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Politique / Économie / Histoire - Février 2011

Populistes contre bobos

Anti-mondialisme

Comme je le disais le mois dernier à propos de Mélenchon, les révolutions arabes ont détourné l'attention de la prochaine campagne présidentielle Début janvier 2011, la grande question était celle du « populisme ». Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon (quoique antagonistes) s'en revendiquent, dans ce qu'ils estiment être le bon sens du terme, contre les élites mondialistes et les bobos bien pensants, représentant la « pensée unique ». Ils prétendent tous deux être au second tour en se passant d'un accord avec la droite et la gauche parlementaires, car ils visent une légitimité populaire directe.

J'en avais conclu qu'ils nous refaisaient le coup du référendum de 2005 sur le Traité constitutionnel européen qui avait vu la victoire du « non » grâce à l'union des souverainistes de gauche et de droite, extrêmes ou non. Et cela pourrait effectivement marcher si la droite et la gauche sont divisées comme la gauche l'était en 2002. Sarkozy, en jouant sur l'identité nationale, l'islam, l'immigration, l'insécurité, fait déjà quasi-exclusivement la campagne du Front national. Son discrédit sur les autres points alimente bien l'idée populiste du « tous pourris », à laquelle il est de plus en plus difficile de résister autrement que pour des raisons un peu formelles, et donc parfaitement creuses. La gauche est en panne de projet et le PS se livre à une risible guerre des chefs qui jouent à se dévoiler le dernier.

Le populisme, donc, veut reprendre le pouvoir sur les élites corrompues et les bobos politiquement corrects. Mais comme je suis un bobo politiquement incorrect, je ne me priverai pas de contester cette union de ceux qui croient représenter un peuple populaire qui n'existe pas. Comme le nationalisme, dont l'erreur consiste à prétendre représenter la nation nationale, alors que la « nation » représentait le peuple à l'époque de la Révolution française, le populisme renvoie simplement au discrédit de l'élite (qui peut être réel). Mais ce discrédit, comme à l'époque de la Révolution française, signifie simplement qu'une autre élite est déjà présente et ronge son frein. Et on ne peut pas considérer le Front national et le Parti de Gauche comme l'élite montante, spécialement dans leur sacralisation rousseauiste du peuple populaire qui détiendrait la vérité.

Les deux mamelles du populisme

Le populisme est bien ce qu'il a l'air d'être, du poujadisme, pour la simple raison que l'anti-intellectualisme auquel il fait référence est une escroquerie. Une escroquerie intellectuelle bien sûr. La droite française reproduit, avec dix ou vingt ans de retard, la stratégie populiste américaine [1]. Ce qui est bien le comble pour des anti-américains. Avec Ronald Reagan, mais surtout avec George Bush Jr, et récemment avec Sarah Palin et les Tea parties, on a déjà eu droit à cette condamnation de l'élite de Washington, et des démocrates, considérés (à tort dans leur cas) comme mondialistes. Ce populisme est bien le propre d'une élite intellectuelle d'extrême droite, unie aux blue collars blancs et aux racistes. On a vu qu'Hillary Clinton avait essayé de leur faire du pied en jouant sur la division traditionnelle des ouvriers noirs et blancs, arguant de sa légitimité aristocratique de la présidence de son mari. Cela n'a pas marché parce qu'elle était précisément détestée pour les mêmes raisons que celles qu'elle invoquait à l'égard de son concurrent. Il se trouve que les faux culs ont tous été battus par un Noir à la réputation d'intellectuel. Ce qui n'est pas près d'arriver en France. Mais le vent tourne. Les bobos sont partout.

