi dire que tout dépend de la facilité trop grande qui permet l'emploi du figuré avec la société comme agent. Ce n'est pas la société qui veut, produit, pense, etc., ce sont évidemment les individus, mais c'est possible de prononcer ce genre de phrases. Un matérialisme philosophique orthodoxe parlerait de réification : on fait de la société une chose. Mais le marxisme philosophique universitaire est devenu, depuis cette époque de plus en plus idéaliste, c'est-à-dire tout simplement universitaire. Un sociologisme cohérent devrait admettre que l'université a complètement acculturé le marxisme à son idéalisme. Ce serait une confirmation du sociologisme théorique comme autobiographie : on ne décrit pas la société, mais seulement son propre système intellectuel.

La question de l'articulation de l'individuel et du collectif admet classiquement (Parsons, p. 588) l'acquisition de normes par le sujet qui possède une certaine latitude ou des possibilités d'opposition. Bourricaud remarque qu'une théorie doit rendre ces phénomènes intelligibles en intégrant ce qu'on en sait par ailleurs du fait qu'on participe à la société dont on parle, contrairement à l'anthropologie qui étudie des sociétés différentes, ce qui permet effectivement de construire des modèles plus abstraits. Mais il faut admettre que l'ethnologie repose sur l'existence d'informateurs indigènes. Ce n'est pas, en principe, le scientifique qui décide arbitrairement. Encore qu'on se demande parfois, puisqu'on ne peut évidemment pas aller vérifier : « a beau mentir qui vient de loin » ai-je coutume de dire. Il y a eu la réfutation de Margaret Mead par Derek Freeman pour l'illustrer.

J'ai l'impression que c'est la négation de cette connaissance sociale des acteurs qui permet au sociologisme d'exister. Bourricaud parle de « la disqualification de l''empirisme' ou du 'positivisme' [qui] conduit les sociologues critiques à mépriser de vieilles notions comme celles d'attitudes ou de rôles » (p. 589). Cette disqualification me paraît plutôt relever de la rengaine platonicienne sur le mythe de la caverne. Le sociologisme prétend révéler les réalités derrière les apparences et en être l'interprète éclairé. C'est une régression philosophique inacceptable qui n'est tolérée que parce qu'elle correspond aux anciennes idées reçues qui circulaient dans l'éducation secondaire.

C'est ici que Bourricaud parle de la « conception originale » de l'habitus de Bourdieu et Passeron, comme intériorisation du conditionnement social (p. 589). J'ai un peu l'impression qu'ils ont réussi à impressionner leurs collègues à l'époque, ce qui expliquerait l'emploi de termes grecs utilisé en retour par Bourricaud (ce qui était l'habitude philosophique d'alors). On peut se demander si Bourdieu et Passeron eux aussi n'ont pas exhumé ce terme latin en usage au temps de la scolastique pour impressionner la galerie. Il ne faut pas oublier ce qu'étaient les professeurs (d'université) à l'époque et la sociologie a aussi toujours eu des complexes envers la philosophie. Il n'est pas question d'oublier les connaissances qu'on possède sur le système académique et ses participants.

Cette notion d'habitus me paraît effectivement être simplement la « réification totalisante » de la notion de conditionnement : réification parce que cela consiste à donner un nom à une entité supposée, totalisante parce que cela considère qu'elle est unitaire. Elle pourrait plutôt correspondre à plusieurs phénomènes (conditionnements, apprentissages pratiques, habitudes, normes et lois, modes, etc.). Bourricaud note d'ailleurs que sa généralité la réduit à l'état de « dispositions » entre « orientations intellectuelles et normes morales » (p. 591). L'idée que tout doit converger dans le seul but de la reproduction de la domination sociale me paraît simplement une façon de plaquer le marxisme d'alors sur la notion de conditionnement. Il ne faut pas oublier que la sociologie était considérée dans les années 1960-1970 comme une science bourgeoise (c'est-à-dire servant les intérêts de la bourgeoisie). La Chine de Mao l'avait interdite en 1952. Dire qu'elle servait à mettre au jour l'aliénation permettait aux universitaires de gauche d'en faire sans être cloués au pilori (surtout par les gauchistes dont c'était la spécialité). La sociologie est une science historique (les phénomènes qu'elle étudie évoluent dans le temps) qui doit répondre du contexte où elle a lieu.

