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Médias / Politique - Juin 2012

Cannabis électoral

Résumé

Buzz médiatique sur le cannabis avant les législatives. La véritable question est celui du rôle de l'État dans la vie des gens. C'est celle là qui n'est pas posée.

Petit scandale d'avant premier tour des législatives 2012, quand Cécile Duflot a répondu à Jean-Jacques Bourdin que les écologistes d'EELV étaient pour la légalisation du cannabis. Ce que tout le monde savait. La droite en a profité pour crier au scandale. Une partie de la gauche a déploré qu'elle s'exprime sur ce sujet à cinq jours des élections par souci de discipline gouvernementale et par précaution électoraliste.

C'est la nouvelle façon de faire de la politique. Pour ne pas choquer les électeurs de droite, il faut donc que la gauche adopte des idées de droite. On le voit déjà avec la question de l'immigration. Ou bien, il faut mentir aux électeurs ou ne pas ébruiter ce sur quoi tout le monde est pourtant au courant.

Ou encore, il faut se soumettre à la discipline majoritaire. Une fois qu'un parti est élu, il faudrait que ses alliés abandonnent leurs idées. Et il faudrait finalement adopter celles qu'on suppose être celles des électeurs de l'autre camp qu'il ne faut pas choquer. À ce compte-là, autant institutionnaliser la politique des sondages. On économiserait sur les politiciens.

L'argument en faveur de la dépénalisation est simplement que la répression ne marche pas. En France, plusieurs millions de consommateurs annuels et un million de fumeurs réguliers. La répression est symbolique et arbitraire, et mobilise des moyens qui seraient plus efficaces ailleurs. La prohibition est la cause du trafic et génère la délinquance qu'elle est censée combattre.

L'argument pour l'interdiction est le danger de la consommation de drogue. Mais il est contredit par l'existence de drogues légales tout aussi dangereuses, l'alcool, le tabac, certains médicaments. Les écologistes proposent une meilleure prévention, voire une distribution contrôlée en pharmacie, comme pour les substituts aux drogues dures.

Mais le véritable problème est plus simplement la légitimité de l'État à contrôler les individus. Personne ne la remet en question parce que la politique consiste précisément à s'immiscer dans le comportement d'autrui en considérant que ses propres normes et valeurs sont les meilleures. S'y ajoute l'idée qu'il existe des comportements dont il ne faut pas parler alors que tout le monde peut les pratiquer, mais sans le dire. On pense bien sûr aussi à la sexualité (en général ou pour des pratiques spéciales).

Le conflit de valeurs apparaît aujourd'hui du fait que l'époque est à l'affichage. C'est un effet d'une meilleure connaissance de la réalité ou des moeurs différentes, du relativisme qui en découle ou du pluralisme politique et culturel, dont l'ancêtre plaisant est le principe « Comment peut-on être persan ? ». On constate que ce pluralisme n'est pas encore intégré dans le discours politique dominant qui fonctionne toujours sur l'idée d'une majorité silencieuse qu'il ne faudrait pas choquer. La conception essentiellement policière de l'État fait le reste.

Le journaliste Jean-Jacques Bourdin, qui a interviewé Cécile Duflot a réussi son coup. Il a fait le buzz en jouant sur ces contradictions politiciennes ou en tentant de semer la zizanie à gauche au bénéfice de la droite. Duflot aurait pu ne pas se laisser faire, s'exprimer seulement en tant que ministre du Logement et refuser de commenter ce que le journaliste lui présentait comme un cas d'actualité. Elle a préféré rappeler la position de son parti pour marquer sa différence et son territoire. Était-ce arrangé avec le journaliste ? Tout est possible.

La question est bien celle des stratégies contournée de la politique. Objectivement, ce sont bien les écologistes qui tendent à incarner une nouvelle façon de faire de la politique (même s'ils ont tendance au moralisme tatillon sur les thèmes qui leur sont chers). On ne peut pas contester que Duflot est rafraîchissante. Mais ce n'est pas elle le problème. C'est de la langue de bois des autres qu'il faut se débarrasser.

Jacques Bolo

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