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Culture / Cinéma - Février 2016

22e Festival International des Cinémas d'Asie de Vesoul du 3 au 10 février 2016

Sélection « Entre l'Orient et l'Occident »

Une histoire birmane 2014 d'Alain Mazars - Birmanie-France
Un barrage contre le Pacifique 2008 de Rithy Panh - Cambodge-France
Indochine 1992 de Régis Wargnier - Vietnam-France
Le temps des aveux 2014 de Régis Wargnier - Cambodge-France
Dogora, ouvrons les yeux 2004 de Patrice Leconte - Cambodge-France
Une Chinoise (She, a Chinese) 2009 de Guo Xiaolu - Chine-Angleterre
Voyage en Chine 2014 de Zoltan Mayer - Chine-France
Un millier d'années de bonnes prières (A Thousand Years of Good Prayers) 2007 de Wayne Wang - Chine-USA
In another country (Da-reun na-ra-e-seo) 2012 de Hong Sang-soo - Corée-France
Couleur de peau : Miel 2012 de Jung & Laurent Boileau - Corée-Belgique
Vengeance (Fuk sau) 2009 de Johnnie To - Hong-Kong-France
Umrika 2014 de Prashant Nair - Inde-USA
Les noces éphémères (The Momentary Marriage) 2011 de Reza Serkanian - Iran-France
Japanese Story 2003 de Sue Brooks - Japon-Australie
Tokyo fiancée 2014 de Stefan Liberski - Japon-Belgique
Ningen 2013 de Çagla Zencicirci & Guillaume GIovanetti - Japon-France
Amerrika (Amreeka) 2009 de Cherien Dabis - Palestine-USA
Et là-bas quelle heure est-il ? (Ni nei pien chi tien) 2001 de Tsai Ming-liang - Taïwan-France
De l'autre côté (Auf der anderen Seite) 2007 de Fatih Akin - Turquie-Allemagne
Une seconde femme (Kuma) 2012 de Umut Dag - Turquie-Autriche
Sous tes doigts 2014 de Marie-Christine Courtès - Vietnam-France
Le petit dragon 2009 de Bruno Collet - Hong-Kong-France
Son Indochine 2012 de Bruno Collet - Vietnam-France

J'avais déjà vu certains des films de la sélection, et malheureusement, je suis aussi allé en revoir un dont j'avais oublié le titre, ce qui m'a fait perdre l'occasion d'en découvrir un nouveau.

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Le Temps des aveux

2014, Cambodge-France, Réalisateur : Régis Wargnier, Scénariste : Régis Wargnier, Antoine Audouard d'après Le Portail et Le Silence des bourreaux de François Bizot, Interprètes : Raphaël Personnaz, Kompheak Phoeung, Olivier Gourmet, Thanet Thorn, Boren Chhith, Ratana Soth

Film d'ouverture du festival d'après l'histoire vraie de François Bizot, ethnologue français prisonnier des Khmers rouges en 1971, accusé d'être un espion. Son geôlier en chef, Douch, le garde en vie, malgré des mauvais traitements. Après la chute des Khmers rouges, il demandera à Bizot de témoigner pour lui à son propre procès. Au-delà du délire stalino-maoïste de la dictature, l'inconscience de l'expatrié en période post-coloniale a sans doute été la clé de la mésaventure. C'est la thématique même de la confrontation entre Orient et Occident de ce festival et c'est sans doute ce qui a intrigué suffisamment Douch pour sauver la vie de Bizot.

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Dogora, ouvrons les yeux

2004, Cambodge-France, Réalisateur : Patrice Leconte, Musique : Etienne Perruchon