Pour corriger la confusion dans l'interprétation du fait social, Bourricaud propose donc une démarche « néo-individualiste » (p. 592). Il reprend l'idée de la rationalité limitée (en évoquant aussi le paradoxe de Condorcet pour les préférences dans les élections) ou les effets pervers de l'économie, en citant Marx ou Keynes. Cela me laisse à penser que c'est quand même un peu formel et ne concerne que la confrontation des différentes théories, qu'on peut juger insuffisantes, mais cela néglige d'observer la réalité.

Les exemples donnés ensuite, sur le modèle des libéraux, me paraissent moins des cas concrets que des exemples canoniques scolaires, qui relèvent des « expériences de pensée » chères aux Anglo-saxons : on est assis à son bureau et on imagine un cas qui nous arrange. Pas étonnant que ça marche à tous les coups. Ici, la consommation excessive d'eau des individus, qui provoque une pénurie globale, est classiquement corrigée par les prix. Bourricaud envisage le rationnement qui est banalement la mesure habituelle. Mais il reprend aussi l'exemple selon lequel un matelas tombé d'une voiture sur une autoroute encombrée devrait être ramassé par un « bon Samaritain » pour corriger le ralentissement général (p. 594). C'est traité en termes de coût individuel alors qu'il est bien évident qu'on ne doit pas s'arrêter sur une autoroute encombrée pour dégager un objet qui gêne la circulation. Cela provoquerait un accident. Les Américains disent vraiment n'importe quoi et le problème des professeurs français est qu'ils reprennent trop facilement ce que disent leurs collègues sans le moindre esprit critique (il est aussi possible que ce ne soit pas évident pour les universitaires français parce qu'il n'y avait pas beaucoup d'autoroutes en 1975-77). Dans le monde universitaire, tout se passe comme si une publication correspondait à une vérité générale - ce qui est sans doute plus fréquent en Europe, mais en réalité c'est seulement un critère scolastique et corporatiste.

La question de la rationalité individuelle ne me paraît pas être seulement la question des effets pervers (chers aussi à Raymond Boudon). Au contraire, la rationalité concerne le fait que la majorité des actions correspondent effectivement à ce que souhaite l'individu. Sinon, il ferait autre chose. Simplement, l'individu accepte les contraintes qui accompagnent les actions qu'il réalise : il prend sa voiture et se résigne aux embouteillages. L'action sociale collective concrète consiste alors à élargir les routes et à payer des responsables de l'entretien des autoroutes pour ramasser les matelas ou plus généralement pour toute intervention en cas d'incident ou d'accident. Je viens justement de voir un reportage télévisé sur cette profession qui doit faire face quotidiennement aux risques que prendrait un quidam de bonne volonté.

Les théories libérales des coûts de l'association me paraissent faussées par la situation américaine, qui est simplement un état incomplet de l'urbanisation (l'Europe est beaucoup plus dense), même si cette façon de poser les problèmes est formellement séduisante. Il ne faut pas oublier non plus que ces textes ont été écrits dans la période structuraliste qui se livrait à une surenchère théorique. C'était aussi l'époque de la cybernétique, qui correspond à l'intelligence artificielle aujourd'hui, et proposait des modèles d'une organisation sociale planifiée. À l'époque, l'Est et l'Ouest fonctionnaient sur le même principe planificateur, en particulier pour la course aux armements ou à l'espace. Le modèle individualiste ne correspondait pas du tout à la réalité politique très dirigiste d'alors.

