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Conneries / Société - Mars 2012

Le FN, l'immigration, et les demi-mesures

Résumé

Le Front national propose de renvoyer les clandestins et plus généralement, les immigrés, pour résoudre la question du chômage. Pourquoi se gêner. Autant renvoyer tous les Français d'origine étrangère. Ca va faire du monde.

La récente publication du livre de la journaliste Claire Checcaglini, sur son infiltration dans le Front national, l'a montré. La dédiabolisation du FN qui prétend s'appuyer sur la défense du peuple, de la classe moyenne, ou de la classe ouvrière et un leurre qui masque la persistance du discours anti-immigration, raciste et antisémite. Le programme social du FN est toujours celui qui lie le chômage et l'immigration, comme le discours nazi liait le chômage allemand de l'Entre-deux-guerres et les juifs.

Il faudrait d'ailleurs remarquer à ce propos que le chômage était bien plus important à l'époque. Et la Grande crise frappait les Allemands sans distinction, parce que c'est comme ça que la question se posait alors. Ce sont les nazis qui faisaient des distinctions entre les Allemands selon leur religion. Les juifs allemands étaient autant « de souche » que les autres. On peut constater qu'on adopte aujourd'hui les classifications nazies pour parler des juifs, en se prétendant laïques. On est bien dans le schéma culturel du Front national.

Car ne l'oublions pas. Le chômage en France frappe bien davantage les enfants d'immigrés que les Français de souche blancs. « Blanc, normal », comme disait Coluche dans « L'histoire d'un mec ». C'est davantage la « peur » du chômage qui touche les classes populaires blanches. Le chômage réel concerne plus spécifiquement les fermetures d'entreprises et d'usines. Elles touchent d'ailleurs des anciens fils d'immigrés ou les immigrés récents qui y travaillent. Ce phénomène concerne la nouvelle division internationale du travail qui n'est certainement pas de la responsabilité des immigrés. Comme je l'ai déjà dit, si on y réfléchit un peu, les immigrés auront plutôt été, au cours des années 1960-1990, le moyen d'éviter les délocalisations par une importation de main-d'oeuvre, pour produire à bas coût sur le territoire national, en permettant aux métropolitains de profiter d'une promotion sociale.

Ce sont aussi les immigrés récents qui ont supporté le chômage par la non-intégration de leurs enfants depuis les années 1980. Les chiffres du chômage sont faux. Outre la discussion habituelle sur les méthodes de mesure, quand on parle de 10-15 % de chômeurs, on parle en fait de 5 % de chômage chez les Français de souche blancs, et de 30-50 % de chômage dans les banlieues. Comme je l'ai déjà souligné, on constate la différence avec ce qui se passe dans les pays comme l'Espagne ou la Grèce. En l'absence d'une forte immigration, c'est la jeunesse « de souche » qui est exclue du monde du travail (les immigrés sud-américains en Espagne sont considérés comme culturellement proches). On voit ici l'avantage des statistiques ethniques pour comprendre certains phénomènes.

Il faut souligner aussi que les Beurs français, toujours considérés comme des immigrés, ont généralement grandi en France. La fameuse « Marche des Beurs » date de 1983, il y a presque trente ans. Si on considère qu'ils avaient à l'époque entre 15 et 30 ans dans leur grande majorité, ils ont donc maintenant entre 45 et 60 ans ! Certains doivent être grands-parents aujourd'hui. Et on parle toujours d'« intégration », à droite et à gauche. Le discours d'extrême droite est décidément bien la norme.

Puisqu'il en est ainsi, autant y aller franco ! C'est le cas de le dire. Le discours du FN considère que l'immigration est une force de travail temporaire qu'on tolère quand on en a besoin, dans l'intérêt national, et envers laquelle on n'a aucune obligation, même pas les prestations sociales légales pour lesquelles ils cotisent. C'est une conception « sociale » et « populaire » un peu spéciale. Mais passons ! Puisque ce discours est la norme, appliquons-le jusqu'au bout. Les mines de charbon qui ont fait la force de l'industrie française ont fermé depuis longtemps. Les usines automobiles sont délocalisées. Il est temps de se concentrer sur les produits de luxe et à forte valeur ajoutée. Les immigrés polonais, espagnols, portugais, italiens et autres nous ont bien été utiles. Certains d'entre eux comme Montant, Reggiani, De Funès et autres nous ont bien divertis. Mais ce n'est pas la peine que leurs rejetons s'incrustent inutilement. On ne leur doit rien. On doit réserver les emplois aux Français de souche. Pas de politiquement correct... On peut renvoyer aussi chez eux les « juifs étrangers », comme en 40. Et franchement..., tout ces Pieds-noirs qui « ont choisi » la France et qui ne sont décidément toujours pas intégrés cinquante ans après... Les trois points graphiques sont un hommage à Céline.

Mais ce n'est pas suffisant. Il faut aussi tenir compte de l'immigration intérieure des régions françaises vers la capitale ou les anciens bassins d'emploi. Ce que nous avait très bien montré le démographe protectionniste Emmanuel Todd. Les Occitans des années 1970 voulaient vivre et travailler au pays (« Volem viure e trabalhar al païs »). Qu'ils retournent chez eux, avec les Bretons, les Limougeauds, les Auvergnats, les Corses, les Antillais, les cht'is...

On constate que ce modèle économique du FN est celui d'une extrême droite encore plus traditionnelle qu'on le croyait. Il s'agit du principe féodal qui « attachait le paysan à sa glèbe », comme on nous l'enseignait dans les écoles dans les années 1960. Je ne sais pas si c'est toujours le cas. Les traditions se perdent. Et on pourrait instaurer un carnet de circulation pour les ouvriers, comme en France au XIXe siècle, dans l'ancienne URSS, ou en Chine actuelle, et rétablir des barrières d'octroi pour les marchandises, un passeport intérieur et un « droit de cité ».

Jacques Bolo

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