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Écologie - Septembre 2016

L'erreur des voies sur berges piétonnes

Résumé

La chasse à l'automobile est ouverte sur les bords de Seine. Michel Deguy prend le maquis. Le retard persiste sur les transports en commun.

L'interdiction aux véhicules motorisés de la voie sur berge de la rive droite de la Seine a été prononcée par le Conseil municipal de Paris le 26 septembre 2016. La nouvelle maire de Paris, Anne Hidalgo, s'oppose sur ce point à la nouvelle présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, plus favorable à la circulation automobile. La question s'est posée de l'augmentation des embouteillages sur les quais. Les partisans de la piétonnisation soutiennent que la circulation s'évanouira parce que les conducteurs prendront moins leur voiture ou modifieront leur trajet. Les opposants craignent que les embouteillages soient au mieux déplacés.

L'écrivain Michel Deguy avait publié, en 2007, une tribune dans Libération intitulée « La destruction de Paris » qui soulignait une objection intéressante. Il considérait qu'une capitale devait favoriser la circulation entre les quartiers au lieu de les enfermer dans un provincialisme pittoresque. Il a raison de souligner que les quelques vélos (de l'époque) ne justifiaient pas les grands travaux de pistes cyclables (qui ont d'ailleurs été refaites plusieurs fois pour rien). Car Paris avec sa banlieue n'est évidemment pas le gros village d'Amsterdam. Deguy minimise la pollution (sans doute parce que certains l'exagèrent visuellement en montrant des photos de Paris dans une sorte de smog, alors que les particules fines sont plus sournoisement invisibles). Il a par contre raison de souligner qu'on restreint trop le stationnement, toujours pour embêter les automobilistes, au lieu de fluidifier le trafic qui devrait être la seule mission des responsables de la circulation.

Bien qu'écolo depuis les années 1970, je suis très sceptique sur la piétonnisation des voies sur berges. La politique de la mairie de Paris consiste surtout à chercher à gêner les automobilistes pour les décourager. Ce n'est pas une politique de circulation. Deguy a très bien noté que les transports en commun n'ont pas été favorisés. De nombreuses lignes de bus ont la fréquence ridiculement provinciale de trois ou quatre bus par heure. L'anomalie est qu'un couloir leur a été réservé quand même, vide la plupart du temps. Les automobiles doivent se contenter d'une voie unique qui bouchonne aux heures de pointe, à chaque livraison ou passage de camion poubelle.

J'ai déjà parlé de la création du tramway sur les boulevards des Maréchaux qui a créé le même problème de réduction des voies, alors qu'il existait sur le même parcours la ligne inutilisée de la Petite ceinture. On aurait pu y créer une ligne de métro qui aurait eu l'avantage d'assurer les correspondances. Cette ligne aurait donc surtout rétabli un service qui existait auparavant et qu'on avait laissé en déshérence. Ce qui montre bien que les transports en commun ont été négligés depuis longtemps.

La voie sur berge, dite « voie Georges Pompidou », était bien nommée, puisqu'on peut reprocher à ce président d'être le responsable du tout-voiture. Encore fallait-il à l'époque rattraper un retard dans les transports qui s'est d'ailleurs reproduit depuis. Le mythe de la piétonnisation correspond justement à une nostalgie des Parisiens pour le Paris de l'époque, des Halles Baltard et du Paris-villages. Depuis mon arrivée à Paris au début des années 80, j'entends la rengaine des voies sur berges piétonnes. Ce doit être un rite de passage qu'imposent les vieux Parigots aux provinciaux !

Le petit billet d'humeur de Michel Deguy a une portée plus générale et souligne un paradoxe. Ce sont les adversaires de la voiture qui auraient créé la désertification des centres-ville. C'est encore plus vrai en province. Car pour l'animation, Paris fait encore illusion du fait de l'augmentation du tourisme international profitant de l'ouverture de la Russie et de la Chine ou de l'enrichissement des pays émergents. Il faut être conscient que l'entrave à la circulation dans les centres impose bien évidemment l'usage de l'automobile pour aller faire ses courses dans les supermarchés de la périphérie. Deguy a aussi raison de souligner l'erreur de l'enfermement du Paris intramuros au lieu d'agrandir la ville-ville. La piétonnisation d'un petit centre est le corollaire de la pavillonisation du périurbain. Le refus actuel de ce qui faisait la ville provoque donc le grignotage des terres agricoles dont se plaignent les écologistes. À force de répéter la blague attribuée à Alphonse Allais selon laquelle « on devrait construire les villes à la campagne », elle est devenue réalité et on détruit autant la ville que la campagne.

Jacques Bolo

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