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Ecologie / Conneries - Décembre 2009

Négationnisme climatique ?

Cécile Duflot, en tant que porte-parole des écologistes, a tort de reprendre le terme de négationnisme pour qualifier ceux qui s'opposent à la théorie du réchauffement climatique. Cela la renvoie à la tendance dure de l'écologie, éventuellement pour des raisons de coalitions internes - mais cela revient au même. Il n'est pas nécessaire de se livrer à une surenchère rhétorique en employant ce terme, utilisé habituellement pour la négation du génocide nazi. S'il doit être généralisé, il doit concerner tous les génocides et pas le fait de nier quoi que ce soit, ni même de nier ce qui fait l'objet d'un large consensus. Ce serait d'ailleurs contradictoire, car, dans la mesure où l'écologie a longtemps été minoritaire, ses opposants peuvent se croire, eux aussi, destinés à devenir majoritaires. C'est d'ailleurs leur point de vue (ce qui donne aussi une connotation positive au terme « négationnisme » de ce fait). La position de Cécile Duflot indique également que dès qu'on devient majoritaire, on adopte un comportement autoritaire et stigmatisant. Ce qui est particulièrement minable quand on prétend faire de la politique autrement (apparemment, c'est plus compliqué que prévu).

Le réchauffement climatique fait quand même problème. D'ailleurs, ce qui est contesté est souvent seulement l'origine humaine. Cela ne changerait donc rien quant aux effets. Cela ne signifie pas que ces opposants aient raison. L'influence, sinon de l'origine, humaine paraît indéniable, dans la mesure où il faut bien prendre en compte la présence de l'industrie humaine. Il n'est pas possible de considérer que le fait de sortir des combustibles fossiles du sous-sol et de les disperser dans l'atmosphère ne peut avoir aucune une influence. Par contre, il est possible que cette influence soit moins forte que certains facteurs naturels, les variations du rayonnement solaire ou une forte éruption volcanique, comme celle du Pinatubo en 1991 ou du Krakatoa en 1883. Une erreur récurrente des écologistes est de postuler une sorte d'équilibre naturel qui ressemble à une variante de la divine providence que l'homme s'ingénierait à perturber par malignité.

On peut discuter également l'importance du phénomène. Ceux qui remarquent que de fortes variations climatiques ont déjà eu lieu par le passé ne disent pas forcément n'importe quoi. D'ailleurs, il pouvait déjà s'agir d'influence humaine. On peut discuter également la rapidité du changement climatique. Un des intérêts de cette réserve concerne l'urgence de la réaction. Claude Allègre, célèbre climato-sceptique, insiste sur le fait qu'il existe d'autres priorités. Il n'a pas forcément tort sur ce point.

Il est bien évident que la mise en question du phénomène peut consister à temporiser de la part d'irresponsables qui défendent leurs intérêts particuliers sans aucun souci des conséquences. Mais la discussion peut aussi permettre d'éclaircir certains points et de diffuser les idées écologiques elles-mêmes. Les écolos seraient mal venus de se revendiquer des seuls spécialistes puisqu'ils critiquent ce principe en ce qui concerne l'énergie nucléaire. Ici encore, les écologistes ne devraient pas sous-estimer le pouvoir de la discussion. On peut tout autant critiquer les climato-sceptiques qui contestent l'autorité des climatologues, que les écolos qui se revendiquent ici de l'argument d'autorité.

Le véritable problème est précisément de s'interroger sur ce qui fait qu'on croit tel ou tel spécialiste pour en contester tel ou tel autre. Les écolos contestent les OGM, les nanotechnologies, les téléphones portables. Ils sont plus ou moins minoritaires sur ces sujets parmi les spécialistes. Il ne faut pas oublier non plus que les écologistes, il y a seulement quelques années, défendaient les carburants d'origine agricole avant de s'apercevoir qu'ils comportaient aussi des inconvénients. On peut rappeler aussi le cas, dont j'ai déjà parlé, du Grand Collisionneur de Hadrons (LHC). Certains craignent qu'il provoque un trou noir absorbant le système solaire (voir : « Le CERN et la fin du monde »). Les écologistes ont-ils moins peur des trous noirs que du nucléaire ou est-ce moins grand public ? Les physiciens ont-ils plus d'autorité dans ce cas, et serait-il plus ridicule de les contredire ?

D'une façon générale, tout le monde gagnerait à produire des connaissances les plus fiables possible. Un biais connu des écologistes consiste à encourager une attitude anti-scientifique, sauf quand les scientifiques sont de leur avis (on s'en serait douté). La meilleure solution serait au contraire de diffuser au maximum les connaissances et la culture scientifique qui permettraient au plus grand nombre de personnes possible de participer à la discussion.

On le sait, le présupposé écologique semble se fonder sur un passéisme qui considérerait comme acquis que c'était mieux avant. Ce n'était certainement pas le cas en ce qui concerne la démocratie. Mais ce n'était pas non plus le cas pour le respect de la nature. Et c'est bien la diffusion des connaissances scientifiques qui permet de prendre en compte l'impact de l'homme sur l'environnement. Ici encore, toute la question est de savoir ce qui nous permet de décider que telle ou telle connaissance est juste. Cette question méthodologique est le fondement même de la science.

Jacques Bolo

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