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Références / Ethnologie 26.4.2006

Race et Histoire

A propos du livre de Claude Lévi-Strauss, Race et histoire, 1952, coll. "Médiations", ed. Gonthier, Paris, 1982 (1961), 134 p. (voir aussi l'article Racisme, Antisémitisme, Stéréotypes, spécialement la fin).

Culturalisme

Le livre de Claude Lévi-Strauss, Race et histoire, est une commande de l'UNESCO sur la question du racisme. Ses thèses ont eu un certain succès, complétées par d'autres dans le même esprit. Mais la subsistance de ce problème signifie que sa solution était insuffisante ou limitée au contexte (le racisme dans un environnement encore colonial des années 1950). Lévi-Strauss a tenté de traiter la question du racisme dans le cadre de sa spécialité, l'ethnologie (ou anthropologie culturelle), en essayant de ternir compte aussi des représentations racistes auxquelles il s'opposait.

Lévi-Strauss a eu raison de noter qu'il ne sert à rien de remplacer le terme race par culture si c'est pour transférer l'idée de supériorité de la race à la culture [1]. Un problème réside cependant dans le fait que ce remplacement dans les travaux ethnologiques eux-mêmes ne change pas forcément la nature de la question. D'ailleurs le terme ethnologie, en France, comporte bien cette connotation raciale (ethnie) qui n'existe pas dans le terme anthropologie des anglo-saxons. Anthropologie a même l'avantage d'affirmer l'unité de l'humanité [2].

L'ethnologie oublie souvent qu'elle étudie une population limitée et isolée dans le but principal, sinon unique, de mieux comprendre certains phénomènes qui peuvent être considérés comme universels [3]. Il résulte de cet oubli une impression de particularisme exotique qu'on a du mal à ne pas considérer comme ethnique (racial) même en le disant culturel. Lévi-Strauss est d'ailleurs peut-être le seul ethnologue à ne pas céder exclusivement à ce penchant [4]. Ses travaux ont une ambition réellement universelle. Le structuralisme anthropologique dont il a été le pape constitue bien une théorie générale. Mais la pratique des ethnologues semble toujours régresser. Elle aboutit à la théorie Sapir-Whorf, dont la thèse d'incommensurabilité des cultures ou des langues ressemble énormément à une théorie raciale. Un racisme [ou racialisme] bonasse, mais dont la gentillesse a des limites justifiées par des considérations de bonne méthode académique.

Inversement, au moins en principe, la méthode de Lévi-Strauss, qui se revendique lui-même de Rousseau, correspond à la philosophie universaliste des Lumières. La notion de bon sauvage était issue des découvertes des explorateurs et des réflexions sur ces nouvelles réalités qui remettaient déjà en cause l'ethnocentrisme. Une oeuvre littéraire comme les Lettres persanes de Montesquieu pourrait tout aussi bien faire partie de la littérature anthropologique. Elle utilise le décentrement d'un Persan fictif pour parler de la culture de l'auteur. Ce procédé de généralisation de l'étude ethnologique à sa propre culture correspond d'ailleurs à la pratique de l'ethnologie récente [5]. Notons que ce principe est largement généralisable à toute la littérature.

C'est même une véritable faute méthodologique de ne pas tenter systématiquement de généraliser ces phénomènes, comme c'est le cas pour la notion de tabou par exemple [6]. Chez Marcel Mauss, le fameux potlatch de l'Essai sur le don, qui décrit les systèmes rituels d'échange ou de dépenses ostentatoires des tribus du nord-ouest américain, pourrait tout aussi bien caractériser les sociétés aristocratiques traditionnelles de l'Europe. On peut même considérer que des travaux comme ceux du sociologue Baudrillard sur la société de consommation le généralise aux sociétés contemporaines.

