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Écologie / Politique - Avril 2010

Échecs de la politique écologique

Le Grenelle de l'environnement, adopté en octobre 2007, par le gouvernement de Nicolas Sarkozy, a commencé à s'évaporer avec l'annulation de la taxe carbone par le Conseil constitutionnel le 29 décembre 2009. Elle était, selon le Conseil, assortie de trop de régimes d'exemption, ménageant les lobbies des activités les plus polluantes et faisant porter la charge de l'impôt principalement sur les ménages, créant « une rupture caractérisée de l'égalité devant les charges publiques ». Elle semblait pourtant satisfaire tout le monde ! Les lobbies étaient entrés en jeu sur le modèle déjà décrit par Robert de Jouvenel dans La République des camarades :

C'est dans ces conditions que le ministre des Finances propose d'établir un impôt sur les pianos. C'est une réforme urgente ; elle est nécessaire à l'équilibre du budget. C'est, de plus, une mesure démocratique, en somme, et tout le monde est d'accord pour la voter.
– Seulement, interviennent les socialistes, il faudra en dégrever les musiciens professionnels.
– Et aussi les maîtres à danser, répondent les radicaux qui représentent les classes moyennes.
D'autres surviennent :
– Dégrevons les parents de trois enfants vivants.
– Et les familles qui ont un fils sous les drapeaux.
– Ceux qui ont passé dix ans aux colonies.
– Les membres du corps enseignant
– Les marchands de vins.
Finalement, l'impôt sur les pianos passe à une énorme majorité. Malheureusement, il ne reste plus personne pour le payer...

Cet impôt écologique devait entrer en vigueur le 1er janvier 2010. Après avoir envisagé un premier retard au 1er juillet pour retoquage, la taxe carbone vient d'être remise aux calendes grecques. Je ne vais pas me plaindre de son abandon puisque, dans un article précédent (Le piège de la taxe carbone), j'avais considéré cette taxe comme une supercherie. Les écologistes y voyaient le début d'une fiscalité écologique, ce qui n'était pas très malin comme préambule politique, d'autant qu'ils la voulaient plus forte. Outre l'usine à gaz fiscale prévoyant le remboursement pour les plus pauvres, elle avantageait le nucléaire... que les écolos voulaient donc taxer, bien que le nucléaire ne produise pas de gaz à effet de serre. Bref, un impôt de plus pour compenser les allégements fiscaux, mais qui « casserait la reprise ». La confusion était totale.

La défaite de la droite aux régionales de mars 2010 a été interprétée en partie comme une absence d'intérêt électoral de la nouvelle orientation écologique de l'UMP. Car l'écologie profite surtout à la gauche. Le message a été entendu par Nicolas Sarkozy, qui a déclaré au Salon de l'agriculture le 6 mars2010 : « Je voudrais dire un mot de toutes ces questions d'environnement, car là aussi, cela commence à bien faire. » L'écologie de droite a vécu. Chantal Jouanno (secrétaire d'État à... rien) est « désespérée », Jean-Louis Borloo (ministre d'État de pas grand-chose) déplore que le chef de l'État ne tienne pas parole. Ambiance !

Mais l'écologie « de gauche » n'est pas en meilleur état. Le problème est bien sûr le passage du « produire plus » au « produire mieux ». La crise a rétabli les vieux réflexes prônant la solution de fuite en avant productiviste. La droite l'affirme, mais la gauche ne risque pas de la contredire. La gauche n'a pas évolué depuis le modèle de l'union sacrée syndicale de la reconstruction après la Deuxième Guerre mondiale, tandis que la droite maintient simplement les intérêts en place (qui se trouvent ne pas avoir d'imagination).

Le problème de l'écologie en France est que le principe de la croissance durable n'est pas compris. Le meilleur exemple en est le cas des éoliennes qui rencontrent une forte résistance, tant à leur installation que sur les avantages dont elles bénéficient. Les écolos pensent que la question écologique est réglée. Ils s'en remettent donc naturellement à l'État pour l'imposer, dans la tradition jacobino-stalino-théocratique, fort de leur certitude de représenter le bien.

Pendant ce temps, l'Allemagne, les États-Unis et même la Chine, pourtant réputés productivistes et pollueurs, investissent dans les énergies renouvelables. La France est en train de rater le coche par attentisme envers l'initiative politicienne centralisée. Les deux industries écologiques étatisées qui marchent effectivement sont le TGV (transport en commun) et le nucléaire (pour l'absence de production de gaz à effet de serre). On conçoit que ce ne soit pas suffisant pour constituer un pôle d'influence, surtout du fait que le nucléaire et les écologistes sont à couteaux tirés.

La véritable difficulté vient du fait que les écologistes ne constituent pas une force économique suffisante, et que cela ne les intéresse pas. Leur gauchisme majoritaire devrait pourtant les inciter à considérer que l'économie est fondamentale, mais leur antilibéralisme leur interdit de créer des entreprises. La seule solution qui leur reste est la prise du pouvoir d'État, alors même qu'ils en contestent le centralisme, dans le nucléaire en particulier.

L'écologie politique française est incapable de théoriser, et d'assumer, les initiatives réelles qui ont pourtant lieu malgré tout (agriculture biologique, commerce équitable, labellisation, architecture passive ou positive, énergies nouvelles, etc.). Ces réalisations sont beaucoup plus importantes à l'étranger. La seule bonne stratégie écologique française concerne les économies d'énergie, mais elles en restent précisément au domaine de la contrainte (comme pour la taxe carbone) au lieu de les percevoir comme le bénéfice des progrès technologiques (idéologie anti-progrès oblige).

L'écologie doit prendre en compte les critiques qui lui sont adressées, qui ne sont pas toutes infondées (le cas Allègre est intéressant de ce point de vue). Il est de bonne politique de répondre à ces objections de toute façon. Actuellement, l'écologie joue essentiellement sur les peurs, comme un gouvernement de droite joue sur l'idéologie sécuritaire. C'est sans doute un biais général de la politique. Et c'est sans doute pour cela qu'il faut un peu moins de politique en France.

Jacques Bolo

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