En France, Mélenchon rejoue la traditionnelle condamnation des gauchistes petits bourgeois de Mai 68 par le Parti communiste [2], en visant les bobos pro-européens. J'ai déjà parlé du « fantôme de Mai 68 ». On a même vu, comme je le disais, « Nicolas Sarkozy, qui n'a peur de rien, [imputer] aux participants de ces événements les dérives du capitalisme et les salaires astronomiques des patrons de multinationales ». Sarko prend sans doute son cas (il a doublé son salaire), pour une généralité. Ce qui caractérise au contraire la période post-soixante-huitarde jusqu'à nos jours, est le retard d'entrée des jeunes sur le marché du travail et la « préférence pour le chômage » : le chômage de ceux qui n'étaient pas dans des emplois protégés ni des héritiers (surtout les fils d'immigrés). La défense actuelle du pouvoir d'achat grâce aux heures supplémentaires concerne bien exclusivement les gens en place.

Le terme « bobo » (« bourgeois bohème »), désigne à l'origine les jeunes américains de la classe moyenne supérieure qui ne vivent pas comme leurs parents ; qui prolongent leur adolescence fêtarde (en profitant du niveau de vie supérieur des Américains) ; et surtout, surconsomment des biens culturels. Les populistes de droite et de gauche se polarisent donc sur le terme « bourgeois » dans une réminiscence marxiste, spécialement malhonnête à droite. La réalité sociologique des bobos français et européens correspond davantage à la bohème des intellectuels précaires, qui supportent plus ou moins bien leur précarité du fait de l'alibi culturel qui les valorisent, croient-ils (on voit ce qu'il en est). Ce genre de semi-précarité est bien la définition de la bohème éternelle des jeunes intellectuels et artistes (depuis François Villon, en passant par Van Gogh, jusqu'à nos jours). La précarisation par les stages des jeunes des classes moyennes, en particulier dans les professions culturelles, rejoint celle des jeunes issus de l'immigration.

Ontologie du bobo

Le populisme anti-intellectualiste est d'ailleurs mis en échec pour la simple raison que presque tout le monde a reçu une éducation secondaire et qu'un important pourcentage a reçu une éducation universitaire plus ou moins poussée. Heureusement que le niveau baisse, sinon tout le monde serait déjà complètement boboïsé ! En outre, malgré un rejet des bobos écolos du fait de leur attitude souvent caricaturale, tout le monde se met même à l'écologie. La différence porte sur le NIMBY (« not in my back yard ») de la part des beaufs populistes qui veulent que ce soient les autres qui fassent les efforts pour pouvoir profiter de la croissance de leur pouvoir d'achat personnel.

Sur le modèle du fait qu'« être contre la philosophie est déjà une philosophie », être anti-intellectuel, surtout quand on en fait des tartines, est bien une activité intellectuelle, voire intellectualiste, et l'anti-idéologie est aussi une idéologie, comme l'anti-« pensée unique » la preuve qu'il en existe au moins deux. Cette position est connue dans le monde intellectuel lui-même où l'anti-positivisme est le propre de ces super-intellectualistes illisibles que sont les adeptes de la phénoménologie. Leur tendance perpétue simplement la réaction anti-Lumières des intellectuels réactionnaires et de l'Église catholique qui voulaient maintenir le traditionalisme et l'élitisme, et le bon peuple populaire dans l'analphabétisme. J'ai déjà eu l'occasion de critiquer un des représentants de cette idéologie en la personne de Max Scheler.

Le populisme revient finalement à revendiquer sans le dire cette division du travail intellectuel et cette référence à la tradition. Cela correspond bien à l'extrême droite. Mais le rejet des gauchistes par les communistes en Mai 68 appartient aussi à cette stratégie paternaliste de la part de la hiérarchie alternative que constituaient les militants politiques et syndicaux issus de la base. Car ce qui est contesté dans les deux cas est bien le résultat (certes imparfait) de la formidable promotion intellectuelle au cours du XXe siècle. Voilà ce que j'en disais dans l'article anniversaire :

« Les gauchistes de 68 étaient simplement des communistes qui avaient fait des études. Ils ne pouvaient pas répéter les mêmes discours que ceux destinés à des ouvriers de la gauche d'avant-guerre, sans parler du XIXe siècle. Et il ne s'agit évidemment pas ici d'une question « d'origine », puisque les ouvriers instruits, qui existaient par le passé, devenaient évidemment déjà des intellectuels. »

