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Culture / Politique - Septembre 2013

« Le Capital » de Costa-Gavras

Résumé

Le Capital par un Costa-Gavras qui n'y croit plus.

Ce film de Costa-Gavras avait beaucoup déçu la critique, à sa sortie, en 2012. Je n'étais pas allé le voir. Sa diffusion sur Canal+ m'a donné l'occasion de vérifier que la déception n'était pas infondée. C'est un téléfilm avec beaucoup de très moyen.

On a sans doute eu tort d'incriminer le jeu de Gad Elmaleh. Il ne pouvait pas faire grand-chose. De toute façon, il n'y a pas de grands acteurs, il n'y a que des grands rôles. Si on remarque le jeu d'un acteur, c'est qu'il cabotine. Et si un grand acteur est celui qu'on ne remarque pas, on ne peut pas dire que Gad Elmaleh soit si mauvais. On sait que des grands films auraient pu être joués par d'autres acteurs. Qui sait ce qu'ils auraient donné ? Disons que c'est de toute façon de la responsabilité du réalisateur ou du producteur. Au moins, l'anglais d'Elmaleh est crédible.

L'anecdote de la manipulation financière est acceptable. Un fond américain qui achète une banque française pour se livrer à des manipulations boursières. Mais le scénario manque sérieusement de sophistication. Il aurait fallu creuser un tout petit peu plus les mécanismes financiers, ou les relations humaines dans les hautes sphères du milieu bancaire, plutôt que se taper l'histoire de la pute. Quoique l'idée de faire courir le mec après est assez rigolote, bien qu'inutile.

Outre le clin d'oeil de la récup de la stratégie de Mao par le capitalisme, le fond du problème est plutôt le côté désabusé qui sert explicitement de morale à l'histoire : les banquiers sont de grands enfants qui s'amusent (« le capital qui joue aux dés notre royaume » disait Léo Ferré). Bof. N'est pas Marx qui veut. Costa-Gavras devrait s'apercevoir plutôt que tout le monde joue un rôle. Cinéma. N'est pas Shakespeare qui veut.

Il y a bien une tentative un peu plus sarcastique qui titille le syndicaliste, quand le président de la banque joué par Elmaleh dit que le néo-libéralisme a réalisé l'internationalisme grâce à la mondialisation. Il est juste d'ironiser quand le discours prolétarien en vient à regretter le capitalisme de papa. Faut pas non plus s'étonner si le socialisme national favorise les partisans du national-socialisme. Quand on joue aux cons, ce sont les cons qui gagnent. C'est ça le jeu.

Mais on peut remarquer aussi que ce dialogue se passe au cours d'un dîner de famille où le banquier issu de Polytechnique incarne l'élitisme républicain. Entre-soi qui dévoile certaines permanences à qui veut les voir. On ne le remarquait pas forcément non plus par le passé. Mais les dialogues étaient plus brillants. La faiblesse du scénario se manifeste sans doute aussi dans ce personnage central si bizarrement seul contre tous. Quelques bons seconds rôles (comme au bon vieux temps) auraient été bien venus.

C'est le paradoxe actuel du septième art. À côté de ce film de Costa-Gavras, la moindre série télé américaine avec ses personnages collectifs peut être considérée comme un brûlot brechtien qui sape les structures narratives. Faudrait savoir ce qu'on veut ! C'est le système qu'on montre ou l'individu ? Parce que là, ça fait plutôt mode d'emploi d'un plan de carrière : être désabusé pour survivre dans la haute finance. Ce nietzschéisme pour classes terminales (et Sciences Po) est un peu la morale de l'époque. On a le Capital qu'on mérite.

Jacques Bolo

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