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Médias / Internet - Mars 2019

Harcèlements par la « Ligue du LOL »

Résumé

Cette affaire a encore été l'occasion d'analyses douteuses de la réalité d'Internet (et du reste). C'est récurrent depuis l'origine où les médias considèrent le Web comme un repaire de pirates et de pédophiles, ou de complotistes plus récemment. Cette affaire de la « ligue du LOL » (LOL = Laughing Out Loud, ou MDR en français = Mort De Rire) a spécifiquement mis en lumière des pratiques de harcèlement en ligne, tout spécialement dans les milieux des médias et de la communication.

L'affaire a originellement été lancée par une enquête des fact-checkers de Libération, dans l'article « La Ligue du LOL a-t-elle vraiment existé et harcelé des féministes sur les réseaux sociaux ? », par Robin Andraca, le 8 février 2019.

Ce papier qui a fait le buzz dans la grande presse reprenait les dénonciations sur Twitter qu'il indique en précisant que cette Ligue du LOL « est le nom d'un groupe Facebook alimenté, notamment, par plusieurs journalistes parisiens. Et qui est depuis plusieurs années accusé régulièrement de cyber-harcèlement. » Les participants s'en défendent en minimisant ou en prétendant qu'il s'agissait d'humour, même si certains admettent que cela finissait par se cristalliser sur certaines têtes de Turc.

Ce mécanisme de harcèlement n'est pas en soi un phénomène lié au Web. Le propre d'Internet est plutôt de mettre au grand jour ce qui restait du domaine des relations interpersonnelles privées. Ce principe de l'omerta s'estompe progressivement dans beaucoup de domaines. Il faut bien être conscient aujourd'hui que la loi du silence était la règle sociale antérieure et elle persiste dans de nombreux pays du monde. C'est ce mécanisme qui explique les affaires de pédophilie dans l'Église. La langue de bois persiste dans la politique. L'armée et la police sont toujours de grandes muettes. L'idée de mettre tout sur la place publique n'est une réalité partielle que dans les pays démocratiques. Le livre, la presse, le cinéma et la télévision ont été les outils de cette diffusion de la connaissance et de la communication. Aujourd'hui Internet donne une sorte d'immédiateté à la liberté de pensée avec une réelle diffusion mondiale. Elle peut être trompeuse et provisoire.

Avec Internet, le outing généralisé bouscule les hiérarchies et surtout les intermédiaires médiatiques attitrés. Cette mise au jour du privé s'exposait évidemment dans le roman, dont c'était le créneau traditionnel, par opposition aux discours normatifs qui, officiellement, avaient seuls droit de cité par le passé. La psychologie et la sociologie revendiquaient bien de transgresser les tabous sociaux traditionnels, mais il s'agit ici d'un discours de spécialistes qui prétend à une autorité et qui se glorifie un peu naïvement de cette docte irrévérence. C'était souvent un peu ridicule puisqu'il s'agissait précisément des pratiques sociales communes et de secrets de Polichinelle ou d'alcôves. Au mieux, ces connaissances académiques reviennent à se déniaiser en devenant adulte (comme disait Kant dans Qu'est-ce que les Lumières). C'est aussi ce qui apparaît avec cette affaire de la Ligue du LOL.

Imposture médiatique

De fait, les médias s'empressent d'accuser Internet de ce qui se passe précisément dans leur milieu. Très concrètement, cette Ligue du LOL contrairement aux geeks spécialistes d'Internet qu'ils prétendent être, est une bande de jeunes futurs journalistes, publicitaires ou communicants, très majoritairement des hommes, qui ont simplement bénéficié de l'avantage d'être un peu branchés Internet au moment où les médias commençaient à peine à s'y intéresser. Auparavant, jusqu'à l'apparition spécifique des réseaux sociaux comme Facebook (2004) et Twitter (2006), Internet était le domaine quasi exclusif des vrais spécialistes informatiques, soit les programmeurs eux-mêmes, soit ceux des autres domaines qui avaient certaines compétences informatiques pour créer leur page Web. Il fallait connaître le langage HTML ou avoir un ami qui le connaissait pour pouvoir créer son site sur sa passion (littérature, sciences, collections, sports, cuisine, etc.).

La fonction des réseaux sociaux a simplement été de donner la possibilité d'être aussi sur la toile à ceux qui n'y connaissaient rien. Le Web 2.0 proprement dit consiste dans la possibilité de mettre à jour en temps réel des pages qui étaient auparavant statiques. C'est cette mise à jour des pages à la volée qui permet donc les commentaires. Auparavant, les discussions en ligne avaient lieu dans les newsgroups (spécialisés par thème) ou le chat (privé). C'est simplement une nouvelle étape technique de l'Internet [1]. On peut dire que le Web 2.0 intègre simplement les newsgroups au Web, avec une tendance à transformer la mise en ligne antérieure de dossiers spécialisés en discussions personnelles (chat) et en disputes subissant la loi de Godwin qui dit que toute discussion finit par tourner à l'anathème antinazi (avec ses limites que j'ai indiquées à ce sujet).