Patrice Leconte, qui a présenté lui-même le film, a raison  : la musique est excellente. Mais il a eu tort d'y associer des images du Cambodge, pays qui l'a autant ému que cette suite symphonique. Cette omniprésence de la musique nous prive d'un son en prise directe sur les images. Leconte nous prévient aussi qu'il y a du flou au début. Pas seulement. Et finalement, il se trompe aussi en évoquant les débuts de l'histoire du cinéma  : seulement des images avec de la musique. Il s'agirait plutôt de l'effet Kouletchov montrant l'acteur Mosjoukine dont l'expression neutre est décryptée en fonction des images qu'on intercale. Son préambule nous oriente un peu trop vers une interprétation de son film  : une longue publicité pour une association locale qui s'occupe des enfants récoltant des matériaux sur une décharge ou tout simplement vers une vision du Cambodge trop misérabiliste. Il existe partout des ruelles sordides. Sans plan plus continu, les images pourraient être prises ailleurs. Le cinéma permet ce genre de choses. Le seul moment moins noir du film est celui des enfants scolarisés qui chantent. Celui où ils dorment sur le sol est ambigu, alors qu'ils doivent simplement faire la sieste. Pour aider le Cambodge et ses habitants, il ne faut pas décourager le touriste. Bon, Leconte débute dans le documentaire. C'est sûr que s'il était mort après Les vécés étaient fermés de l'intérieur (1976), d'après la BD de Gotlib, il n'aurait pas réalisé son chef-d'oeuvre, Ridicule (1996), qui est bien loin de l'être.

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Une Chinoise (She, a Chinese)

2009, Chine-Angleterre, Réalisateur : Guo Xiaolu, Interprètes : Lu Yuang, Wei Yibo, Geoffrey Hutchings, Chris Ryman

La jeune Mei s'ennuie dans un coin pommé de campagne chinoise. Après un viol par un client du bar de sa mère, elle se tire à la ville où elle échoue dans un job qui la lie avec un petit truand. Un soir, il rentre blessé et meurt dans ses bras en découvrant un magot caché sous le matelas. Elle s'envole avec pour l'Angleterre et finit par se marier avec un vieil anglais, qu'elle trompe par ennui avec un immigré indien qui la met enceinte. Le réalisateur Xiaolu Guo nous montre l'errance individuelle d'une jeune fille blasée dans un monde globalisé. L'ambiance ressemble à celle des banlieues loubardes des années 50 où l'enfermement dans la zone se confrontait aussi à l'ouverture sur un nouveau monde qui n'avait pas encore défini la place de chacun. À supposer qu'elle doive l'être, au regard des possibilités réelles.

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Umrika

2015, Inde, Réalisateur : Prashant Nair, Interprètes : Suraj Sharma, Toni Revolori, Prateik Babbar, Smita Tambe, Pramod Pathak

Les lettres du fils parti aux États-Unis (« Umrika ») n'arrivent pas. Toute la famille s'inquiète et finit par se sentir rabaissée devant tout le village de Jivatpur, dans l'Inde profonde. Le petit frère qui a grandi veut partir sur ses traces. Arrivé à la ville, il fait croire qu'il est en Amérique en envoyant des fausses lettres. Il découvre ensuite que son frère n'est jamais parti. Mais il continue son manège pour satisfaire de sa mère. Un film faussement léger sur le mensonge. On finit par les croire pour satisfaire les autres et on se précipite dans le drame en persistant dans l'aveuglement.

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Noces éphémères (The Momentary Marriage)

2011, Iran-France, Réalisateur : Reza Serkanian, Interprètes : Mahnaz Mohammadi, Hossein Farzi Zadeh, Javad Taheri, Dariush Asad Zadeh, Fabrice Desplechin, Clotilde Joulin

Le « mariage temporaire » iranien pour satisfaire aux contraintes rituelles (attendre après le deuil d'un père). Sorte d'enquête ethnologique lumineuse sur le cas iranien qui incarne la confrontation d'une parfaite modernité soumise à un cadre traditionnel rigoureux. Les personnages produisent mécaniquement des discours qui doivent justifier tous leurs actes. La vie traditionnelle est bien compliquée. Belles images.

