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Politique - Janvier 2011

Mélenchon présidentiable

Le lancement de la campagne présidentielle 2012 du Parti de gauche (PG) de Mélenchon s'est fait voler la vedette par les événements en Tunisie et en Égypte. Son slogan, Qu'ils s'en aillent tous !... a été réalisé par les Tunisiens. Au point qu'on en est même à se demander si Mélenchon n'aurait pas mieux fait de cibler les jeunes Beurs et Noirs français, plutôt que les petits blancs que vise aussi Marine Le Pen. Si cela avait été le cas, Mélenchon n'aurait pas pu être accusé par le dessinateur du Monde, Plantu, d'utiliser les mêmes arguments, sur le mode « Tous pourris ». Ce que le popu Merluche n'a pas apprécié. Comme disait l'autre, il ne fallait pas le mériter.

Il faut quand même le dire, c'est pas gagné s'il vise la récupération des classes moyennes inférieures ayant voté pour Sarko qui les avait séduites avec les heures supplémentaires, « pour gagner plus ». Car elles savent bien pourquoi elles n'ont pas voté à gauche la dernière fois. Elles ne croient pas aux 35 heures et au partage du travail. La France a une « préférence pour le chômage ». Cela ne concerne donc que ceux qui peuvent faire des heures supplémentaires. Et j'ai montré que le « travailler plus pour gagner plus » aboutissait à travailler plus et gagner moins. Ceux qui y croient sont condamnés à la surenchère, au surtravail et à l'exclusion des nouveaux arrivants. On a aussi vu, avec l'élection de Marine Le Pen à la tête du FN, que ce modèle économique d'exclusion consiste à transmettre la boutique à sa famille, comme Ben Ali en Tunisie.

Si, par contre, Mélenchon veut convaincre les socialistes de voter pour une gauche de gauche de gauche de gauche, il ne doit pas trop s'engager dans la critique des sociaux-démocrates ou sociaux-libéraux. Il rejoint encore le FN en mettant dans le même sac l'UMP et le PS (« UMPS » selon le FN). Son problème est qu'il serait nécessaire de réunir toute la gauche au second tour. S'il arrive second de l'opposition, ses électeurs ne se résoudront pas à voter « social-traître », s'il arrive premier, les autres lui en voudront trop et risquent de s'abstenir. En 2007, Ségolène Royal n'avait pas pu apaiser les rancoeurs après les primaires, et les différences étaient moindres.

Cette situation est traditionnelle à gauche. La position de Martine Aubry, sociale-démocrate, voire démocrate-chrétienne, reproduit celle de son père, Jacques Delors, qui avait prétendu ne pas avoir assez de soutien de la part du PS et des autres pour être candidat en 1995 (on l'a oublié, mais Jospin était un second choix). Il payait déjà pour sa carrière au sommet des instances européennes. Mais puisque je parlais de « fille de », j'ai eu l'occasion de dire qu'une seconde raison de cette défection de Delors me paraissait être un plan de carrière destiné à sa fille à qui il laissait la présidence de la République pour la fois d'après. Une abdication républicaine.

J'ai déjà mentionné, dans un article précédent sur Marine Le Pen qu'elle pouvait ne pas avoir tort en pensant être en tête de la droite au premier tour. L'anti-immigration et le faux débat sur l'identité nationale ont préparé le terrain pour le FN. La droite parlementaire divisée peut perdre les déçus du sarkozisme. Quant à Mélenchon, il prétend aussi avoir sa chance, sur le même principe de division de son camp. Mais les deux prétendent crânement pouvoir se passer des voix de la droite et de la gauche parlementaires pour gagner. Le seul cas de figure où cela paraît possible consisterait à avoir un second tour Mélenchon/Marine Le Pen, et que les autres électeurs de droite et de gauche se rallient ou s'abstiennent. Ce serait alors à pile ou face : le fascisme fera-t-il davantage peur que le communisme ? Bref, ça fleure bon les « alliés objectifs », comme disaient naguère les cocos. J'ai aussi rappelé qu'ils avaient déjà uni leurs voix contre le Traité constitutionnel européen... en ne se gênant pas pour dénoncer bruyamment la collusion de « la pensée unique » chez les autres. Et ça a marché : le « non » a gagné ! La stratégie semble être la même (dans tous les camps, en fait). Pour le moment, la thématique rejoue l'élection de 2007, comme je le mentionnais déjà en décembre dernier, à propos de la campagne de Copé contre les 35 heures.

Finalement, le seul pari cohérent, de la part de Mélenchon serait de miser sur la révolution, grâce au modèle arabe récent, et d'être miraculeusement suivi par une partie significative de la population. Le ras-le-bol est suffisant. Pour qu'une révolution réussisse, on le voit, il faut que la police ou l'armée suivent ou soient neutres. C'est possible aussi. Mais l'avenir d'une révolte est au moins aussi incertain qu'au sud de la Méditerranée sur le partage futur du pouvoir. Ce qui est le fond de la politique, comme je l'ai indiqué dans l'article à ce sujet ce mois-ci. L'absence d'unité à gauche n'est pas bon signe. Ne parlons pas d'une unité FN/PG !

Une autre proposition serait celle émise par Gabriel Cohn-Bendit, début janvier 2011, de remplacer les primaires internes au PS par des primaires générales pour toute la gauche. Mélenchon n'est sans doute pas favorable à cette hypothèse qui ne favorise pas une candidature de rupture. L'intérêt de cette proposition est plutôt d'éviter les candidatures médiatiques risibles, comme celle de Nicolas Hulot pour les écologistes. Le simple fait que cette question se pose montre le manque de sérieux total des écolos.

Le fond de cette crise des candidatures n'est sans doute que la conséquence du présidentialisme. Si on en assume la critique, une solution à gauche, après un recueil des programmes sur le mode des motions du PS, pourrait tout aussi bien se trouver dans un tirage au sort du candidat et une unité autour de lui (ou d'elle), sur le modèle étonnant proposé par Jacques Rancière

Jacques Bolo

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