Première imposture : au début des réseaux sociaux, il suffisait donc de s'y inscrire pour être instantanément branché sans posséder la moindre compétence informatique. C'est d'ailleurs pour ça que les journalistes (et les autres) y sont allés ensuite sans problème. La preuve en est que tout le monde est aujourd'hui sur Facebook, Twitter et le reste sans être informaticien.

Les membres de la Ligue du LOL ont eu l'avantage de faire croire qu'ils maîtrisaient l'outil informatique à ceux qui avaient encore peur de s'y engager à l'époque, dont les professionnels qui restaient sur les habitudes de la presse traditionnelle avec des copinages et les dîners en villes (sur le mode décrit par Robert de Jouvenel dans La République des camarades en 1914 - ce n'est pas nouveau). Il ne s'agissait pas de ces hackers ou bidouilleurs qui pénètrent dans les défenses du Pentagone. Le film Wargames (1983) a répandu l'idée fausse de digital natives qui donnerait une compétence informatique innée aux jeunes. Le plus souvent d'ailleurs, ces jeunes se contentent de jouer aux jeux vidéo auxquels la presse prétend d'ailleurs qu'ils subissent instantanément une addiction (avant de devenir des tueurs de masse).

Ce genre de problèmes, comme la pédophilie, le piratage et le complotisme, sont donc souvent de simples marronniers médiatiques fondés sur l'ignorance des journalistes. Quand un phénomène nouveau se présente, parler de ses risques est simplement un angle d'attaque rhétorique. Ça fait toujours plaisir aux réacs, tandis que les modernes sont de toute façon contents qu'on parle d'eux. C'est tout bénef, Coco ! Une fausse nouvelle et un démenti, ça fait deux articles. C'est ça qu'on apprend dans les écoles de journalisme qui ont vu l'émergence de la Ligue du LOL.

Deuxième imposture : sur les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter, on devient populaire en étant liké ou retweeté. Il en résulte donc un des trucs classiques du début d'Internet de truquer ses statistiques. Ici, il suffisait d'être une bande, sans parler de faux comptes sous pseudonymes, qui se coopte pour engranger des likes ou des retweets et de nombreux amis ou followers. Le succès de la Ligue du LOL vient donc simplement du fait qu'ils se sont mis d'accord (virtuellement ou réellement) pour répercuter leurs commentaires (posts ou statuts dans le jargon) pour augmenter leur score. On sait aussi que certains achètent des amis ou followers pour faire croire qu'ils sont populaires et attirer des suiveurs moutonniers.

Le truc a bien marché puisque les personnes visées par les plaintes pour harcèlement ont été engagées par les directeurs de rédaction sur cette base de la maîtrise (factice) d'Internet ou de leur popularité (tout aussi factice), outre le piston habituel dont il faudrait sans doute mieux évaluer la portée dans cette affaire.

Les sanctions assez rapides contre cette Ligue du LOL se manifestant par le renvoi de certains journalistes ou communicants, on se dit que ces coupables n'étaient finalement pas des fils à papa. Certains n'ayant pas été virés (Slate, Télérama) sont sans doute mieux soutenus. Pour être juste dans les sanctions, il aurait fallu que les rédacteurs en chef, qui les ont recrutés sur cette base falsifiée et surtout pour leur réputation sulfureuse elle-même, présentent également leur démission. Il est d'ailleurs apparu au cours du déroulé de l'affaire que les directions avaient été informées des pratiques en question et que cela s'était retourné à l'origine contre les victimes, considérées alors comme probablement dérangées ou comme harceleuses elles-mêmes ! Certains internautes ont débusqué sur les tweets originaux dans lesquels certaines personnes qui s'indignent aujourd'hui, ou prétendent n'avoir pas connaissance des agissements de la Ligue du LOL, insultaient eux-mêmes les victimes qui se plaignaient de ces agissements à l'époque.

Aurore Bergé
Joan Hunagel

On constate donc que les médias, qui parlent beaucoup en ce moment des autorités de l'Église ou des gouvernements qui ont nié ou dissimulé les délits commis par leurs subordonnés, fonctionnent de la même façon. Le principe de responsabilité est à géométrie variable. Il ne faut pas s'en étonner. La presse en général, sur le modèle du harcèlement, se contente souvent de simplement hurler avec les loups, sans trop se remettre en question elle-même. Accuser Internet peut être assimilé à une technique de diversion, outre l'incompétence habituelle sur le sujet.