Accélération de l'histoire

Bref, comme nous sommes tous des intellectuels, y compris les anti-intellectuels, il faut nous accepter tels que nous sommes. Tous bobos. Les bobos cocos et les bobos fachos sont simplement des passéistes qui ne maîtrisent pas les références contemporaines, et croient représenter l'identité populaire et nationale. Comme je le disais, ils regrettent le bon vieux temps de la guerre froide et essaient de transférer le débat en conflit des civilisations. Manque de bol, juste avant les élections et une campagne qui s'annonçait bien nauséabonde, ces putains d'Arabes viennent justement de nous faire le coup de la place Tiananmen. Et que je te demande la démocratie. Et que je te renverse des dictatures qui tombent comme des fruits mûrs, que c'est comme la chute du mur de Berlin qu'on l'avait pas prévue.

J'ai traité de cette situation nouvelle le mois dernier en identifiant « le sens de la vie » dans la lutte pour les bonnes places. Ce qui nous renvoie à la situation intérieure. Un peu de sociologie minimale aurait pu éclairer la situation. En France et dans la plupart des pays d'Europe ou d'Amérique du nord, le « peuple », c'est principalement les immigrés. Le nationalisme réduisait la nation au communautarisme maurrassien. Ce qui était déjà une manifestation d'incompétence intellectuelle. Le populisme actuel nous refait le coup pétainiste du terroir qui ne ment pas et de la France fille aînée de la chrétienté laïque pinard-sauciflard. Mais les pizzerias, Mac Do, sushis, chawarmas, Starbucks, Subway, progressent.

Le problème est devenu le même que celui des États-Unis, où le racisme visait à maintenir un statut inférieur aux Noirs. Aux USA, la disparition totale (statutaire) de ce système social se manifeste dans l'élection d'un Noir à la présidence. En France, l'idéologie néo-pétainiste cherche à maintenir cette hiérarchie de conditions qui commence à ne plus exister dans les faits. C'est précisément parce que les immigrés s'intègrent qu'on prétend qu'ils ne s'intègrent pas (comme pour les juifs au moment de l'affaire Dreyfus [3]). L'intégration a lieu du fait de la nouvelle visibilité des Noirs et des Arabes. Cette visibilité s'exprime par des provocations comme la burqa et le rap qui signifient précisément que les Arabes et les Noirs n'essaient plus de ne pas se faire remarquer, comme leurs parents (ou comme la stratégie vieux-juif), et que certains en rajoutent - parce que c'est comme ça que ça marche. Ce que les racistes appellent du communautarisme est simplement de l'islam et black pride (cf. gay pride), qui dit « je suis musulman ou noir et je t'emmerde ». Ce qui est bien une preuve d'intégration à l'esprit national, contrairement à la prétendue intégration discrète des Asiatiques qui n'ont pas compris le truc de la franchouillardise. Les « Chinois » font des affaires et des études. C'est bien la preuve qu'ils ne sont pas français et cathos, mais américains et protestants, comme pourrait le dire le sociologue Max Weber.

Sociologie du populisme

Le populisme actuel, d'extrême droite et d'extrême gauche, se fonde sur la légende nationale républicaniste de la « nation » mal comprise, en termes maurrassien ou marxiste, de race et de classe. Elle mélange la notion statutaire de tiers état et la notion économique de classe pour se valoriser en rejouant la Révolution ou la révolution. Mais elle repose en fait sur une sociologie périmée. Par le passé, une classe inférieure très nombreuse supportait une aristocratie privilégiée peu nombreuse. Le passage de l'état statutaire aristocratique à l'état de fait bourgeois n'avait pas changé grand chose. Mais dans la réalité, une classe intermédiaire ambitionnait de faire partie de l'élite. On avait une pyramide sociale de ce type :

           
           
           
           
           

