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Histoire / Politique / Culture - Août 2011

De Gaulle félon ?

Résumé

Un téléfilm de Bernard Stora, où l'on voit la préparation du putch de De Gaulle par les barons du gaullisme à l'occasion de la crise algérienne entre 1954 et 1958

Un téléfilm étonnant de Bernard Stora sur de Gaulle, Le Grand Charles, (2005) rediffusé sur Arte le 28 juillet, cet été. Une excellente interprétation d'acteurs choisis pour leur ressemblance avec leurs modèles réels, de Gaulle lui-même et, pour la deuxième partie, les jeunes Guichard, Delbecque, Chaban-Delmas, Debré, Soustelle, Malraux, etc., dont on montre le rôle dans le retour au pouvoir du grand homme à l'occasion de la crise algérienne entre 1954 et 1958.

Mais le problème est que le film, qui a pourtant eu le soutien du Mémorial Charles de Gaulle, a pour argument essentiel l'organisation du coup d'État gaulliste par les jeunes-turcs en question. Chaban-Delmas envoie Léon Delbecque en mission en Algérie, pour « faire de la politique », c'est-à-dire : « exciter les rivalités, neutraliser les ambitieux, favoriser les médiocres » (on comprend mieux le résultat), avec un programme d'action : « Exciter. Calmer. Canaliser. De Gaulle ».

Le film poursuivra avec la roublardise du général, restant en retrait, qui laisse faire les jeunes ambitieux en se faisant passer pour déclinant. On nous montre le gouvernement Pflimlin envoyé volontairement au casse-pipe, pour provoquer les événements du 13 mai 1958 en Algérie. La situation se dégrade alors rapidement et de Gaulle est appelé à former un gouvernement par le président Coty. Il obtient les pleins pouvoirs pour six mois.

S'en suit le fameux discours d'Alger, « Je vous ai compris ! », qui se termine sur la simple promesse d'une rénovation des institutions qui renversera la quatrième République. Le film se clôt sur l'aveu de la « décolonisation par égoïsme » et sur des illusions de grandeur et de modernité pour une France redimensionnée.

L'hommage final en voix off, sur fond d'obsèques du général, est sans doute la dernière manipulation, de Bernard Stora, pour avoir le nihil obstat des gaullistes qui n'y ont vu que du feu. Car sans le dire, le fond du film peut se résumer au fameux discours ou de Gaulle :

« Un pouvoir insurrectionnel s'est établi [...] par un pronunciamiento militaire. Les coupables de l'usurpation ont exploité la passion des cadres de certaines unités spéciales, l'adhésion enflammée d'une partie de la population de souche européenne égarée de craintes et de mythes, l'impuissance des responsables submergés par la conjuration militaire. Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d'officiers, partisans, ambitieux et fanatiques. [...] ».

Le coup d'État d'un général de Gaulle en retraite (qui en vaut bien un quarteron) avait bien comme réalité un groupe de jeunes politiciens ambitieux, les « barons » du gaullisme, qui ont instauré une constitution présidentialiste à leur mesure pour concentrer tous les pouvoirs. On connaît la suite. La gauche s'y est pliée parce que ça l'arrangeait. La mythologie de l'homme providentiel persiste en rabaissant les contre-pouvoirs et tout débat démocratique. Ce qui profite, comme initialement prévu, aux médiocres.

Jacques Bolo

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