Troisième imposture : ce qui a caractérisé le harcèlement par les membres de la Ligue du LOL a souvent consisté bizarrement dans des propos sexistes, racistes, antisémites, homophobes, alors que ses participants étaient réputés de gauche et qu'ils ont été embauchés par des journaux du même bord (Libération, Inrocks, Slate, Télérama, etc.). Concrètement, cela signifiait que le point précédent de recherche de la popularité sur les réseaux visait aussi, pour faire nombre, l'approbation de l'extrême droite raciste, homophobe, antiféministe ou antigauchiste en général, tout en ayant l'adhésion d'une certaine gauche rigolarde. Il semble que le groupe « Humour de droite », qui fonctionne justement sur le principe qui consiste à se moquer des gens de droite en reproduisant leur idéologie de façon exagérée, ait été lié à la Ligue du LOL.

Mécanisme du harcèlement

La plupart des membres de la Ligue du LOL disent qu'ils n'avaient pas l'impression de harceler, même si certains disent en avoir pris conscience par la suite ou à l'occasion de l'affaire. Certains se défaussent en disant que c'étaient des comportements de cour de récréation, ce qui est parfaitement exact : il s'agit effectivement d'un comportement social de groupe qui se manifeste dès l'enfance. C'est le principe du conformisme et de la stigmatisation du « clou qui dépasse », en étant bien content que ça tombe sur les autres et pas sur soi.

Mais les adultes sont responsables de leurs propres actes, comme on le leur a fait remarquer. Quand ils sont témoins de ce genre de comportements, ils doivent socialiser les enfants en mettant le holà à ces phénomènes de bouc émissaire au lieu de les gratifier en leur offrant des postes. Malheureusement, cette complicité avec les harceleurs est bien pourtant ce qui se passe assez souvent en considérant comme leaders ceux qui prennent le contrôle du groupe par ce moyen. C'est particulièrement vrai pour les partis politiques qui fonctionnent naturellement selon ce triple principe de hiérarchie interne et d'agressivité envers les adversaires ou opposants extérieurs, ainsi que de mise au pas des dissidents internes. Ce qui peut donc expliquer le manque de vigilance des journaux de gauche (en l'occurrence) puisque cette pratique a été assimilée comme parfaitement normale et valorisée organisationnellement.

On accuse spécifiquement Internet de favoriser le harcèlement. Il se trouve que c'est parfaitement exact pour des raisons effectivement involontaires, comme certains membres de la Ligue du LOL s'en sont défendus. Le propre des réseaux sociaux est d'être une ouverture sur le monde, au moins pour tous les locuteurs d'une même langue. La fameuse « cour de récré » devient gigantesque. Quand on répercute un commentaire, ou qu'on reprend soi-même une critique en y ajoutant éventuellement son grain de sel, cela devient presque par définition ce qu'on appelle un « mème » (terme anglais de l'Internet inspiré du mot français « même ») qu'on reprend à l'identique ou avec des variantes. Il faudrait remarquer ici qu'Internet permet donc s'apercevoir qu'on n'est pas le seul à penser ce qu'on pense. Il semble actuellement que les législateurs qui ne connaissent décidément rien à Internet aient voulu sanctionner ce mécanisme précis de participation alors que ceux qui y participent ne harcellent pas forcément. C'est juste l'effet de masse qui produit cet effet. C'est le principe des embouteillages. Quand il y avait moins de voitures, ça circulait mieux.

Il faut savoir aussi qu'actuellement, sur Twitter, on ne voit pas directement les commentaires des autres quand on commente un tweet : il faut pour cela « déplier » le fil de discussion pour qu'ils apparaissent. Bien sûr, celui qui a fait le tweet initial voit tous les commentaires qu'on lui adresse. Mais ce dispositif de masquage n'existait pas à l'époque de la Ligue du LOL.

Pourtant, il est bien évident que certains sont conscients de ce qu'ils font quand ils harcellent. Ici aussi, ce n'est pas la répétition qui est du harcèlement. Spécialement quand on exprime son désaccord et qu'on en rajoute une couche sur les commentaires de ceux qui ont le même avis, cela reste du domaine de la liberté d'expression sur le principe. Évidemment, la personne visée peut le prendre mal. D'ailleurs, ce qui caractérisait la Ligue du LOL elle-même était précisément de rechercher le clash pour faire le buzz. C'est ça qui les rendait populaires. Mais le harcèlement consistait surtout dans le fait qu'ils avaient souvent les mêmes têtes de Turc. Un phénomène semblable s'était produit à l'époque de l'émission de Canal +, « Les Guignols de l'info », qui avait tendance à utiliser toujours les mêmes marionnettes pour leur faire commenter l'actualité en utilisant un peu trop les mêmes ficelles (ce qui est un peu normal parce qu'il est difficile d'en créer des nouvelles au jour le jour). À force, François Sagan, qui était une de leur victime, avait porté plainte contre l'émission parce qu'elle en avait marre d'être présentée comme une droguée bafouillante.