Bourricaud cite les auteurs comme Downs, Olson, Hirschman, qui décrivent le rôle de l'individu dans les organisations (p. 595), mais ça reste théorique. Concrètement, cela consiste à employer des termes des économistes libéraux qui révulsent les sociologues marxistes. L'idée que l'acteur individuel contrôle la politique est un modèle formel un peu gratuit de la part d'universitaires. Il aurait été possible de le traduire dans le langage des penseurs anarchistes ou autogestionnaires (qui sont équivalents à des universitaires hors cadres) pour que cela rentre dans le débat. Plus généralement, il est bien évident que la problématique tant sociologique que politique concerne la question de l'articulation de l'individuel et de collectif. La réponse marxiste de l'époque (et curieusement de la nôtre aussi) est que « l'individu n'existe pas », ce qui correspond simplement à faire l'impasse sur la question avec un slogan aussi ridicule (mais économique pour un universitaire qui ne veut pas s'emmerder avec ça) qu'idéaliste quant à l'existence des catégories. La scolastique du Moyen-Âge était beaucoup plus subtile. Malheureusement, comme l'idéalisme s'appelle « réalisme » en philosophie (idée platonicienne selon laquelle les catégories comme la société existent « réellement », d'où le sociologisme), ça ne facilite pas la compréhension.

Concrètement, les modèles des théoriciens consistent à prendre une hypothèse (qui correspond à un comportement observable) et à la généraliser en la poussant jusqu'à l'absurde : « L'individu olsonien pousse le cynisme jusqu'à se décharger systématiquement sur Autrui des coûts de la participation [sociale], dont il entend d'autre part s'assurer le bénéfice » (p. 296). Ceci n'est qu'une variante du dilemme du prisonnier généralisé à toute la population. Et bizarrement, comme je l'avais déjà remarqué pour Boudon, l'individu de Bourricaud semble extrêmement abstrait au point de ne pas exister réellement : « l'individu dont il s'agit ici n'est pas une entité physique ou une personne isolée dans sa singularité. Il est en interaction avec Autrui, c'est-à-dire qu'il joue une pluralité de rôles. [...] L'individu du néo-individualisme n'est pas au sens strict une personne, mais un agent capable de jouer des rôles selon sa capacité, qui est variable, d'initiative, de contrôle et de choix » (p. 597). Outre que l'entité physique individuelle est bien ce qui « joue une pluralité de rôle », on dirait que la théorie sociologique ne comprend pas la réalité de l'individu, mais traite seulement d'une sorte d'individu abstrait uniquement destiné à entrer dans la théorie. C'est nettement un biais scolastique.

La réalité est banalement que les problèmes constatés par Bourricaud surviennent pour corriger les aberrations des théories absolutistes antérieures, comme la rationalité économique considérée comme omniscience (p. 597). De même, contre le « réalisme totalitaire » (idem), qui fait de la société un agent, il est préférable d'observer les situations réelles. Concrètement, une société existe par comparaison à une autre ou à elle-même dans le temps (la France ou la Chine existent). Tout cela est relatif et différentiel et correspond précisément à la sociologie par opposition à la philosophie. Les modèles théoriques ont tendance à être trop philosophiques (mauvaises habitudes professorales) qui raisonnent en termes de « tous les hommes sont... » au lieu de « certains hommes sont... » comme doit le faire la sociologie, d'où l'idée de « classes » qui traite simplement des groupements partiels (et pas seulement de ce qui relève d'une lutte des classes très théorique elle aussi). Une explication de cet universalisme philosophique tout théorique est sans doute aussi que l'on considérait alors la société industrielle occidentale comme le modèle unique alors qu'au moins empiriquement, surtout en 1975, ce n'était certainement pas le cas. Sur ce principe, on fait aussi l'impasse sur les différences entre les économies développées elles-mêmes. Ce n'est pas de la sociologie.

