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Économie - Novembre 2007

Libéralités sarkozistes et pacte social

Le juste prix ?

De 7.084 euros actuellement, l'indemnité mensuelle du président de la République, Nicolas Sarkozy, passera à 19.331 euros. Il estimait qu'il ne pouvait pas recevoir moins que le Premier ministre, et s'alignait sur ses homologues étrangers. Le président a estimé que sa politique n'était pas une politique d'austérité, mais devait récompenser le mérite. On ne peut certes pas lui reprocher de ne pas s'activer (on pourrait peut-être diminuer l'indemnité du Premier ministre sur cette base).

Sans parler d'austérité, cette mesure n'est pas du meilleur effet quand on veut limiter les dépenses de l'État. Car si on veut faire des économies sur d'autres postes, elle donne le mauvais exemple en pouvant déclencher des revendications salariales qu'on espère moindres que cette augmentation (172%).

Modèle économique

Le défaut de la méthode Sarkozy est là. Il raisonne un peu trop sur le principe des cas particuliers que sont ses modèles patronaux (ou executives) payés à la super-commission ou au super-bonus. Ce modèle est valide pour les USA, qui ont une position spéciale dans le monde, ou pour les quelques grandes entreprises internationalisées des autres pays. Le corollaire en est une flexibilité sociale totale qui n'est pas vraiment applicable de but en blanc, surtout s'il veut aller vite.

Le pari consiste à penser que la richesse engendre des retombées favorables à tous. C'est la raison de son plan (« paquet fiscal ») lancé dès son arrivée au pouvoir. Mais le problème est qu'un État n'est pas une entreprise ou un particulier. La richesse d'un agent économique privé résulte du solde positif envers son environnement, sur le marché intérieur ou à l'international. Pour l'état, ce n'est possible qu'à l'international. Le solde des échanges intérieurs entre tous les acteurs économiques est forcément nul. Et l'action de l'État n'est pas la mieux placée pour une action extérieure, hormis la colonisation. À l'intérieur, l'état ne peut que déshabiller Pierre pour habiller Paul. L'objectif socialiste d'une plus grande égalité parait donc plus cohérent que celui d'enrichir certains. C'est précisément ce qu'on reproche à la stratégie de Sarkozy.

Pacte social et précarité

En fait, l'augmentation du président dévoile une clef fondamentale du libéralisme, spécialement quand on la confronte à la question des retraites, traitée simultanément par le gouvernement (voir mon article « Retraites : Réforme ou banqueroute »). C'est pour cela que la critique du libéralisme est injuste. La méthode libérale d'enrichissement concerne tout bonnement le moyen traditionnel des travailleurs indépendants (ou accessoirement des cadres), et des détenteurs d'un capital, pour assurer leur retraite. Ce moyen est la thésaurisation. Avoir des réserves est la seule garantie, car les lendemains ne sont pas assurés. C'est d'ailleurs structurellement, aussi, la situation des élus. Ils s'en plaignent assez fréquemment.

Pour les employés, qui vivaient jadis au jour le jour, et de nos jours souvent « au mois le mois », la stratégie cohérente est la recherche de la sécurité de l'emploi. Le CDI contre le CDD. C'était la solution qu'offrait l'État providence (entrer dans la fonction publique, la sécurité sociale, les retraites) pour organiser l'économie sur une base non-précaire. C'est cette sécurité de l'emploi qui avait pour effet d'amortir les crises cycliques. Le diagnostic actuel des syndicats est exact quand ils considèrent qu'on est en train de « casser le pacte social », mais ils semblent en sous-estimer les conséquences, dans la mesure où ils représentent seulement les secteurs encore protégés.

Mais les privatisations, la flexibilité, correspondent bien à un retour à une précarisation d'une partie plus importante de la population, qui n'est donc pas représentée par les syndicats ! Et face à la précarité, la seule sécurité sociale est de faire des réserves, comme un quelconque travailleur indépendant, un quelconque patron, ou un quelconque président.

Jacques Bolo

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