Supporter la critique

Le harcèlement n'est d'ailleurs pas lié directement à la quantité de réactions que l'on reçoit quand on participe à un réseau social, mais plutôt à la répétition d'un même type de réaction quand on s'exprime. Ici encore, cela relève évidemment du droit de critique. En fait, contrairement à celles qu'on adresse précisément à Facebook concernant le fait que ce réseau a tendance à enfermer ses participants dans une bulle, la réalité est simplement que c'est la manière normale de communiquer. On parle en fait le plus souvent avec des gens qui sont d'accord avec nous.

Cependant, le simple fait que les conversations soient accessibles à la planète entière les confronte donc à la possibilité de critique. C'est ça qui est insupportable à certains. Sur ce point, Internet met simplement en lumière une de nos limites et la particularité du Web est justement de rendre disponible le verbatim de ce mécanisme. Les désaccords sont légitimes, le problème est le plus souvent qu'on ne veut pas les entendre. On pouvait aussi considérer que les Français sont en principe plus critiques que les Américains dans les relations amicales, comme l'avait montré Raymonde Carroll, mais on voit avec Internet que ce n'est pas vraiment le cas. On pourrait émettre l'hypothèse que la vraie différence générale concerne : 1) les relations de proximité qui évitent le conflit, et 2) les relations « publiques » qui se doivent de supporter la critique.

Une féministe qui se plaint de la Ligue du LOL a signalé son cas de harcèlement personnel : « Un jour, j'ai eu le malheur de créer une cagnotte pour mon anniversaire, pour m'acheter un scooter. Cette cagnotte n'était pas publique, mais ils ont réussi à la trouver, à la faire tourner en insistant sur le fait qu'une grosse sur un scooter, c'était très drôle, en me traitant de mendiante » (in Libération, supra). Sur le fond, il n'est pas illégitime de se moquer de cette initiative. On peut être d'accord (chacun fait ce qu'il veut) ou pas d'accord (c'est quand même un peu too much le truc du scooter). Mais l'affaire a dégénéré en harcèlement dans la vie réelle, comme elle l'indique. Un membre de la Ligue du LOL est allé jusqu'à créer une fausse annonce dans le site Le bon coin, ou jusqu'à créer une fausse image porno sur un scooter avec la photo du visage de la victime à la place de celle de l'actrice. L'auteur du montage lui-même considère aujourd'hui que c'était merdique.

Mais objectivement, ce genre de débilité n'intéresse personne. C'est de l'ordre des bêtisiers qui saturent les réseaux. Ainsi, j'aurais pu parler moi-même de « mon harcèlement par les autistes », si je l'avais mal pris. Sur Twitter, je suis intervenu pour critiquer l'accusation contre un politicien qui avait utilisé l'expression « comportement autiste » pour parler d'absence d'écoute d'autrui. Ceux qui m'ont attaqué se fondaient entre autres sur l'idée que « les mots sont importants », à laquelle je me suis déjà opposé dans un article et qui est une nouvelle tendance militante qui exagère le rôle du langage supposé « construire la réalité », ce que je récuse. Je disais explicitement que parler de « comportement autiste » n'était évidemment pas une insulte contre les autistes et ceux qui le comprennent en ce sens (autistes compris) ont tort. Personne ne comprend cette expression ainsi et on sait plutôt que c'est la nouvelle tendance de refuser des termes que certains jugent insultants, d'où l'idée du « politiquement correct » comme contre-attaque tout aussi stéréotypée.

Concrètement, l'idée que cette expression déterminerait la mauvaise image des autistes ne me paraît pas exacte, comme le constructivisme qui la sous-tend. Il existe des expressions imagées qui utilisent des éléments connus de la réalité ou des formes elliptiques. Si on dit qu'« il ne faut pas être aveugle », cela ne signifie pas qu'on insulte les aveugles, ni évidemment pas que les aveugles ne doivent pas exister. C'est ce qu'on est censé comprendre quand on connaît une langue et ses expressions courantes. Comme j'ai eu l'occasion de le dire peu de temps après sur Twitter (esprit de l'escalier) : « c'est bien normal que les autistes ne comprennent pas les expressions imagées », puisque c'est ça aussi l'autisme. Ils ne doivent évidemment pas imposer leur infirmité aux autres. C'est bien d'une infirmité qu'il s'agit (comme pour les aveugles), comme on peut le constater si on n'est pas inhibé par ce genre d'intimidation qui abuse de la nécessité effective de respect humain ou de politesse. Concrètement, ne pas comprendre à demi-mot, une image, une allusion, etc., est ce qui caractérise l'ignorance ou la bêtise. Il ne faut pas s'y soumettre, comme cela semble devenu une injonction minable. Elle n'est cependant pas nouvelle. J'ai coutume de dire à ce sujet que c'était la méthode conformiste stalinienne. L'influence de cette norme en France, de « ne pas désespérer Billancourt » à « ne pas trahir sa classe » est un acquis malsain des pratiques militantes qui s'est transmis aux luttes sociétales. Son but est le conformisme et la lâcheté pour réussir dans la vie. C'est donc très efficace sur ce point. Y a pas que les provocs de la Ligue du LOL qui rapportent.