Peuples sans Histoire

Un argument de Lévi-Strauss qui semble avoir eu un écho, au moins chez les intellectuels, est le rejet de la notion de civilisations primitives [7] comme peuples sans Histoire. Le fait est que leur histoire est généralement inconnue plutôt qu'absente, comme Lévi-Strauss le rappelle longuement. Mais il faudrait être plus tolérant. Cette expression pouvait évoquer une forme de répétition ou d'évolution lente qui n'est quand même pas tout à fait inexacte [8]. Elle n'est surtout pas intrinsèquement raciste puisque qu'elle s'applique aussi aux sociétés occidentales. Cet aspect des civilisations relève plutôt de l'opposition entre traditionalisme et modernisme. Or la tendance naturelle des ethnologues est le traditionalisme. Lévi-Strauss a lui-même noté quelque part que l'ethnologue, souvent révolutionnaire chez lui, est conservateur chez les autres.

Or, en ce début de XXIe siècle, un certain traditionalisme est souvent idéologiquement dominant dans le monde, ce qui n'était guère le cas, ni envisagé, dans les années 1950, où régnait le culte du progrès. L'ethnologie pourrait avoir une part de responsabilité à ce retournement. Ce traditionalisme pourrait aussi expliquer que la question du racisme se pose à nouveau et la façon dont elle se pose, toujours justifiée par des autorités, comme dans le cas de la loi sur le rôle positif de la colonisation (voir Les bienfaits de la colonisation).

Lévi-Strauss a donc raison de souligner qu'on ignore à peu près tout de la majeure partie des civilisations du globe, spécialement celles sans écriture (ou avant qu'on les déchiffre), mais plus généralement pour toute la période antérieure à trois ou six mille ans au plus. Ce qui invalide, selon lui, une bonne part des arguments justifiant une hiérarchisation culturelle évolutionniste, sur le mode : «ils vivent encore à l'âge de pierre, au Moyen-Âge...». Mais le fait d'évoquer d'autres possibilités de hiérarchisations que celle de la technologie occidentale n'invalide pas celles de l'Occident des années cinquante [9], qui est tout autant une culture que les autres. Cette critique de Lévi-Strauss relève d'une simple relativisation. Et précisément, l'inversion des valeurs contribue aujourd'hui à justifier le traditionalisme.

Sur le fond, l'argument de Lévi-Strauss ne me paraît pas très convaincant. Il repose sur l'opposition de sa propre théorie, le structuralisme (essentiellement synchronique, non-historique), avec les conceptions anthropologiques antérieures plus évolutionnistes, comme le diffusionnisme, qui supposait le rayonnement culturel et technologique à partir d'un centre. En outre, on peut relever une contradiction anecdotique chez Lévi-Strauss dans la tendance structuraliste à la « rupture avec le sens commun« » sur fond de scientisme [10]. On pourrait dire que l'évolution y subsiste entre l'ignorant et le professeur au Collège de France à l'intérieur de notre société.

Car une présentation en terme d'évolution est bien pratique. Elle est simplement balancée, et non contredite, par la coexistence des différents stades d'évolution. Car si l'âge du bronze coexiste avec l'âge du fer, il n'en demeure pas moins que l'un précède l'autre. Le fait qu'on continue à faire des poteries, par utilité, loisir ou spécialisation artistique, ne récuse pas le fait que les techniques modernes de production d'ustensiles de cuisine ont supplanté les anciennes.

Ainsi, je pousserai l'outrecuidance jusqu'à m'opposer ici à la vulgate de l'ethnologie académique actuelle : le fait que la sorcellerie persiste dans le bocage vendéen ne récuse donc en rien la loi des trois états d'Auguste Comte (État théologique, métaphysique, positif, précédés même d'un état animiste). Ces états de conceptualisation correspondent simplement à ce qu'une époque (ou une personne) est capable de produire ou de penser [11]. Leur coexistence n'interdit pas de classifier leur apparition ou leur domination à une époque donnée.