La solution marxiste consistait, pour la classe intermédiaire des élites montantes, à s'appuyer sur la classe inférieure en retrouvant la stratégie des tribuns de la plèbe contre les patriciens, sous la Rome antique. On a vu, avec Mai 68, que ces intermédiaires n'ont pas voulu partager leur statut avec les nouveaux venus issus de la scolarisation (et d'une partie de la petite bourgeoisie). Le mythe du « niveau qui baisse » vise aussi, aujourd'hui, à délégitimer les prétendants. Mais la sociologie minimale constatait que la période mythique de 1936 comprenait 4% de bacheliers seulement (la période précédente était évidemment inférieure, 1% en 1900). Aujourd'hui, les bacheliers sont 66%. Même avec un moins bon niveau que les meilleurs anciens, ils constituent une masse critique qui modifie l'équilibre culturel précédent.

La nouvelle situation sociologique est donc différente. Tout le monde le sait, mais n'en enregistre pas les conséquences. Une immense classe moyenne populiste ambitionne toujours de faire partie de l'élite en stigmatisant les salaires des patrons et des traders. Ceux qui ont plutôt plus d'argent critiquent ceux qui ont un statut (de fonctionnaire) et les bobos riches, et ceux qui ont des prétentions culturelles critiquent les élites riches, les blings-blings, et les bobos branchés mondialistes (un mélange des deux composantes est général). Tout le monde se fout des plus pauvres, précaires, et immigrés, exceptés en quelques occasions médiatiques (restaus du coeur, Emmaüs,...), ou pour justifier sa propre situation en s'identifiant mythiquement à ce nouveau tiers état.

On peut considérer la classe moyenne comme homogène en cela qu'elle en possède un statut de fait, sinon de droit (outre le fait qu'au niveau mondial, la France est un pays riche). On fait semblant de croire qu'il existe quand même une progressivité, au sein de la classe moyenne, mais l'évaluation du niveau de vie est complexifié par l'existence d'un ou plusieurs salaires au sein du ménage ; par le nombre d'enfants ; les héritages ou les aides des parents ; les seuils qui permettent de bénéficier de prestations comme les logements sociaux ; les bonnes et mauvaises années pour les commerçants et professions libérales ; les impôts pour ceux qui n'y échappent pas ; etc. Chacun peut donc se plaindre des avantages de l'autre en oubliant les siens. La possibilité de tomber dans la précarité en cas d'accident de la vie est toute théorique [4]. Cette angoisse peut être considérée comme l'imaginaire actuel des classes moyennes et la seule stratégie politique. « N'ayez pas peur », disent le pape, Le Pen, et Sarkozy : ça fout la trouille.

Quelle est la situation actuelle ? La véritable précarité concerne environ 10% des ménages. L'appartenance à l'élite privilégiée un peu moins, le reste est la classe moyenne. Cela donne une nouvelle « pyramide sociale » de ce type :

           
           
           
           
           

C'est cette situation que nous avons à gérer. Et les modèles politiques passéistes des populistes de droite et de gauche n'en tiennent pas compte, alors que l'écologie, ou le comportement social des bobos sont une ébauche de réponse.

Généralisation mondialiste

Dans un article précédent, « Pauvreté et droit de cité », à propos de la stigmatisation des Roms par Nicolas Sarkozy en août 2010, j'identifiais justement le nationalisme comme la manifestation contemporaine du droit de cité et sa légitimation. Comme je le disais :

« Il s'agit évidemment du droit de cité des pauvres. [...] Mais la polarisation sur l'immigration ou le cas conjoncturel des Roms - très provisoire [jusqu'à l'ouverture des frontières en 2012] - masque le fait qu'il s'agit aussi de la question pourtant très à la mode de la « gentrification » ou de ce qu'on a appelé le « stade Dubaï du capitalisme ». Les riches s'enferment de plus en plus dans des quartiers réservés. L'urbanisme s'organise en ghettos de pauvres et ghettos de riches. Rien de nouveau sous le soleil. En fait, cette situation est générale et permanente. C'est la mixité sociale qui était une illusion. Ce qu'on dit sur la stratification verticale des immeubles parisiens qui mélangeait les classes sociales n'invalide pas le modèle. Cela signifie simplement que le ghetto était vertical. »