On peut d'ailleurs aussi signaler que le contrôle a des limites. J'ai moi-même été exclu des commentaires de Rue89 parce que je ne me laissais pas faire par quelqu'un qui se moquait de moi. Il est possible que celui que j'avais traité de con en retour ait été un de la bande du LOL (ou un équivalent). Rue89 faisait son beurre de ce genre de clash, mais excluait donc ceux qui se défendaient quand ils étaient pris à partie. Ce magazine en ligne truquait ses stats par ce moyen (j'ai eu l'occasion d'en parler). Ses fondateurs ont ramassé le jackpot en revendant leur revue au Nouvel Obs. Leur site a évidemment périclité juste après parce que la coquille était vide. On pourrait dire qu'on a affaire à une escroquerie en bande organisée sur la même base polémique biaisée que celle de la Ligue du LOL.

De fait, contrairement à la tendance qui consiste à généraliser et voir des grandes causes à défendre partout, il faut être plus spécifique et plus rigoureux quand on accuse une ou plusieurs personnes du délit de harcèlement. Le propre de l'affaire de la Ligue du LOL est qu'il s'agissait de personnes qui se liguaient spécifiquement contre d'autres personnes, qu'elles connaissaient éventuellement, dans le but implicite ou explicite de leur fermer leur gueule ou de les ridiculiser. C'était fait plus ou moins gratuitement et souvent pour en tirer un avantage en cherchant à être cool et se faire une réputation sur le dos de leurs victimes. L'anomalie supplémentaire consistait à utiliser pour cela des moyens que les membres de la Ligue du LOL réprouvaient eux-mêmes en principe (racisme, antisémitisme, sexisme, homophobie), mais que certains de leurs imitateurs prenaient au premier degré. Les victimes ont eu aussi le tort, comme on le leur a reproché, de ne pas être assez solides pour résister pour certaines, mais la faute de certains membres de la Ligue du LOL a été de s'acharner, et surtout de les poursuivre ou de les menacer dans le monde réel, ou en donnant des détails personnels, numéros de téléphone, adresse, etc.

Beaucoup plus sérieusement, Internet a connu également eu une affaire de ce genre avec le troll militant sioniste Gregory Chelli, alias Ulcan sur l'Internet. Il avait créé le site ViolVocal spécialisé dans « les canulars 'hardcore'. Exemple type : appeler une mère de famille pour lui annoncer la (fausse) mort de sa fille » selon Benoit Le Corre. Par un moyen semblable, en envoyant la police chez eux en l'accusant d'avoir tué sa femme, il a provoqué la mort du père d'une de ses cibles, le journaliste du média en ligne Rue89 qui critiquait la politique d'Israël. Ce genre de phénomène est bien la technique de certains militants politiques qui se sont emparés d'Internet à peu près au moment de la création des réseaux sociaux.

Des fakes et des trolls

Une raison de toute cette affaire est aussi simplement de vouloir paraître cool en faisant des blagues ou des canulars, que ce soit simplement en passant ou de manière plus systématique. L'enquête médiatique sur la Ligue du LOL a révélé que la pratique d'un de ses membres consistait à créer des faux comptes de stars pour essayer de tromper les journalistes qui reprendraient les informations sans les vérifier comme ils prétendent toujours le faire. Il faut bien comprendre la situation spécifique. C'est cette usurpation journalistique habituelle qui justifie cette critique, d'ailleurs assez fréquente. Il y a eu le cas fameux d'avoir voulu annoncer avant tout le monde la mort de Pascal Sevran en 2008, par le journaliste Jean-Pierre Elkabbach qui est pourtant connu pour critiquer le manque de professionnalisme sur Internet. Les jeunes journalistes qui avaient une compétence Internet minimale voulaient rendre la pareille à ceux qui n'y comprenaient rien. Bref, les jeunots voulaient mettre les croulants au rancart.