Mais l'anti-évolutionnisme de Lévi-Strauss comporte une part de vérité, à la fois plus simple à expliquer, et plus large dans ses conséquences. Le problème de la hiérarchisation culturelle concerne surtout le fait qu'il y a peu, ce que les Occidentaux considéraient comme des grandes civilisations étaient celles qui bâtissaient des édifices monumentaux en pierre. Sans doute cette conception est-elle encore souvent celle du grand public. Une raison pratique évidente en était la persistance de vestiges qui pouvaient donc témoigner de la supposée grandeur de cette civilisation. La course au gigantisme (amphithéâtres antiques, cathédrales, Tour Eiffel, gratte-ciel, ouvrages d'art) dans la civilisation occidentale, et qui s'est diffusée à la planète entière, peut être considérée comme une conséquence de cette conception.

De façon ironique, les découvertes de vestiges monumentaux dans des zones supposées arriérées faisaient présumer une influence extérieure (d'où le diffusionnisme caricatural) : celle des Occidentaux, des grandes civilisations admises (Egypte, Inde, Chine), voire, comme on sait, des extra-terrestres ! Outre l'Atlantide (dont les vestiges sont absents) on connaît les explications plus ou moins fantaisistes sur les fameuses statues de l'Île de Pâques, Stonehenge, les temples mayas, aztèques et incas, etc. Moins connues, les découvertes des vestiges de la Muraille du Grand Zimbabwe ont fait évoquer les mines du roi Salomon ou d'autres influences, et la découverte du temple bouddhiste colossal de Borobudur, sur l'île indonésienne de Java, en a fait nier l'origine locale.

Au contraire, c'est l'abandon de l'entassement mégalomane de pierres qui pourrait être considéré comme une preuve de progrès de la civilisation. Après tout, les Occidentaux ne se font quand même pas construire des gigantesques pyramides comme tombeaux, alors qu'ils en ont les moyens techniques. Il n'y a donc pas de raison de vouer une telle admiration à ce qu'on pourrait considérer plutôt comme des vestiges de la bêtise humaine. Dans une période encore récente, les Chinois, dans leur grande sagesse (orientale ?), considéraient que la grande muraille était plutôt une absurdité. Ce qui n'était pas si idiot. Ils sont en train de changer d'avis de nos jours, du fait de l'engouement des touristes occidentaux. Ce qui n'est pas idiot non plus.

La hiérarchisation culturelle à laquelle se sont livrés les Occidentaux, et plus spécialement les Allemands et les nazis, se fondait sur ces mêmes critères archéologiques (qui culminent avec la découverte de Troie par Schliemann). Or paradoxalement, la civilisation germanique ne possède pas vraiment ce genre de vestiges. Il est vrai cependant que la culture classique permettait aux universitaires de s'identifier à la Grèce antique (et à leurs concitoyens, de croire faire partie de l'équipe). Or si les Allemands ne sont pas des barbares, c'est bien parce que la culture n'est pas fondée sur les seules réalisations techniques gigantesques. Et si les nazis ont été barbares, c'est bien parce qu'ils n'avaient pas éliminé l'ethnocentrisme.

On voit ici que l'anthropologie constitue une solution indispensable à ce problème du racisme. Elle étudie les cultures (de l'allemand Kultur), c'est-à-dire les civilisations, sous tous leurs aspects, sans préjuger du résultat, ni valoriser des critères particuliers. C'est donc, paradoxalement, à l'étude des sauvages que les Allemands doivent une partie de leur humanité [12]. La contrepartie de cette appartenance à l'humanité est bien une dette envers un minimum de culture anthropologique, avec ses conséquences universalistes (ce qui est aussi valable pour les ethnologues).