Bourricaud admet que ces théories et l'opposition sociologisme/individualisme ne sont pas des « hypothèses directement vérifiables, mais de paradigmes ou de 'cadres de référence' » tout en refusant de « les disqualifier a priori comme des 'idéologies' » (p. 598). La réalité de la position d'Olson me paraît être simplement le refus libéral d'examiner le rôle réel de l'État et de faire comme si la société (les États-Unis en particulier) était une sorte de fédération anarchiste de coopérateurs. C'est nettement exagéré et effectivement davantage fondé sur l'idéologie américaine poussée à sa limite que sur la réalité observable, contrairement à ce que prétend Bourricaud : « Olson rend compte de comportements réels au niveau des individus et au niveau collectif » (p. 599). Le fait que ce genre d'hypothèses permette de comprendre « certaines conséquences quant à la participation des individus à l'action collective », ici la non-participation, c'est-à-dire le mécanisme du resquilleur dénoncé par les libéraux (qu'ils appellent free rider, mal traduit mot à mot par passager clandestin). On peut remarquer que les libéraux font paradoxalement l'impasse sur la contrainte par l'État ou la police comme solution au problème et considèrent ici les explications individualistes comme les causes des effets pervers du libéralisme lui-même. C'est très étrange de ne pas être conscient de cette conséquence de leurs modèles abstraits.

Bourricaud caractérise d'ailleurs lui-même comme simpliste le schéma électoral droite/gauche de Downs qu'il propose ensuite, même s'il rend compte des élections américaines de 1964 et 1972 (p. 601). Le risque est ici de produire des explications ad hoc qui ne tiennent qu'un temps. C'est une difficulté plus générale de la sociologie. Il ne faut pas oublier que la connaissance que nous avons des choses procède par « sondage » à partir de l'expérience observable. Les sciences sociales consistent essentiellement à s'assurer que les données sont correctes pour essayer d'en tirer des généralisations valides. Mais rien ne garantit la permanence ou la certitude, même si on est bien obligé de se contenter des connaissances disponibles. Le danger est précisément de refuser une forme de sens commun comme contrôle en préférant la validation académique formelle au nom de la critique des idées reçues. C'est le meilleur moyen de renforcer le conformisme consubstantiel au monde académique. Quand on parle de science, on fait généralement référence aux nouvelles théories qui détrônent les anciennes. C'est une imposture que l'institution qui les refuse dans un premier temps s'en prévale ensuite. Tout cela est sans doute inévitable, mais on n'est pas obligé de gober le truc.

Bourricaud envisage son individualisme, qui ne s'appelait pas encore méthodologique, comme une possibilité sur le modèle de l'agrégation des préférences et de la capacité stratégique des acteurs sociaux. Cela me paraît un peu trop théorique et semble trop concéder à l'hypothèse sociologiste qui fait reposer la sociologie sur l'évidence de la société. La seule évidence est au contraire l'individu et ses interactions avec les autres individus. Par facilité verbale, on peut considérer que les divers groupements (famille, entreprise, villes, pays, religions, idéologies, etc.) ont une existence concrète, mais ils restent à préciser de façon différentielle selon les périodes, les localisations ou les comportements réels. Ils dépendent de toute façon exclusivement de la participation concrète des individus. C'est ce que veulent traiter les libéraux. La question n'est pas seulement le coût/bénéfice à y participer ou non, puisqu'en général on n'a pas vraiment le choix. Ces organisations sont exactement ce que les individus qui y participent en font, ce qui explique aussi le changement social.

Si c'est le changement le problème, puisqu'on peut supposer que c'est implicitement ce dont on parle en réalité, la relation entre l'individu et les différentes organisations auxquelles il appartient est aussi une interaction qui correspond d'abord à ses aspects fonctionnels (on se marie pour fonder une famille ou pour traiter les questions de succession, la police existe pour contrôler les délits, etc.). On peut remarquer que les difficultés que les institutions connaissent, et dont traitent les sociologues critiques, fonctionnent sur le modèle du changement scientifique qui connaît aussi des difficultés, alors qu'on pourrait supposer que le fonctionnement de la science est rationnel. L'inertie des institutions qui consiste à résister au changement a lieu essentiellement parce que certains individus tirent intérêt du statu quo. Dans tous les cas, ce sont des individus dont il est question et non les organisations qui n'existent effectivement pas en elles-mêmes : ce n'est pas la famille qui ne veut pas changer pour admettre le divorce. S'il est question d'illusions, ce sont plutôt celles du sociologisme dont il faudrait se défaire.

Jacques Bolo

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