Sur le fond, la norme de la communication humaine n'est pas la vérité ou la transparence totale. C'est d'ailleurs bien de cette opacité qu'il est question quand on parle de protection de la vie privée. La prétention à la vérité toute nue de la presse sérieuse, avec le soutien intéressé des universitaires qui plaident pour leur paroisse, ne décrit donc pas la réalité. Le mode de communication interpersonnel normal serait plutôt le principe de la rumeur. La presse généraliste reprend souvent elle aussi ce qui se dit en utilisant le conditionnel. Du fait de la parution périodique, quotidienne surtout, les médias donnent par nature des informations partielles (déroulé d'une enquête policière, d'une guerre, d'une catastrophe) et les points de vue divergents des participants à un événement. Il existe aussi des fausses nouvelles et une presse partisane ou de caniveau. Internet n'a rien inventé, comme l'a rappelé l'historien Robert Darnton, spécialiste du XVIIIe siècle. Ce que montre la mode actuelle des fake news sur Internet est plutôt la reprise de ce mode de communication éphémère, spécialement du fait de l'immédiateté. Marshall McLuhan disait « Medium is message », ce qui est un peu exagéré, mais cela décrit bien les contraintes du support de la communication.

En outre, faire des blagues est une pratique courante des rapports interpersonnels ou populaires, par opposition aux déclarations officielles plus austères. Ce que montre la pratique d'Internet est bien que la tendance à faire des blagues est fréquente. Certaines personnes créent des sites ou des groupes sur les réseaux sociaux souvent exclusivement dans ce but et leurs lecteurs répercutent les blagues qu'ils trouvent bonnes. D'autres diffusent des photos de chatons qui sont devenues un « mème » sur la toile. Cette simple répétition est une des explications du harcèlement.

On a vu que le groupe « humour de droite » parodiait l'idéologie de droite. Le site « Le Gorafi » (anagramme du Figaro) publie des sortes de fausses nouvelles normalement percevables comme humoristiques, mais ce groupe construit aussi sa réputation sur le fait que certains (médias français ou étrangers, hommes politiques, etc.) répercutent ses informations en les croyant véridiques et scandaleuses. Le but du fake est de tromper. Même quand c'est pour faire rire, cela reste le principe ultime. Le problème est quand on s'en sert pour humilier et spécifiquement pour harceler.

Il ne faut pas trop faire semblant de se scandaliser de certaines de ces pratiques de la part de la Ligue du LOL. Dans la course à la professionnalisation intellectuelle, réussir un bon canular a toujours été un moyen d'établir sa réputation. Les humoristes du début du XXe siècle comme Alphonse Allais l'ont pratiqué, les canulars téléphoniques de Francis Blanche ont fait parler de lui, le réalisateur Orson Welles a déclenché une panique, en 1938, chez ceux qui ont cru à une invasion extraterrestre à cause de son émission de radio sur CBS, inspirée du livre La Guerre des mondes (1898) d'Herbert George Wells (1866-1946). La télévision s'est mise au canular avec La caméra invisible, La Caméra cachée, la radio avec les canulars téléphoniques de Jean-Yves Lafesse, Laurent Baffie ou de Gérard Dahan et autres. Les situationnistes étaient célèbres pour la stratégie qu'ils ont théorisée comme détournement. Le monde universitaire a connu l'Affaire Sokal en 1996, qui parodiait le discours postmoderne dans l'article « Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique » dans la revue Social Text, et les sociologues Arnaud Saint-Martin et Pierre Quinon, en 2014, ont imité Sokal en proposant l'article « Automobilités postmodernes : Quand l'automobile fait sensation à Paris » d'un prétendu sociologue canadien, Jean-Pierre Tremblay, à une revue appartenant au courant du sociologue Michel Maffesoli. Réussir un coup de ce genre permet de se faire connaître. C'était le but des membres de la Ligue du LOL et cela leur avait effectivement réussi. On a vu ici avec les journalistes que les personnes en place craignent la concurrence et on peut se dire que certains sont certainement ravis de la chute des membres de la Ligue du LOL : la Roche tarpéienne a toujours été proche du Capitole.

Il a une certaine hypocrisie dans cette affaire. Certains essaient actuellement de se couvrir, mais la presse a souvent valorisé l'image du troll en renforçant ainsi la motivation de certains à faire le buzz. Le troll n'est pas quelqu'un de cool. C'est un pervers qui sème la zizanie en jetant de l'huile sur le feu pour faire dévier des discussions. Le terme est apparu à l'origine dans les newsgroups du début de l'Internet. Un problème est que l'on confond le troll avec : 1) soit les newbies qui ennuyaient tout le monde en posant des questions de débutants et que les informaticiens envoyaient sur les roses avec l'acronyme « RTFM » (Read The Fucking Manual, Lisez le putain de manuel) ; 2) soit les personnes qui ont motivé le point Godwin en accusant de nazisme ceux avec qui ils se disputaient. 3) soit les personnes à idées fixes, souvent militants, qui ramènent toutes les discussions à leur sujet de prédilection. Ce qui est malheureusement un peu le cas de tout le monde, d'où la nécessité de faire un effort pour être le plus spécifique possible. Les deux derniers étant réputés « pourrir le fil » (de la discussion)

Mais le vrai troll était le pervers qui pourrissait le fil volontairement et surtout systématiquement, par principe et pour le plaisir. L'usage (correct) de ce terme correspond précisément à la mise au jour d'un type comportement avéré depuis longtemps dans les interactions. C'est de cette stratégie qu'il faut en être conscient au lieu d'en renforcer le comportement : on conseille « don't feed the troll (ne donnez pas la réplique au troll) ». Un an avant l'éclatement du scandale de la Ligue du LOL, sur le Nouvel Obs, on avait pu lire une interview d'un troll revendiqué : « 'Allez, avouez que c'est drôle' : j'ai pris un café avec un troll de niveau 2 », par Marie Vaton, le 10 février 2018.