Pluralité des cultures

Mais, biais culturaliste aidant, Lévi-Strauss finit par s'opposer à l'occidentalisation (et au progrès, qui était surtout un critère des années 1950) qu'il perçoit comme une homogénéisation. Lévi-Strauss récuse une conception universaliste qui intégrerait les apports de chaque culture spécifique à une civilisation mondiale. Il lui préfère «l'originalité de chacune d'elles [qui] réside plutôt dans sa façon particulière de résoudre des problèmes, de mettre en perspective des valeurs...». C'est en cela que son anthropologie régresse finalement en ethnologie particulariste. Car bizarrement, pour lui, l'universalité humaine paraît réduite à la banalité dans la mesure où : «...[ces valeurs] sont approximativement les mêmes pour tous les hommes : car tous les hommes sans exception possèdent un langage, des techniques, un art, des connaissances de type scientifique, des croyances religieuses, une organisation sociale, économique et politique».

Or Lévi-Strauss semble avoir oublié que ce sont les ethnologues et les sociologues (ou les voyageurs) qui nous ont montré la généralité anthropologique de ces apports. Il en vient ainsi à négliger la cause de son propos dans ce livre, Race et Histoire. C'est bien cette universalité que niaient l'ethnocentrisme ou le racisme.

Je lui opposerai une autre « façon particulière de résoudre ce problème, de mettre en perspective les valeurs...» qui contredit le racisme. Contrairement à lui, je ne confonds pas le sujet traité avec le biais particulariste de la discipline ethnologique. Lévi-Strauss, dans le chapitre « Hasard et civilisation » de son livre, reconnaît les mérites des découvertes des temps passés et des civilisations non occidentales. Or c'est précisément cela qui réfute la hiérarchisation raciale ou culturelle : Toutes les sociétés sont technologiques. Toutes les techniques supposent une connaissance analytique précise des facteurs opératoires. Toutes les traditions sont un ancien progrès ! Et la civilisation occidentale cumule, en se les appropriant, les découvertes antérieures (voir les problèmes actuels de brevets des techniques primitives). La société occidentale peut bel et bien être réduite à une synthèse et une accélération du rythme de ces découvertes. Dans ce livre, Lévi-Strauss l'admet plus ou moins, sans en tirer vraiment cette conséquence.

La civilisation à laquelle Lévi-Strauss participe est moins occidentale qu'universelle. L'erreur de Lévi-Strauss, et de nombreux autres, réside dans le fait que nous participons tous de deux cultures (au moins), une culture locale et la civilisation universelle. C'est seulement en cherchant à tout prix à maintenir les particularismes que Lévi-Strauss peut nier cette convergence [13]. Au fond, ses critiques ne concernent que les vaines querelles d'antériorité qui cherchaient à fonder les hiérarchisations culturelles. Et surtout, son structuralisme tend finalement à se réduire à un formalisme trop abstrait, trop mathématisé, pour atteindre la cible qu'il prétend viser. Voudrait-il convaincre les quelques professeurs du Collège de France qui seraient encore racistes de ne plus l'être grâce à la théorie quantique ? Il devrait plutôt utiliser les sciences sociales [14].

En réduisant les cultures aux combinaisons arbitraires chères au structuralisme, Lévi-Strauss manque la démonstration formelle qu'il a cru sans doute fournir. Le souci particulariste de l'ethnologie lui fait conclure à la nécessité de « préservation de l'originalité des cultures » (en admettant au mieux des «coalitions»). Les possibilités de convergence culturelle, qui ont toujours eu lieu de toute façon, sont ainsi admises, mais selon la nécessité un peu trop formaliste (structuralisme oblige) d'un maintien des termes d'une combinatoire. Tout simplement parce qu'il faut conserver plusieurs cultures pour pouvoir obtenir des combinaisons. On s'en serait douté.

Appropriation individuelle

Finalement, le biais de l'anthropologie culturelle est-il surtout d'ignorer simplement les différentiations individuelles qui sont l'origine réelle de la diversité des cultures. Les découvertes qui ont contribué à fonder ces cultures sont bien l'oeuvre d'individus concrets, et non de communautés. Ici aussi, seule l'absence d'un enregistrement dans une histoire écrite (ou des titres de propriété) permet de faire semblant de l'ignorer.

