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Politique / Société - Juin 2010

Que fait la police ?

Sur France 2, le 20 août 2010, un reportage nous montrait, dans le Nord de la France, des parents qui ont découvert qu'un de leur fils a été enterré au carré des indigents sans qu'ils soient prévenus. Olivier Langlet (1968-2010), est mort le 5 juillet, et les services de police ont été incapables de retrouver ses parents. Selon son frère Olivier : « il n'y a pas eu d'enquête, carrément. Les explications qu'on a eues de la police sont consternantes ».

Le même jour, on jugeait en comparution immédiate, à Evry, des auteurs de violence contre les policiers dans le quartier des Tarterets. Ils ont été condamnés à trois et sept mois de prison. Le parquet a fait appel. Comme toujours dans ce genre d'affaires, on a eu droit à une mise en scène sécuritaire démesurée, qui occupe beaucoup de policiers distraits de fonctions plus utiles.

Comme nous l'avons vu récemment (cf. « Habeas corpus ») « le nombre de gardes à vue a explosé depuis cinq ans. On a d'abord annoncé qu'elles avaient augmenté de 50%, mais on avait oublié les 200 000 gardes à vue routières. Elles ont donc doublé pour atteindre 800 000. » L'instauration de l'évaluation et d'objectifs chiffrés semble avoir créé une inflation des actes sans que l'efficacité soit forcément augmentée.

USA : L'an dernier, 15 novembre 2009, on pouvait voir à la télé un reportage sur l'affaire Hugues de la Plaza. Un Français vivant à Los Angeles s'était fait assassiner, le 2 juin 2007, sans que l'enquête soit satisfaisante, parlant d'une « mort non identifiée ». La famille a été obligée d'engager un détective, car il semble que le cas ait été classé comme suicide pour faire baisser les statistiques criminelles avant les élections.

Le même soir, la série Les experts passait à la télé. Ce feuilleton (en fait, trois séries distinctes, déclinées sur trois localisations, à Las Vegas, New York et Miami) repose sur la mise en scène d'une équipe de police scientifique au professionnalisme digne de toute une brigade de Sherlock Holmes avec les connaissances et le matériel scientifique contemporains. Ils sont tellement efficaces que les scénaristes ont cru bon de leur faire résoudre deux affaires par épisode.

L'affaire de l'été a mis en scène les expulsions de Roms des pays de l'Est. Même le président Sarkozy, qui les a amalgamés, dans son discours de Grenoble, avec la question du grand banditisme (voir « Sarko = facho ! ») a reconnu que «  Chaque année, une dizaine de milliers de migrants en situation irrégulière, dont des Roms, repartent volontairement avec une aide de l'État. Et l'année suivante, après avoir quitté le territoire avec une aide de l'État, ils reviennent en toute illégalité pour demander une autre aide de l'État pour repartir. » Mais ça grossit surtout inutilement les statistiques des expulsions !

Qu'il s'agisse du discours politique et judiciaire ou de la fiction, la police veille et protège les citoyens. Elle est efficace et consciencieuse (alors qu'elle était stupide ou corrompue dans les anciennes histoires de détectives privés). Dans la réalité, elle pratique la routine la plus inefficace ou la vieille technique de maintien de l'ordre : État de police contre État de droit. Et les représentations idéologiques ou fictionnelles construisent un monde fantasmatique qui sert davantage les politiciens que les citoyens. La fiction (souvent même explicitement) est devenue l'auxiliaire du discours sécuritaire.

Jacques Bolo


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