Dans son cas, il s'agit même explicitement d'actions carrément illégales : « Stan a 25 ans. Il est militaire dans l'Armée de Terre. Mais le soir, après sa journée de travail, il enfile son costume de troll virtuel et inonde Facebook, Twitter et les forums de jeuxvidéo.com d'injures et d'images racistes, antisémites, homophobes ou pornographiques. »

Sur le fond, c'était une erreur de l'encourager en lui donnant la parole, même si c'est toujours intéressant de connaître une pathologie. Le vrai problème est que la presse joue souvent un double jeu sur ces questions.

L'ambiguïté féministe

L'affaire de la Ligue du LOL révèle plus fondamentalement aussi l'incapacité des intellectuels à avoir des relations égalitaires. Le harcèlement politique contre les adversaires est une banalité. Comme des femmes étaient tout particulièrement visées dans cette affaire, certaines féministes sont montées au créneau pour se poser en victimes. C'est une généralité réelle qui ne tient pas toujours compte des spécificités de cette affaire.

Les militantes féministes critiquent l'idée que ce qu'elles considèrent comme des plaisanteries sexistes sont des plaisanteries. Sur le principe, elles ont doublement tort. Une plaisanterie sexiste, raciste, antisémite est quand même une plaisanterie et elle est aussi bonne ou mauvaise, indépendamment du sexisme, racisme, antisémitisme. Non seulement la position féministe est une erreur de principe (ou une ellipse pour dire que c'est une plaisanterie, mais qu'elle est sexiste), mais il faut bien comprendre surtout qu'une plaisanterie n'est forcément pas quelque chose de gentil. Ce serait plutôt souvent le contraire. On connaît le slogan de Charlie/Hara-Kiri qui revendique le fait d'être « bête et méchant ». Simplement, on peut l'être avec des bonnes ou mauvaises intentions. Concrètement, on se moque de quelqu'un pour le secouer ou le contredire, gentiment ou méchamment. Dans tous les cas, il faut « savoir le bien prendre » ou « arriver à le supporter » et cela fait partie du jeu social, qui n'est pas non plus bien intentionné. Classiquement la vie sociale est plutôt la lutte de tous contre tous et de toutes contre toutes et bien sûr de tous contre toutes et de toutes contre tous, si on doit préciser explicitement les sexes. Les plus sensibles ne sont pas ceux qu'on pourrait penser : selon les pays, il y a de deux à quatre fois plus de suicides réussis d'hommes que de femmes.

Bizarrement, l'exigence féministe consisterait plutôt au maintien des relations traditionnelles idéalisées où les hommes sont censés être galants et ne pas critiquer les femmes, ou au maintien de séparation des sexes et l'existence de doubles standards. Mais en la circonstance, l'affaire a plutôt révélé que les victimes étaient des filles qui admiraient les mecs de la Ligue du LOL et qui voulaient faire partie de la bande. Sur ce point, cela relève plutôt du bizutage et des brimades habituelles pour être intégrés à un gang (de prédateurs en l'occurrence !) et par intérêt professionnel. Le tout sur fond de relations sexuelles entre les membres de ce groupe. Ce domaine n'est pas forcément le règne de la gentillesse, avec ou sans Internet.

Outre la nécessité de « comprendre la plaisanterie », surtout si on veut faire partie d'une bande de plaisantins, il faut « pouvoir assurer » si on veut survivre dans le milieu. Une stratégie (ambiguë) est notoirement d'être capable de « savoir se moquer de soi-même » : c'est souvent le créneau explicite des humoristes. Dans ce jeu social souvent pervers (d'où les trolls), c'est aussi une grave erreur de se voir comme une victime et de proposer ce modèle. C'est le meilleur moyen d'en prendre plein la gueule. Le jeu social consiste à paraître fort (et pas forcément à l'être), ou à paraître faible par ruse pour attirer dans un piège (comme à la guerre) : les fondamentaux restent toujours vrais par définition.