Ce n'est pas la culture qui est l'origine de la culture, mais bien la participation de ses membres. L'anthropologie semble ne pas les prendre en compte. Il peut s'agir d'un biais marxiste (dominant à l'époque) ou d'un biais linguistique (une des références du structuralisme) qui considère souvent la langue sans les locuteurs. Le fait que la langue soit antérieure (et postérieure) aux locuteurs individuels ne dit rien sur leur rôle. Or ce qui caractérise la langue, comme la culture, réside bel et bien dans les capacités d'appropriation des locuteurs individuels, tant dans leur transmission que dans l'innovation.

Les individus auxquels Lévi-Strauss se réfère pour la seule part occidentale sont certainement des produits de leur époque, comme le disait le marxisme, mais leur époque est tout autant le produit de l'interaction de ces individus avec les autres individus de leur temps. Ce n'est pas les individus qui n'existent pas sans la langue ou sans la société, c'est la langue ou la société qui n'existent pas sans les individus.

Jacques Bolo

Bibliographie

Claude LEVI-STRAUSS, Race et histoire

Alan SOKAL, Jean BRICKMONT,Impostures intellectuelles


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Voir aussi :

Notes

1. Un certain nombre de personnes bien intentionnées se prévalent de la science pour nier la notion de race, soit sur le plan biologique, soit du simple fait de la continuité des caractères raciaux. Le défaut de cette approche consiste à croire qu'on peut supprimer la chose en prétendant supprimer le mot. Cette stratégie aboutit simplement aux différentes sortes de politiquement correct. Cela revient à dire personne de couleur au lieu de Noir (ayant lui-même remplacé Nègre). La version militante noire actuelle est même le néologisme Kémite. Dans le cas de juif, selon les époques, le terme Israélite était considéré comme neutre, puis de nouveau comme connoté d'antisémitisme, sauf dans certains contextes (les communistes le conservaient parfois). [Retour]

2. Il serait possible de parler d'ethnologie contre ethnographie, mais anthropologie semble préférable. Certes, dans des travaux antérieurs, l'idée d'anthropologie somatique a pu caractériser certaines études justifiant le racisme. Le terme ethnologie serait alors issu du souci de s'en démarquer. Mais aujourd'hui, cette connotation négative du terme anthropologie est caduque (comme la connotation antisémite pour le mot juif). [Retour]

3. Prétendre étudier une population pour elle-même (dans une parodie de kantisme) n'exclut pas de la considérer elle aussi comme partie intégrante du tout de l'humanité (à kantien, kantien et demi). Avoir pensé le contraire (ne serait-ce qu'une seconde) relève bien de la persistance de cadres conceptuels racistes, et les motiver par des critères scientifiques aggrave leur cas. [Retour]

4. On pourrait même considérer que Lévi-Strauss est mal placé pour parler de cette question du racisme dans la mesure où il est assez peu représentatif de sa propre discipline sur ce point ! [Retour]

5. La fin des cultures sans contact avec la modernité en est la cause. Mais cette velléité méthodologique correcte de généralisation régresse souvent en folklorisme particulariste. [Retour]

6. Notons que Lévi-Strauss lui-même, quand il parle d'interdit de l'inceste, veut simplement parler d'interdit de l'endogamie (mariage dans la même communauté réduite et non dans une même famille). En fait, il s'agit plutôt de souligner la fonction de l'exogamie pour établir des alliances, pour éviter ou limiter la guerre entre les clans, les tribus. Cette situation était déjà parfaitement connue dans les stratégies princières ou bourgeoises des sociétés occidentales (et autres) pour agrandir des domaines, sceller des alliances entre nations, entre clans, entre familles. Cette notion d'interdit de l'inceste relève en fait plutôt d'une allusion ou d'une concession à la psychanalyse dominante à l'époque, de même que le structuralisme faisait souvent référence à la linguistique ou à d'autres sciences. Cette notion a provoqué des gloses infinies et non pertinentes sur son aspect biologique (avec le contre-exemple de l'idéal incestueux pharaonique par exemple, sans parler du complexe d'Oedipe qui constitue évidemment un contre-sens). [Retour]