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Japanese Story

2003, Japon-Australie, Réalisateur : Sue Brooks, Interprètes : Toni Collette, Tsunashima Gotaro, Matthew Dyktynski, Linette Curran, Tanaka Yumiko, Kate Atkinson

J'avais déjà vu ce film qui nous montre deux personnages circulant dans les paysages australiens. La mise en scène des différences culturelles entre Hiromitsu, le client japonais, et Sandy, la cartographe en géologie qui doit le guider au cours de sa visite, m'avait déjà paru exagérément stéréotypée. Sandy est trop désinvolte envers un gros client étranger trop guindé lui-même. Pas très professionnel tout ça. Les autres techniciens qu'ils visitent sont bien mieux préparés. L'apprivoisement réciproque du couple australo-nippon est prévisible, au point qu'on se demande s'il n'était pas planifié. Quand ça finit par mal tourner, les stéréotypes féminins et nationaux réapparaissent comme morceaux de bravoure d'acteurs au-delà de la limite de la caricature. Restent les beaux paysages.

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Amerrika (Amreeka)

2009, Palestine-Etats Unis, Réalisateur : Cherien Dabis, Interprètes : Nisreen Faour, Melkar Muallem, Hiam Abbass, Yuyussuf Abu-Warda, Alia Shawkat, Joseph Ziegler

Un des premiers films que j'ai vus à Vesoul. Très réussi, il a orienté ma perception de nombreux autres (dont ceux d'Eran Riklis) vers la question de la confrontation de l'individu aux cadres sociaux et culturels. Mouna est palestinienne chrétienne dans les territoires occupés, divorcée, avec un grand fils. Elle reçoit une réponse à une ancienne demande qui lui accorde la possibilité d'émigrer aux États-Unis. Hésitante, elle allait refuser, mais un début d'accrochage de son fils à un point de contrôle de l'armée israélienne la convainc de tenter sa chance. Ils se retrouvent accueillis tous les deux dans la famille de sa soeur dans l'Illinois. C'est le début de la guerre du Golfe, et les conditions pour l'insertion à l'école et pour trouver du travail ne sont pas idéales. La fille de sa soeur entraîne son cousin dans des problèmes et Mouna cache à sa famille qu'elle travaille dans un fast-food. Mais les choses avancent et des liens personnels se créent, avec des collègues ou des inconnus. Le jeu attachant des acteurs rend crédibles les péripéties. Elles montrent que la personnalité des individus ne se réduit pas aux stéréotypes qui les habitent, mais qu'elle repose plutôt sur les relations qu'ils parviennent à tisser.

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Et là-bas quelle heure est-il ? (Ni nei pien chi tien)

2001, Taiwan-France, Réalisateur : Tsai Ming-liang, Interprètes : Lee Kang-sheng, Chen Shiang-chyi, Lu Yi-ching, Jean-Pierre Léaud

Un film chinois très Nouvelle vague qui récupère même Jean-Pierre Léaud pour marquer le coup. Hsiao Kang est vendeur de montres à la sauvette à Taipei. Une cliente, devant bientôt partir pour Paris, veut lui acheter sa propre montre parce qu'elle a un double cadran. Il la lui cède le lendemain et se met à fantasmer sur le l'heure de Paris. Ce qui lui fait acheter le DVD du film Les 400 coups, pendant que sa mère, avec qui il vit, croit que son mari réincarné lui rend visite dans l'appartement. Arrivée en France, la jeune Shianh-Chyi est un peu perdue dans cet environnement étranger et fait quelques rencontres, dont Léaud dans un cimetière. Ce croisement Chine-France, dans le temps et l'espace, est finalement assez réussi, bien qu'il soit plus proche de Rivette que de Truffaut.

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De l'autre côté (Auf der anderen Seite)

2007, Turquie-Allemagne, Réalisateur : Fatih Akin, Interprètes : Baki Davrak, Nursel Köse, Hanna Schygulla, Tuncel Kurtiz, Nurgül Yesilçay, Patrycia Ziolkowska

Ali retraité turc vivant en Allemagne, tue accidentellement Yeter, la prostituée turque avec qui il commençait à vivre. Le fils d'Ali, Nejat, professeur d'université, part à la recherche de la fille de Yeter qui étudie en Turquie. Ayten, jeune militante recherchée par la police turque, partait justement à la recherche de sa mère en Allemagne, dont elle ignore le décès et la profession. Les trajectoires et les drames se croiseront sans arrêt. Les individus sont impuissants, ballottés par leurs bonnes intentions qui les opposent aux forces auxquelles ils auraient dû de se soumettre.

Jacques Bolo

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