Pour le cas des femmes plus spécifiquement, la récente affaire de #balancetonporc et #MeToo, pour dénoncer le harcèlement, avait précisément suscité en retour la pétition de Françaises célèbres pour, d'une part, en souligner les risques de dérive et, d'autre part, justifier la possibilité de drague effectivement un peu lourde. Il faut quand même ne pas oublier que tout le monde n'est pas obligé d'être un virtuose de la blague ou de la drague. Le constater est le minimum de réalisme, sinon de compassion. J'ai eu l'occasion de mentionner que l'initiative française était bien une critique de la (mauvaise) stratégie de victimisation. Il s'agit aussi de prendre en compte l'existence du mode d'expression populaire des vannes grivoises, voire grossières. C'est souvent le cas sur Internet qui ressortit davantage de l'oral informel que de l'écrit.

De façon plus valide, à l'occasion de cette affaire de la Ligue du LOL, des féministes ont bien parlé de pratique de boys clubs sur le mode des associations anglo-saxonnes non mixtes. C'est beaucoup plus exact sur le principe (sauf que des filles en faisaient donc bien partie ou voulaient en faire partie). Dans cette affaire, il s'est agi très souvent d'humour de mecs et plus spécifiquement d'humour de mecs sur les nanas. Il est parfaitement normal que la séparation des sexes produise un type d'humour spécifique dans chaque groupe. En outre, les questions spécifiquement sexuelles sont compliquées et l'humour sert traditionnellement à les dédramatiser ou les exorciser. On ne va pas faire semblant de prétendre que c'est facile. Le féminisme lourd a un peu tendance, sur ce point, à confondre ce qui devrait être avec ce qui est.

Un article du monde, qui reprend cette analyse féministe en faisant « Une petite histoire des boys clubs », signale justement une plaisanterie correspondant au sujet : « En octobre 2010, la fraternité de l'université de Yale, la Delta Kappa Epsilon, manifestait pour se moquer des principes du consentement sexuel défendus par les féministes : 'Non, c'est non', 'Oui, c'est oui'. Ils sont allés crier sur le campus des filles : 'Non, ça veut dire Oui ! Oui, ça veut dire anal !' » C'est un bon exemple du problème de l'humour : les mecs qui le prennent au mot sont des cons, mais celles qui croient que ceux qui font de l'humour le croient forcément ne comprennent pas l'humour ! Car cette blague est assez réussie. Ce n'est évidemment pas une excuse pour la prendre au mot dans la pratique. Il est vrai que la situation qu'elle décrit risque bien d'arriver, mais pas parce que la blague existe (conception constructiviste ou le langage crée le réel), mais plutôt parce qu'il semble que ce soit effectivement la pratique dans certains boys clubs chics en particulier. Dans cette anecdote, il faut tenir compte aussi que les pratiques sexuelles américaines correspondent plutôt à un petting assez poussé dont j'ai déjà parlé (à propos de l'affaire Weinstein) et qui surprend les Français ou les Européens en général, sur le mode : « Est-ce que sucer c'est tromper ? » C'est ce qu'on appelle le relativisme culturel, sur lequel les Français sont assez généralement incompétents.

Hormis le harcèlement (avec les réserves techniques que j'ai faites), cette affaire de la Ligue du LOL concerne donc le mode d'expression populaire de vannes masculines lourdes que les femmes n'aiment pas. Il existe des modes d'expression (et d'agression) différents, hommes entre eux, femmes entre elles, hommes et femmes les uns contre les autres. C'est le jeu de vouloir imposer le sien aux autres (les hommes aux femmes ou les femmes aux hommes). L'universalité de l'Internet provoque forcément une absence de filtre communautaire. Concrètement, les filles peuvent être choquées des graffitis de chiottes des mecs quand ils sont communs. Cela impose peut-être de redéfinir les codes (ou pas). Mais il est aussi possible, du point de vue relativiste mentionné, que l'analyse en termes de boys clubs ne correspondent pas (ou pas exactement) aux pratiques françaises. Le faux universalisme théorique est simplement une erreur méthodologique.

De plus, la méthode féministe actuelle est d'appliquer l'ancien modèle de la lutte des classes à la lutte des sexes. C'est évidemment (comme toujours) une lutte des minorités agissantes pour éliminer les concurrents : la guerre des sexes peut être un nouveau chapitre du livre d'Eisenstadt qui opposait les héritiers aux professionnels. Pourtant, il ne faut justement pas être naïf dans l'affaire qui nous occupe. Les membres de la Ligue du LOL se comportaient souvent en connards, mais il faut bien comprendre le mécanisme réel de ces pratiques de harcèlement. C'était justement plus de l'arrivisme (professionnels) que du sexisme (d'héritiers mâles).

Jacques Bolo

Notes

1. L'Internet lui-même est simplement le protocole de communication qui comprend l'email, les newsgroups (groupes de discussion publics), FTP (pour le transfert des fichiers), le chat (conversations privées), et finalement le Web qui absorbe tout. [Retour]

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