7. Je ne traiterai pas de la question de savoir comment appeler les peuples non occidentaux : barbares, sauvages, sociétés primitives, sociétés sans écriture, sociétés sans histoire, sociétés traditionnelles, etc. Ce sont des termes simplement datés historiquement et non connotés idéologiquement en eux-mêmes. Le fait qu'il n'existe pas vraiment de consensus sur le sujet montre bien l'inanité de la question. [Retour]

8. Une cause en est sans doute l'absence d'écriture. Car la tradition orale peut éventuellement ne pas se polariser sur la chronologie et présenter des mythes ou des paraboles contemporaines, dans le désordre ou intemporelles. Ce point possède d'ailleurs des équivalents dans la civilisation occidentale, comme l'a montré l'exégèse biblique. [Retour]

9. Une des raisons de cette conception était alors simplement due à la situation coloniale. La connotation raciste concernait seulement la justification des colons à ne pas accorder d'autonomie plus grande, ou de plus en plus grande, aux colonisés en argumentant de leur retard technologique et de leurs compétences. Mais ces écarts, qui existaient aussi dans les métropoles, n'y justifiaient pas l'inégalité des droits politiques. Ce en quoi l'argument technologique était nul et non avenu. [Retour]

10. Argumenter contre la technique moderne par la théorie de la relativité est au moins maladroit. C'était paradoxalement une habitude scientiste du structuralisme qui a donné les dérivés critiqués par le livre de Sokal, Impostures intellectuelles[Retour]

11. Un exemple simple pourra avoir valeur de test : Chez l'anthropologue britannique Evans-Pritchard, les Nuers qu'il étudie expliquent par la sorcellerie le fait qu'un crocodile choisisse une personne parmi trois sur le bord de la rivière. Celle là aurait été ensorcelée. Ce que nous expliquons par le hasard (ou que nous ne cherchons pas à expliquer ce qui revient au même) ou par le manque de chance (qui ressemble aussi à une sorte de magie). Mais les Nuers recherchent aussi un coupable, celui qui a jeté un sort. Le test consiste à savoir qui considère que les Nuers ont raison (animistes), ou ont le droit de croire ce qu'ils veulent (théologiens), et si la notion de hasard constitue un progrès (métaphysiciens ou positivistes ?). Cette idée de test (qui reste ici à préciser) est un bonne méthode pour savoir de quoi on parle et si on est compris. [Retour]

12. Notons que nous devons peut-être aussi tous la vie aux études médico-anthropologiques sur la maladie du kuru, décrite par D.C. Gajdusek (Prix Nobel de médecine 1976). Sans ces études sur les cannibales de Papouasie Nouvelle-Guinée, il aurait été possible qu'un retard dans l'identification de la maladie de la vache folle ait pu causer d'autant plus de ravages en Europe qu'elle est à évolution extrêmement lente. [Retour]

13. On peut admettre qu'une civilisation universelle n'existe pas concrètement. Mais cela revient à reporter sur chaque culture la capacité à intégrer les apports des autres civilisations. Ce qui exclut d'autant moins les convergences que chaque civilisation a toujours été fondée par la fusion de plusieurs cultures. [Retour]

14. Que Hume démontre de façon logiciste que toutes les femmes ne peuvent pas être belles parce qu'on les trouverait alors banales est peut-être formellement exact (quoique son raisonnement porte davantage sur 'toutes' que sur 'belle'). Que cette beauté soit relative à la culture, voire à la mode du moment dans une culture, serait plus méthodologiquement correct en terme de sciences sociales. La beauté est précisément un domaine où la relativité culturelle s'exprime et suppose une habituation ou un décentrement. [Retour]

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