Il faut arrêter un peu de s'illusionner sur l'intégration sociale du passé, et sur le début du XXe siècle en particulier. À gauche, les luttes sociales signifiaient bien que ce passé idéal n'a jamais existé. À droite, l'intégration des juifs s'est mal passée. L'évocation républicaine irénique oublie au passage le colonialisme, qui marche pour les deux camps. Une généralisation mondialiste peut s'exprimer de la façon suivante (issue du même article) :

« Pour comprendre réellement de la situation, il aurait fallu noter aussi que la simple existence de pays riches et de pays pauvres appartient déjà à ce modèle, d'où la question de l'immigration. Les passeports sont bien des permis de circuler.
« Le véritable problème est donc, depuis toujours, de savoir comment les riches traitent les pauvres. Les catégories nationales ne sont que le moyen actuel de se donner la bonne conscience pour ne pas leur accorder les mêmes droits. Le fait qu'on considère ces frontières comme normales montre l'état du problème. Quand les intellectuels parlent de « construction » de l'identité, ils ne la déconstruisent généralement pas jusqu'au bout. »

Les populistes croient représenter le peuple. Mais il y a plus populaire qu'eux. L'extrême droite populiste en est consciente et croit que la fermeture va augmenter son niveau de vie. L'extrême gauche populiste veut des augmentations en fermant aussi les portes par le protectionnisme.

J'ai déjà eu l'occasion de montrer que le colonialisme correspondait à cette période où le marché extérieur était un marché intérieur avec un débouché pour la promotion sociale des Français de souche, au détriment de ceux qui avaient un statut inférieur (avec quelques exceptions pour entretenir le mythe républicain). La nouvelle situation mondiale correspond bien à une « concurrence libre est non faussée » (excepté par la loi du plus fort).

La différence avec l'époque de la colonisation, qu'évoque justement la notion de « souverainisme » des populistes est que les pays souverains ne sont plus un marché captif (colonies) et que nos alliés et les pays émergents nous font concurrence. Dans un autre article, j'ai aussi parlé du mirage de l'isolationnisme, en me fondant sur la crise des Antilles, où il est partiellement réalisé :

« Quand on évoque la situation de ces îles, on les caractérise généralement par la dépendance de la métropole et le règne de l'assistanat. Ce n'est pas une vision correcte. Le problème de la situation des Antilles est plutôt lié à des conditions très spéciales. La caractéristique coloniale initiale a été artificiellement maintenue par des primes d'éloignement pour les fonctionnaires et les retraités. L'insularité a conservé des monopoles, anciennement détenus par les seuls békés (descendant des anciens colons esclavagistes), et l'entrée des marchandises est surtaxée en Guadeloupe et Martinique (« octroi de mer » jusqu'à 28 %, voire 40 %), sans parler de « l'enrichissement sans cause des compagnies pétrolières », comme dit le Secrétaire d'État à l'outre-mer, Yves Jégo.
« Dans une telle situation, n'importe quel département de France métropolitaine subirait une hausse du coût de la vie qu'il serait nécessaire de compenser par des mesures clientélistes qu'on pourrait toujours appeler de l'assistanat. On observe d'ailleurs plus ou moins la même situation en Corse. Les Antillais et les Corses ont le tort de considérer qu'il s'agit une conséquence de la situation coloniale. Il s'agit plutôt d'une démonstration des conséquences de l'isolationnisme que certains préconisent comme solution aux crises. »

