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Politique / Économie - Juin 2013

Hollande déçoit ?

Résumé

La déception causée par Hollande est proportionnelle aux illusions. Mais on peut vouloir continuer de retarder le moment de payer sa part de l'addition.

Mémoire courte

Au bout d'un an de mandat présidentiel de François Hollande, l'impression générale est à la déception. Certains se croient malins en disant qu'ils n'attendaient rien de lui, mais ils sont déçus quand même. Faudrait choisir ! Les plus cohérents sont les humoristes qui ont toujours dit qu'ils allaient regretter Sarkozy, d'abord en rigolant, mais on les sent de plus en plus sérieux, pour le coup. Au moment de faire les comptes annuels, ils commencent à rire jaune. Sous Sarko, c'était pas la crise pour tout le monde. On en était venu à penser que le but de la politique était de nous faire rire. C'était le bon temps...

Les poissons rouges n'ont pas de mémoire. Au premier tour de bocal, ils ont oublié que la déception a commencé le lendemain de l'élection de 2012. La gauche a toujours eu un imaginaire romantique du Grand soir. Les lendemains de fête de victoires électorales, elle s'aperçoit que rien n'a changé. Ce qui est forcément un idéal conservateur de droite. C'est pour ça que la gauche préfère les « luttes » : les grèves, les manifestations, les émeutes. Que ça pète ! On est forcément déçu après, surtout si on en prend plein la gueule, mais qu'est-ce que c'était bon. On confirme que le patronat est le plus fort pour le moment. Mais on l'attend au tournant et ça mobilise les troupes.

Évidemment, du coup, un président normal, c'est la désillusion. C'est bien la preuve que le Parti socialiste a viré à droite. D'ailleurs, après les vacances d'été 2012 (c'est sacré, les vacances), les journaux et magazines titraient encore sur la déception et l'immobilisme de François Hollande. Heureusement - souvenir, souvenir - Richard Millet a apporté un peu d'action avec son Éloge littéraire d'Anders Breivik. Ça a permis d'attendre jusqu'à l'affaire Cahuzac.

La guerre au Mali et la loi sur le mariage gay ont permis à François Hollande de satisfaire ceux qui veulent un président qui agit. Il a gagné au Mali. Mais même si l'adversaire n'était pas de taille, dans ce genre d'affaires, ça peut toujours mal tourner. La baraka à la Sarkozy, ça compte. Les opposants au mariage gay représentaient aussi un combat d'arrière-garde facile à éliminer. Mais justement, ça a failli mal tourner parce que la droite a joué dessus pour essayer de récupérer, ou conserver, les voix des religieux tradis, en se bouchant le nez sur l'extrême droite. Si Hollande a bien joué le coup, c'est avant tout parce qu'il avait l'opinion publique majoritairement avec lui. Elle n'est pas spécialement en faveur du mariage gay, mais elle s'en fout justement parce que cela ne concerne que peu de monde et que le mariage pour tous ou un PACS amélioré, ça revient au même. Seuls les traditionalistes y voient un crime symbolique. La gauche l'avait sous-estimé bien qu'elle aime jouer avec les symboles, mais une majorité conséquente considère qu'il y a des problèmes plus importants : on aurait pu se passer du bordel, mais on ne va pas se mobiliser contre. L'erreur politique n'est pas que ça a divisé les Français, comme le dit la droite hypocritement (pléonasme), l'erreur est que ça a permis à la droite de se mobiliser plus largement avec le vieux truc de gauche des manifestations de rues.

Qu'est-ce qu'on attend de la gauche ?

La déception oblige d'occuper le terrain. On vient de trouver l'affaire Tapie pour faire vendre du papier ou des abonnements internet à la presse. Parce qu'on a beau déplorer la diversion, et dire que les vrais problèmes c'est le chômage, la désindustrialisation, la croissance, ce genre de questions ne remplit pas les articles de la presse généraliste. Il y a la presse économique pour ça et elle est vendue au patronat ou au capitalisme du point de vue de la gauche.

Comme je l'ai dit dans « Quelle politique industrielle pour la gauche ? », l'interventionnisme d'État en faveur des grandes entreprises n'est plus adapté à la situation mondialisée où les profits se délocalisent. On confond notoirement politique sociale et politique industrielle en protégeant seulement ceux qui ont déjà un emploi, d'où les difficultés des jeunes qui étaient pourtant la cible de la campagne de François Hollande. Ce qu'on leur propose est une énième version des emplois jeunes, toujours au bénéfice des entreprises qui profitent d'une main-d'oeuvre bon marché ou gratuite.