Dans la mondialisation, l'avantage de la France reste d'ailleurs des liens nombreux avec l'ancien tiers monde et une certaine aura culturelle. Ces deux facteurs pouvaient permettre des perspectives favorables que la propension institutionnelle et atavique pour la zizanie est en train de gâcher au nom du populisme. J'ai aussi eu l'occasion de dire que faire peur aux gens ou les monter contre les immigrés constituait une atteinte à la capacité de réaction et à l'unité nationale. Le rayonnement culturel droit-de-l'hommiste de la boboïtude est discrédité par le populisme isolationniste de droite et de gauche (qui ne s'interdit évidemment pas de réaliser l'internationale facho ou coco, comme en 40). On sous-emploie les compétences des immigrés qui pourraient permettre de conquérir des marchés, quand on ne se fâche pas avec tout le monde. On en a fusillé pour moins que ça.

Jacques Bolo

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Voir aussi :

Notes

1. Prendre comme nom de parti, UMP  (Union pour un Mouvement Populaire), et surtout les « Jeunes Populaires », est particulièrement risible quand cela concerne des bourges et des fils de bourges. [Retour]

2. On connaît l'article de L'Humanité du 3 mai 1968, signé par Georges Marchais, « De faux révolutionnaires à démasquer », qui disait entre autres :

« Ces faux révolutionnaires doivent être énergiquement démasqués car, objectivement, ils servent les intérêts du pouvoir gaulliste et des grands monopoles capitalistes. [...] Mais tout en y mettant des formes, ils portent leurs coups contre notre parti - et la CGT - et cherchent à mettre en cause le rôle fondamental de la classe ouvrière dans la lutte pour le progrès, la démocratie, le socialisme. Les thèses et l'activité de ces révolutionnaires pourraient prêter à rire. D'autant qu'il s'agit, en général, de fils de grands bourgeois - méprisants à l'égard des étudiants d'origine ouvrière - qui rapidement mettront en veilleuse leur flamme révolutionnaire pour aller diriger les entreprises de papa et y exploiter les travailleurs dans les meilleures traditions du capitalisme. »

où il tentait d'opposer les étudiants populaires et les pré-bobos. Je propose une autre lecture fondée sur la tentative de garder le monopole de la représentation populaire, contre les idées gauchistes, certes souvent idéalistes dans leur radicalité, mais certainement pas « traîtres à la classe ouvrière » (ou ce que ce genre d'expression est censée signifier).

Je ne conteste d'ailleurs pas la stratégie réformiste du Parti communiste, au contraire. Ce que j'affirmais déjà dans l'article précédent est que les étudiants radicaux étaient des bons élèves qui en faisaient trop dans la surenchère radicale. Mais c'est le discours révolutionnaire prolétarien qui ne représente pas la réalité. La responsabilité du PC est de maintenir un tel discours et de s'étonner de ses conséquences. [Retour]

3. Cette question rejoint la question du populisme de façon évidente quand on se remémore les réflexions de Barrés dans le contexte antidreyfusard :

« Peut-être lisez-vous une double liste que publie chaque jour l'Aurore ; quelques centaines de personnages y affirment en termes détournés leurs sympathies pour le capitaine Dreyfus. Ne trouvez-vous pas que Clémenceau a trouvé un mot excellent? Ce serait la "protestation des intellectuels" ! [...] Rien n'est pire que ces bandes de demi-intellectuels. Une demi-culture détruit l'instinct sans lui substituer une conscience. Tous ces aristocrates de la pensée tiennent à affirmer qu'ils ne pensent pas comme la vile foule. On le voit trop bien. Ils ne se sentent plus spontanément d'accord avec leur groupe naturel et ils ne s'élèvent pas jusqu'à la clairvoyance qui leur restitue l'accord réfléchi avec la masse. Pauvres nigauds qui seraient honteux de penser comme de simples Français et qui veulent que les deux grands Scandinaves Lugné-Poë et Bjornstern-Bjornson les approuvent ! » (Maurice Barrés). [Retour]

4. Ceux à qui cela arrive quand même étaient tangents, et surestimaient leur statut. Et comme a dit Laurence Parisot, la présidente du MEDEF : « La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ? »[Retour]

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