J'ai parlé récemment de cette question d'un « Hollande pas assez normal » qui concerne la mauvaise habitude de la gauche de vouloir toujours trop en faire pour correspondre au mythe révolutionnaire, au lieu que chacun fasse normalement son boulot. J'ai signalé l'exemple de la fraude des prothèses mammaires PIP ou de la viande de cheval de l'entreprise Spanghero qui décrédibilisaient la qualité française avec la complicité des salariés et de l'administration (ou de la justice qui temporise). À côté, on fout Bernard Tapie en garde à vue en vitesse pour amuser la galerie. Mais ce n'est pas une politique industrielle, bordel de merde !

Bon, j'ai compris ! Tu veux du symbolique. D'accord ! Faut demander... Justement, avant de mourir, Stéphane Hessel et ses copains (Edgar Morin, Susan George, Pierre Larrouturou, etc.) avaient tenté le coup en lançant un Collectif Roosevelt 2012. Mais ce n'est peut-être pas assez clair : il faut mieux préciser en définissant qu'il s'agit de New deal.

Le problème actuel est effectivement le chômage des jeunes, spécialement dans les pays du sud. Avec l'endettement, et l'absence de projet industriel à grande échelle en Europe du fait de la mondialisation, aucune relance de l'investissement n'est réellement envisagée, à supposer qu'elle soit possible quand on ne possède pas une monnaie de réserve comme les États-Unis. La rigueur provoque évidemment la récession. Le problème est que toute réduction des déficits diminue forcément le chiffre d'affaires des entreprises dont la vente de biens ou services cause ces déficits. Ceux qui exigent cette rigueur oublient la banalité comptable que les dépenses des uns sont le chiffre d'affaires des autres !

Le seul new deal, c'est le partage du travail avec partage du revenu. Sinon, ce sont des revendications salariales. C'est ce que refusent les syndicats au nom de la défense du pouvoir d'achat (de ceux qui ont un emploi). Depuis une décennie ou deux, on envisage donc la réduction de la fonction publique par le non-remplacement de fonctionnaires qui partent à la retraite ou les pré-retraites dans le privé. Ça tombe bien, la génération du baby boum (qui a duré trente ans à partir de 1944) arrive justement à la retraite. Ça tombe mal, puisque c'était l'espoir pour les jeunes d'entrer sur le marché du travail. Mais ça marche pas non plus, puisqu'on a recruté parallèlement dans la territoriale et qu'on atteint les limites actuellement. Tout est à refaire et on sait pas faire.

Si on partage les salaires, on n'a pas de problème budgétaire. Comme c'est la crise, on peut réduire les salaires des fonctionnaires de 5 %. Rigueur. Cela revient au même que de ne pas revaloriser pendant plusieurs années. On engage 10 % de fonctionnaires là où on en a le plus besoin, au lieu de les surcharger de travail. Cela permet de réduire plus rapidement le chômage, d'améliorer la formation et d'insérer les jeunes sur le marché du travail. L'économie sur les indemnités chômage permet de réduire le déficit et de baisser les charges salariales, puisqu'il y a moins de chômage et plus de cotisants. Toutes les entreprises profitent d'un gain de compétitivité, à l'exportation en particulier.

La question n'est pas de savoir si les syndicats sont d'accord du fait de leurs mauvaises habitudes corporatistes ou de leur légitime inquiétude à flairer les embrouilles. Il s'agit bien d'une prise de décision politique sur un nouveau contrat social. La gauche veut du politique. C'est du politique. Soit un choix politique de la part de l'exécutif, validé par l'assemblée, soit un choix social ratifié par la base. Le choix est là. Les citoyens et les travailleurs doivent se demander si leurs enfants vont trouver une place dans la société sans une remise à plat générale ou s'ils veulent tenter le coup du chacun pour soi (avec le Dieu laïque pour tous). J'ai un peu l'impression que c'est jouable. Les gens commencent à se dire qu'il vaudrait mieux assurer leurs arrières que jouer à pile ou face. Ou on peut attendre un peu que ça aille encore plus mal.

Jacques Bolo

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